Crevures de hipsters

Depuis le temps que je les déteste. Depuis le temps que je vois ces petits mecs blancs se foutre de la gueule du monde en direct à la télé ou dans les autres couloirs du pouvoir. Depuis le temps que leur ton uniforme de commentateur me pollue les oreilles. Ça fait vraiment du bien de les voir tomber, même si c’est pas trop LoL.

Espérons que leurs carrières de merde soient bel et bien foutues, mais malheureusement j’en doute. Tout le monde savait et tout le monde a fermé sa gueule, comme d’habitude. Et puis un jour, ça sort, inévitablement, mais le pouvoir est plus fort, et parions que ces crapules ressortiront la tête de l’eau plus vite que leurs victimes.

Alors, ne les oubliez pas. Si aujourd’hui, ils s’excusent, ce n’est qu’acculés par le boomerang qui leur revient en pleine face, et certainement pas par remords. Leur seul remords est pour leur foutue carrière. Et certains de leurs employeurs tentent encore de minimiser les faits, justifiant des participations passives ou des erreurs de jeunesse.
Ainsi, les deux « journalistes » de Libé, Vincent Glad et Alexandre Hervaud, ne font pour l’instant l’objet que de mises à pied conservatoires. Christophe Carron, rédac chef à Slate.fr et ex du Grand journal et Voici, a simplement été écarté du traitement du sujet. Aux Inrocks, la sentence est plus violente avec le licenciement pour faute grave de David Doucet, alors que la direction de Télérama a été convaincue de la seule participation passive d’Olivier Tesquet.

C’est à pleurer de lire une journaliste de Slate raconter comment elle a accepté de travailler sous les ordres de son bourreau, Christophe Carron. Ils ont même pu en parler autour d’un verre. Trop bien ! C’est à hurler de lire tous les témoignages de celles et ceux qui n’ont pas été entendus, qui ont supplié l’arrêt des hostilités de leurs « confrères », sous le regard passif d’autres mâles.

Malgré #metoo, les horreurs de ces abjects personnages auront mis du temps à sortir, protégés qu’ils étaient par la « passive » complicité de leurs collègues et autres directeurs de rédaction. Mais depuis #metoo, les RH sont plus vigilants et quelques têtes tombent, en silence. On apprend donc aujourd’hui qu’au Huffington post, ils ont réglé le problème d’un groupe privé le mois dernier, et qu’à Vice France, c’était en 2017. On découvre aussi Martin Weill et Hugo Clément martyrisant leur camarade de promo de l’école supérieure de journalisme de Lille. Ou encore, Agathe Auproux, complice des canulars de Glad, chroniqueuse sur Canal+, puis dans « Touche pas à mon poste ». Chaque jour, chaque heure, un nouveau témoignage est publié, c’est terrifiant.

Mais c’est toute une génération qu’on retrouve là. Une armée de clones formés dans les plus grandes écoles sur un modèle unique : la crevure de hipster. Avoir recours aux pratiques les plus nauséabondes (homophobie, racisme, grossophobie, antiféminisme…) pour les uns, et les moins démocratiques pour d’autres (abus de pouvoir, scandales politico-financiers…). Pratiquer humiliations, mépris, harcèlement, mais toujours crier au loup contre les autres, parce qu’on sait qu’on est le meilleur.

Mais ils sont les pires.

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