SNCF : Société Nationale de Collaboration avec les Flics

Qu’est-ce qui a bien pu piquer le ministre de l’Intérieur pour accorder à ses fonctionnaires ces billets de train gratuits, réclamés de longue date par leurs syndicats Alliance et Unsa police ? Pourquoi maintenant, alors qu’on discute justement de supprimer cet avantage à d’autres fonctionnaires, ceux du transport public ? Conditions : porter son arme de service et se signaler au contrôleur !

J’avais complètement oublié cet article 25 de la loi Sécurité globale, autorisant les forces de l’ordre à porter leur arme hors de leur service dans les établissements recevant du public (ERP). À l’époque, il y a six mois, certains s’inquiétaient de cette potentielle présence armée dans un lieu culturel, mais l’article a été adopté et aujourd’hui, ce n’est plus une autorisation, mais une sollicitation. Il ne doit pas encore y avoir suffisamment de collabos et de délateurs dans notre beau pays de la France, Darmanin aimerait bien stimuler les troupes pour qu’on en finisse avec tous ces réfractaires fumeurs de pétards et donc complices des terroristes, ces bandits du rail non vaccinés. Pour ce faire, avec l’argent de la collectivité, le ministre va payer les trajets domicile-travail de ses cowboys des trains de l’hexagone.

Ah ! Ben ça va, si c’est domicile-travail, me direz-vous, on peut bien leur payer ça, surtout qu’on leur remboursait déjà la moitié du transport de par la loi en vigueur depuis 2009 (et 1982 pour les Franciliens). En fait, j’ai oublié de vous dire : ça marche aussi pour les déplacements privés, le tout à partir du 1er janvier 2022, on ne perd pas de temps ! Mais comme il y a un petit souci technique (vous savez ce que c’est ces étapes administratives à n’en plus finir !), pour le privé, on ne pourra leur rembourser que 75%, les 25% restant étant versés en bons d’achat SNCF utilisables par la famille. Ce n’est donc qu’à partir de 2023 que la gratuité sera totale pour les flics voyageant armés. Prochaine étape : demander la gratuité pour les membres de la famille qui voyagent avec un flic armé… ou pas.

Il paraît qu’il s’agit d’un accord gagnant/gagnant entre l’Intérieur et l’entreprise (encore) publique. En effet, il existe à la SNCF une police ferroviaire, rebaptisée sûreté ferroviaire en 2006, dont le nombre d’agents a entamé sa décrue après une constante augmentation depuis 1939. Il faut dire que les 2800 agents (chiffres 2019) ont le statut de cheminot, ce qui, à mon avis, coûte plus cher qu’un accord gagnant/gagnant entre potes. C’est une longue histoire que cette collaboration entre la SNCF et les services de l’Etat, et plus précisément de l’intérieur. Sans revenir sur les heures sombres où l’on me dirait que la comparaison est honteuse, scandaleuse, etc., j’ai été vraiment très choquée de voir les hangars parisiens désaffectés de la SNCF servir de chambres de tri des Gilets jaunes.

J’ai vraiment pas envie de me retrouver dans un train avec des gens armés, j’ai peur. Je ne veux pas avoir peur quand je prends le train. Je ne veux pas que le ministre me fasse peur en me faisant croire qu’il faut de la police partout, j’ai bien vu qu’il n’y avait de justice nulle part. Je veux me déplacer où bon me semble, quand j’en ai envie, sans risquer de croiser une balle perdue. Je ne suis pas le produit des accords gagnant/gagnant de l’État, je veux juste qu’il me foute la paix. Je ne veux pas qu’il m’utilise, ni mes proches ni personne dans ses opérations de propagande de la peur.

Je ne veux pas de ces gens-là.

À qui profite le crime ? © Sara Nemga À qui profite le crime ? © Sara Nemga

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.