Ça surchauffe à la base

Passé le week-end et ses démonstrations de désordre parfaitement réussies, la base commence à se poser des questions sur qui se cache derrière cette rébellion contre l’extinction. Mais d’où vient tout ce fric, disent certains? Qui les couvre, se demandent les autres?

Dans la nuit de samedi à dimanche, les tensions ont commencé à se faire sentir. Les uns voulaient partir sagement du centre commercial de la place d’Italie vers minuit, quand d’autres ne s’y sont résignés que vers 4h du matin. Pour pouvoir poursuivre les actions toute la semaine, il valait mieux en effet dégager de là avant que les forces du désordre n’interviennent. Soit.

Ma copine Gilet jaune de Dijon a mis trop de temps à se décider et donc à arriver sur place avant 4h30 alors que la fête se terminait. Elle n’a pas non plus assisté à la superbe parade de l’extinction au parc de La Villette puisqu’il fallait retourner à Dijon pour les mômes. Les siens, mais aussi les autres, car depuis peu, elle fait traverser les enfants à la sortie de l’école. Désormais, son gilet jaune est son outil de travail !

C’est dommage quand même d’être à Paris et de rater un tel spectacle, aussi coloré, avec toutes sortes de costumes et de masques à en faire pâlir la commedia dell’arte. Pour la musique, tout un orchestre avait fait le déplacement avec violons, violoncelles, clarinettes, flûtes, saxophones… le grand jeu quoi ! Franchement, c’était vraiment bien. Je n’y étais pas, mais j’ai suivi grâce aux directs de Brut, de Vécu et tous les autres que je remercie au passage pour leur boulot démentiel.

Après le préambule de samedi et cette cérémonie d’ouverture de la semaine internationale d’actions estampillée XR (pour Extension Rebellion), lundi a été consacré à l’occupation de sites stratégiques partout dans le monde. À Paris, la place du Châtelet a été occupée à partir de 15h30 jusqu’à…  (à suivre dans un prochain épisode). À Londres, en Australie et en Nouvelle-Zélande, de nombreux activistes ont été arrêtés, mais à Paris, rien. Samedi, rien. Dimanche, rien. Lundi, rien. Il n’en fallait pas plus pour énerver un peu les Gilets jaunes.

Les XR avaient réussi à mobiliser pas mal de monde pour le centre commercial. On nous annonçait : « Dernière occupation avant la fin du monde » Signé : Extinction Rebellion, Gilets jaunes, Comité Adama, Cerveaux non disponibles, Désobéissance écolo Paris, Comité de libération et autonomie queer, Youth for climate Paris, Terrestres, Radiaction. Mais dès ce lundi, la convergence tant espérée semblait battre un peu de l’aile. Ça ressemble à un guêpier. Comment expliquer la non-intervention policière sinon par un piège tendu par les autorités pour semer la zizanie ?

Les collectifs associés semblent avoir disparu et on a assisté toute la journée à cet évènement incroyable : le Châtelet bloqué de la Cité à la rue de Rivoli en passant par les quais. Des flics partout autour et pas un casque, pas un tonfa, pas un gaz ! Peut-être, ne connaissez-vous pas Paris, mais moi qui reviens souvent en voiture déposer mes particules fines (parce que le train c’est hors de prix et que le bus c’est long et loin de chez moi), je mesure l’étendue du bordel que ça a dû mettre. Mais bon, rien. Pas un casque, pas un tonfa, pas un gaz, trop cool !

Donc, je peux vous dire que pendant les directs de la journée, les commentaires des internautes s’emballaient aux rythmes des tambours, fanfares et DJ’s. Si les « Bravo les jeunes ! » et autres soutiens de Normandie, Bourgogne, du 66, du 33 ou de Belgique tenaient le haut du pavé, tout le monde n’était pas dupe. C’est quoi cette mascarade ? Opération financée par des milliardaires, dont le petit-fils de Warren Buffet (Lubrizol) ! De qui se moque-t-on ? Pourquoi il n’y a pas d’action à Rouen ? Qui est derrière tout ça ? s’indignaient ceux qui crèvent la dalle pour de vrai.

Trevor Neilson, PDG de la société i(X) investments et co-créateur du fond Climate Emergency Fund (CEF), aurait eu la révélation en voyant sa villa californienne prête à être détruite par un incendie. Depuis, il a réuni ses copains spécialisés dans les produits chimiques et énergies fossiles pour financer la rébellion, et en particulier celle contre l’extinction (de son capital ?). Le mois dernier, il déclarait au New-York Times : « L’investissement le plus intelligent pour les philanthropes vise cette nouvelle génération de militants qui refusent d’accepter les excuses des adultes dont l’approche paresseuse face au climat nous mène dans le précipice » Parmi les fondateurs financiers du CEF, on trouve aussi Aileen Getty, petite-fille d’un magnat du pétrole, pour 600 000 dollars et Rory Kennedy, fille du sénateur Robert Kennedy, very excited. Moi aussi, c’est croustillant !

Rassurez-vous, il paraît qu’Extinction Rebellion France a refusé le financement pour cette semaine d’actions. Même les 50 000 $ de base, ils n’en ont pas voulu, alors hein, camembert ! On est tous là pour le climat, tout va bien, c’est la super convergence, ça sert à rien de se tirer dans les pattes, ceux qui râlent sont que des jaloux, c’est tellement beau toute cette jeunesse qui frétille dans la rue au nez et à la barbe des troupes goguenardes ou un peu crevées et contentes de ne pas devoir encore sortir le flingue, ordre de là-haut.

Il n’y a que Ségolène Royal qui n’a rien compris et réclame la punition pour ces sales mômes, comme elle avait su se distinguer pour ceux de Mantes-la-Jolie il y a quelques mois. Au gouvernement, on sait comment s’y prendre, vu la moyenne d’âge. Les techniques de communication, ils les connaissent par cœur, eux aussi sont passés par les formations coaching, washing, bluffshing en tout genre, et là, ils sont en phase refleshing pour bouffer tout cru ce joyeux petit monde.

La semaine n’est pas terminée et beaucoup d’autres actions sont prévues dans plus de 55 pays. Pendant ce temps-là, Rouen crève des profits de ces assassins du climat. Et tout le reste.

À suivre.

Le 7 octobre, place du Châtelet à Paris © XR France Le 7 octobre, place du Châtelet à Paris © XR France

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