L’étranglement change de camp

Le ministre Castaner s’est fendu de quelques déclarations de bonnes intentions après que son président lui ait réclamé le rapport et les mesures en gestation depuis début janvier. Après trois ans que Macron et son gouvernement nous étranglent, il ne faudrait pas nous prendre pour des imbéciles.

Alors, le type a sorti tout un tas de solutions pour remédier à son inaction dont la fin de la « technique de l’étranglement » enseignée, paraît-il, dans les écoles de police. Je suis extrêmement choquée d’apprendre que cette méthode de combat est validée par l’Etat depuis… je vous le demande !

Nous sommes donc bien en guerre, celle de l’État contre les citoyens, qu’ils soient noirs, Arabes, jeunes, handicapés, Gilet jaune ou autre tare de la société à savoir, pauvres, migrants, habitants d’une cité, femmes déposant plainte, fumeurs de shit et j’en passe. L’autre guerre, celle du virus, aura été le prétexte à lâcher les forces du désordre contre toute la population. Comme en temps de guerre, les délations ont permis bon nombre de contraventions ou d’arrestations et la suspicion s’est installée entre les uns et les autres.

Le président est en guerre et nous menons les batailles contre ses débordements. Aux attaques, nous ripostons, malgré l’inégalité des armes. Nous avons la parole et tant qu’il nous restera un souffle, nous la diffuserons pour gagner ces batailles interminables. Le racisme en est une, cette vérole, véhiculée en grande partie par les nostalgiques de l’Algérie française ou de la France de Pétain, colle à la peau du pays et la bataille contre son déni en est une autre. Le racisme n’est peut-être pas d’État, mais il le tolère, voire l’encourage en le laissant se répandre dans les institutions.

Au sein même de la police, des agents noirs, arabes ou homosexuels sont calomniés, humiliés, insultés, sans que jamais leurs collègues racistes ne soient inquiétés. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Alexandre Langlois, un flic qui fait ce qu’il peut depuis longtemps, dans une lettre ouverte au président de la République. Le racisme, c’est la peur de l’autre, de la différence, et cette peur a engendré nombre d’injustices, de l’accès à l’emploi, au logement, ou à la nationalité qui facilite parfois les choses. L’État n’est peut-être pas raciste, mais la France est haineuse et l’État entretient ses haines à travers ses lois discriminatoires.

Outre l’étranger, le jeune est une cible, et pour peu qu’il vive à Aulnay-sous-Bois, Saint-Denis ou Montfermeil, son portrait de délinquant est dressé et l’on nous assène qu’il faut lutter contre la délinquance plutôt que de combattre ses origines. Les handicapés sont pris en charge par la société, mais s’ils vivent en couple, leur autonomie financière n’est plus garantie (en dessous du seuil de pauvreté). Le Gilet jaune est une autre cible intarissable des médias participants à la diffusion des haines. Il est responsable de la crise et de toutes les violences, mais heureusement le virus et la mort de George Floyd l’ont un peu dédouané de tout cela. Il reste un ennemi, mais l’armée se disloque dans d’autres luttes.

La haine du pauvre est soigneusement entretenue par les représentants de l’État qui passent leur temps à dénigrer, soupçonner et accuser ceux qui n’ont pas de travail, tout en subventionnant ceux qui suppriment les emplois au bénéfice d’autres « Arabes », encore mieux exploités. Quant à ceux qui ont tenté de fuir les vraies guerres, ils sont abandonnés dans des camps régulièrement évacués sans ménagements par les forces du pouvoir, préférant les laisser crever que de leur donner des papiers. Honteux, le Français préfère fustiger l’étranger plutôt que le gouvernement. La haine est entretenue.

Pour que les tranchées ne soient pas franchies, les habitants des cités de banlieues sont marqués au fer rouge, des fois que de la racaille française se serait introduite dans les rangs des immigrés, étrangers, profiteurs et autres dealers. La cité, c’est l’enfer et l’enfer, c’est la haine qui perdure. Le président et son ministre peuvent toujours tenter de nous faire croire que la technique de l’étranglement sera désormais interdite, ils en sont les instigateurs.

Étranglement des services publics, étranglement de l’industrie, étranglement des chômeurs, étranglement de la parole, étranglement des bistrots, étranglement des manifestations… Et là, tout à coup, le monde entier se soulève et des polices sont démantelées. Comme par enchantement, le ministre va réorganiser les services et interdire les sévices, la peur change de camp, comme dirait l’autre. À la guerre comme à la guerre ! Nous reprenons à notre compte la méthode de l’étranglement et vous allez souffrir messieurs.

Les pressions sont désormais mondiales à l’égard de vos régimes politiques et financiers et pour sauver la planète, nous vous enverrons dans l’espace avec vos armées, vos profits et vos haines, si vous n’êtes pas morts de suffocation d’ici là. Le monde que vous ne connaîtrez pas sera solidaire avant tout. Le travail ne sera plus une souffrance, mais un échange. Les différences ne seront plus source de haines, elles seront nos cultures.

Respirez l’air du temps, tant que le pouvez encore.

Devant le TGI de Paris, le 2 juin 2020 © Bsaz Devant le TGI de Paris, le 2 juin 2020 © Bsaz

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