Je ne suis pas un algorithme

Voilà que les premières pistes sur les conclusions du pseudo débat national se répandent dans les tuyaux du cyberespace. Le résultat est conforme à tout ce que le gouvernement veut faire de nous.

Ce qui est bien avec le traitement informatique des données, c’est qu’on peut leur faire dire n’importe quoi. On lance une recherche sur des mots clés, que l’on définit soi-même bien sûr, et hop, le tour est joué ! Par exemple, si on ne recherche pas des mots comme pauvreté, misère, retraites, salaires, chômage, suicides, éducation, culture, infirmières, AVS, ouvriers, pensions… On peut se contenter de proclamer que personne n’est contre le prélèvement à la source de l’impôt, que tout le monde se fout de la peine de mort, la PMA, la GPA, et qu’aucun ne remet en cause le droit à l’avortement. Quant au nucléaire, ce n’est pas le problème, c’est l’intelligence artificielle qui le dit.

C’est comme la lettre, ce truc qui a lancé la plus belle opération de communication qu’aucun président n’aurait imaginé avant le grand, le seul, l’unique Emmanuel Macron ! Car si ses conseillers sont de piètres politiques, ils ont au moins ça pour eux : l’enfumage ! On cadre le débat avec des questions bien dirigées, sur des thèmes établis selon des critères correspondants à la réponse que l’on a (d’ores et déjà) décidé d’apporter. De vrais professionnels.

Pour choisir son public, il suffit d’axer la campagne de communication vers les CSP+ et ++, en laissant une entrée de service au petit peuple qui aurait eu la patience de répondre à toutes les questions formatées. Et c’est comme cela que l’on se retrouve avec 9 % de participants des communes rurales, 56 % dans les villes de plus de 100 000 habitants et 59 % se considérant comme  « très proches » des services publics.

On nous annonce 1 363 852 contributeurs aux questions rapides, dont 569 022 auraient fait des propositions, mais en réalité, il n’y a environ que 300 000 réponses par thème défini par le président. Du moment que tout est en Open Data, la transparence est assurée et vous pouvez télécharger toutes les synthèses aussi abstraites que les tableaux Excel illisibles. Las, vous pourrez retourner dans la rue pour crier une fois encore : 
 

quandontedit

 

 

 

Je crois surtout que ce qu’il n’a pas compris notre président, c’est que depuis vingt et une semaines, ça gueule encore dans les manifs, ça s’organise comme à Commercy ou à Saint-Nazaire, et surtout, ça a compris que tout cela n’était pas gagné, que la lutte continue et qu’un retour aux sources est nécessaire. Justement, y’a un appel à réinvestir tous les ronds points les 13 et 14 avril de 8h à 19h, puis un 2e ultimatum pour l’acte 23, le 20 avril à Paris, ou encore le 1er mai dans tout le pays et plein d’autres surprises !!

Vive l’intelligence réelle !

 

 

 

https://granddebat.fr/pages/syntheses-du-grand-debat

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