Bonnes vacances à tous !

Ça sera peut-être les dernières, alors profitez-en bien, car le pire est à venir. Les lois qui n’ont pas encore été votées à l’Assemblée ne demandent qu’à sortir de l’ombre pendant que vous vous dorez la pilule, enfin ceux qui le peuvent encore.

Fermeture de 400 écoles rurales
En avril dernier le président annonçait qu’aucune école ne serait fermée sans l’approbation des maires concernés. Sur les 400 finalement prévues pour la rentrée de septembre, 250 le seront donc avec l’accord des élus. En réalité, en zone rurale, le manque de moyens est plus criant qu’en ville et c’est souvent contraints que les maires se résolvent à fermer leur école pour un regroupement avec deux ou trois autres établissements. Des fois, on décide une maternelle dans un village et l’élémentaire dans un autre, ce qui bien sûr ne fait que compliquer les trajets des parents et augmenter leur facture d’essence. Quant aux maires, ils sont ravis d’avoir réorganisé tout ça pour devoir accueillir tous les enfants de trois ans, mais surtout être dans l’obligation de financer les écoles maternelles privées.

Service obligatoire de 3 à 18 ans
Peu importe les classes surchargées, tant que la devise de la République y est affichée, les drapeaux français et européen hissés et les paroles de notre chant de guerre national sues. La loi pour « L’école de la confiance », votée le 4 juillet, ajoute à ces obligations, l’instruction à partir de 3 ans (au lieu de 6) et la formation jusqu’à dix-huit. À propos de formation, on va revoir celle des enseignants en les recentrant sur les « savoirs disciplinaires fondamentaux » et à la connaissance des valeurs de la République. Pour ce faire, les instituts nationaux du professorat remplaceront les écoles supérieures du professorat et de l’éducation, la loi précisant que la relation entre l’élève et l’enseignant est une relation d’autorité. Ainsi, de nouveaux esprits mieux formatés permettront à nos jeunes d’acquérir en quinze ans les saines valeurs de la discipline, du travail et de la patrie. Et pour un endoctrinement final de qualité, le Service national universel (SNU) assurera « l’aboutissement du parcours citoyen » En Marche !

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CDD de trois ans renouvelable pour les AESH
Les Accompagnants des élèves en situation de handicap ne sont pas oubliés. Ce n’est qu’à l’issue de deux CDD de trois ans qu’ils pourront envisager un CDI, sauf si « un motif lié à l’intérêt du service peut justifier un non-renouvellement en CDI » ! Dans sa circulaire de rentrée, le ministre semble fier de cet engagement, malgré le caractère hors la loi de cette modalité, si l’on se réfère au site travail-emploi.gouv.fr. Et ne parlons pas du SMIC royalement octroyé en guise de salaire, non révisable avant trois ans (voire six) d’ancienneté. Ce sont parfois des jeunes, mais souvent des mères seules qui se retrouvent à occuper ces emplois, faute de mieux, et parce qu’il y a des vacances scolaires. Mais combien doivent le cumuler avec des ménages, gardes d’enfants, assistances diverses et petits boulots ?

Feu le service public
Les sénateurs et les députés viennent de se mettre d’accord pour le démantèlement du statut de fonctionnaire, l’affaire sera classée d’ici la fin du mois de juillet. L’opération se fera en douce, au fur et à mesure des départs à la retraite, grâce aux embauches de contractuels sous « CDD de projet ». Ceux-ci doivent permettre « la mobilisation de compétences externes », nos fonctionnaires étant tellement inaptes à la gestion de projets ! On fusionnera aussi les instances de consultation et de dialogue social : le Comité technique (CT) et le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) deviennent le Comité social, destiné à être une « instance unique pour développer une vision intégrée des politiques de ressources humaines et des conditions de travail ». Quant aux Commissions administratives paritaires (CAP), elles verront leur rôle réduit aux simples décisions disciplinaires. Outre ces réorganisations qui réduiront à terme le nombre de représentants du personnel, la privatisation du service public a de grands jours devant elle.

Chômer, c’est trop cher
Depuis deux ans, les alarmes sonnent dans tout le pays. Les enseignants, les urgentistes, les infirmières, les cheminots, les étudiants, les pompiers, et bien sûr, les Gilets jaunes qui regroupent un large éventail de la population, du chômeur à l’entrepreneur, tentent de se faire entendre, et rien n’y fait. Des grèves, des manifestations quotidiennes, les rassemblements du samedi, des réseaux sociaux déchaînés, des blessés, des morts, la réponse est ferme, tout est de notre faute. C’est pourquoi l’accès à l’indemnisation des chômeurs sera plus draconien et le montant des allocations de plus en plus dégressif. Environ 1,2 million de précaires devraient voir leurs droits diminuer, voire disparaître. Une nouvelle baisse des APL est à l’étude, mais une petite augmentation généralisée des prix passerait plus inaperçue. Après ça, on verra bien si ceux qui ont encore du boulot osent toujours se mettre en grève à la rentrée !

Travailler encore un peu
Beaucoup auraient aimé travailler au-delà de 45 ans et du catalogage en Senior, mais pour les licenciés de la quarantaine, retrouver un emploi est devenu une partie perdue d’avance et attendre l’âge légal de départ en retraite un tunnel sans fin. Ce n’est que le 18 juillet que nous en saurons plus sur les options décidées pour cette énième réforme des retraites, la huitième en 25 ans. Prévue en discussion (ou ordonnances) cet automne, la loi sera peut-être repoussée, mais ça ne l’empêchera pas de s’appliquer aux futurs retraités à partir de 2025. Heureux les retraités nés avant 1963 qui échapperont aux dernières mesures restrictives, en touchant pour la plupart aux alentours de 1 000 euros par mois, pour 42 ans de labeur.

Que la fête commence !
Vous m’en voulez peut-être de vous asséner toutes ces précisions nauséabondes au cœur de l’été, mais c’est pour mieux vous dégoûter ! Ici, là, ailleurs, partout, ne laissons pas opérer cette destruction massive des droits sociaux pour le compte des actionnaires, n’acceptons pas la braderie des services publics, exigeons une augmentation générale des salaires et des minima sociaux, sauvons nos enfants de la propagande patriote, réhabilitons les places des villages et supprimons les ronds-points, sauf celui des Champs-Elysées !

À samedi !

PS Où est Steve ?

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