Quand faut y aller…

C’est parfois difficile de prendre son courage à deux mains, mais quand la situation est pire que tout ce que l’on aurait imaginé, il est temps. Ceci est un appel à la mobilisation générale de toutes les femmes pour la défense de notre système de protection sociale, de retraites, et pour exiger des conditions salariales décentes pour tous.

J’en connais beaucoup qui ne tiennent plus en place. Il ne se passe pas un jour, et parfois une heure, sans qu’une femme ne me dise sa colère ruminée, son désarroi persistant, son dégoût du mépris, sa honte du système, ou sa révolte grandissante contre le président. Je reconnais chez elles ce que ressentent souvent les femmes battues, humiliées, manipulées, contraintes et autres joyeusetés trop souvent quotidiennes. Il y a aussi les guerrières, celles qui refusent à tout prix d’être des victimes ou celles qui s’en sont sorties, non sans séquelles.

Les unes tentent tout ce qu’elles peuvent pour aider les autres à ne plus subir, mais pour passer le cap, il faut souvent un élément déclencheur, un truc qui fait déborder le vase. Ici, nous avons la réforme des retraites. C’est un peu comme si on nous disait : « À partir de maintenant, tu ne manges plus, tu coûtes trop cher à la société ! Crève plutôt. » Comme si tu n’étais rien. Avant, tu avais subi toute sorte d’infériorisations, de la main au cul à la différence de salaire. Ton incapacité ou ton incompréhension avaient été mises en avant plus d’une fois pour justifier un énervement, une insulte, voire un coup. Décidément, nous sommes vraiment sur ce schéma du dominant et de la dominée, cet esprit machiste qui nous gouverne.

Il est donc temps de ne plus tolérer ce monde qui détruit nos vies, celles de nos enfants, et termine celles de nos vieux dans la misère. Bien sûr, il faut continuer à dénoncer les féminicides, mais comment doit-on nommer le fait que des femmes crèvent de faim ou de froid ? Comment qualifier la dépendance de fait que sous-entendent les mesures gouvernementales ? La non-individualisation des pensions et des minimas sociaux est un crime contre l’autonomie, et le plus souvent celle des femmes. Avec les mesures sur la pension de réversion, les femmes qui seront restées mariées auront moins, plus tard, et celles qui auront eu le courage de partir, de divorcer, ne toucheront plus rien en cas de décès de leur bourreau. C’était une maigre compensation, mais elle a sauvé beaucoup de femmes de la misère.

De nombreux petits groupes de femmes se parlent et imaginent des actions dans leur ville, à Paris, dans une manif ou proche des lieux de pouvoir. Il n’est pas rare d’en voir prêtes à prendre les armes, les vraies, pas de ces paroles de blogs ou de commentaires instantanés lancés en invective aux puissants, comme on balancerait une bouteille à la mer. Les barrières d’âges sont totalement dépassées et je vous affirme que les plus vieilles ne sont pas les moins actives, en manif ou en souterrain.

Nous avons bien pensé à une grande action de femmes, un truc spectaculaire, puissamment relayé par les médias. Un évènement haut en couleur, fort en symbole, riche de toutes nos personnalités, mais nous avons tant d’idées, de colères, que l’action collective à grande échelle est ardue. Peu importe, car ce qui compte maintenant, c’est de ne plus se laisser faire par des hommes qui fomentent des lois scélérates, soutenus par des femmes soumises à la volonté des dominants.

Quelle que soit notre situation personnelle, la mobilisation de toutes les femmes est essentielle pour gagner les combats, de plus en plus nombreux, contre les injustices. Femmes, filles, mères, grand-mères, intérimaires, précaires, fonctionnaires, infirmières, enseignantes, au boulot, au chômage ou à la retraite, nous avons toutes une bonne raison de nous battre, de descendre dans la rue pour un monde meilleur. Si les femmes ne s’étaient pas mobilisées en nombre, nous n’aurions pas le droit de vote ni celui de travailler. La pilule serait interdite, l’avortement encore illégal et notre corps ne nous appartiendrait toujours pas (ce dont certains doutent encore).

Nous devons toutes descendre dans la rue, en province comme à Paris, organiser et participer à toutes les actions possibles, seules ou en bande, agir, parler, expliquer, convaincre que nos libertés et nos droits à tous, femmes et hommes, sont en train d’être violés.

Comme d’ab’, je compte sur nous !

À consulter pour savoir si votre retraite de femme sera plutôt LOL ou WTF : https://laretraite.lol/grandesgagnantes/

Paris, le 19 décembre 2019 © Bsaz Paris, le 19 décembre 2019 © Bsaz

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