Il est interdit…

De mon temps, on disait interdit d’interdire, mais je ne dois plus vivre avec mon temps ! Les interdits pleuvent et tombent au petit bonheur la chance, selon que l’on en a ou pas. À force, je ne les compte plus, mais l’effet de masse m’écrase ou me réveille, c’est selon.

Je crois que le règne de ce président nous aura infligé le plus grand nombre de restrictions depuis très, très, longtemps. Ce qu’il ne fait pas lui-même ou son gouvernement, il en charge ses sbires départementaux. Ainsi, pour peu qu’un titre de préfet lui ait été attribué, le haut fonctionnaire se lâche à corps préfectoral perdu dans la course aux empêchements.

La crise sanitaire orchestrée par les suppôts de l’industrie pharmaceutique est venue à la rescousse de l’impuissance de cet État à nous faire taire. Ils avaient beau interdire les manifs, les pas contents et les furieux descendaient encore et toujours dans la rue. Les centres-villes de nos provinces étaient gardés comme des joyaux de zones aseptisés où rien ne devait se passer, sinon de la surconsommation. Des terrasses bondées, des magasins bien achalandés, et le client lambda d’être  protégé des hordes de sauvages. Les parisiens étaient blasés, ne portant plus aucune attention, sinon à les insulter, à ces gueulards venus déposer le désordre du gouvernement devant leur porte. Les touristes se régalaient sur les Champs, et la presse étrangère dressait un tableau pas trop reluisant de cette présidence qui devait rapporter beaucoup d’argent, et qui nous a déjà tant coûté.

Donc, faute de réussir à contenir les mécontents, c’est à point qu’est arrivé le virus inespéré. De quoi tout réglementer, tout interdire, tout surveiller et tous nous enfermer. C’est même sans alcool que le préfet du Morbihan avait décidé de calfeutrer la population, avant de se raviser quelques jours plus tard. Dans les Yvelines, les parcs et jardins étaient interdits d’accès dès le mois de mars. Les marchés étaient interdits, mais les grandes surfaces accessibles avec auto-autorisation de sortir (enfin un peu de liberté !). Nous ne pouvions être à deux dans une voiture sans nous faire arrêter, tandis qu’ « une personne par chariot » est toujours d’actualité dans les rayons des supermarchés. À la distanciation sociale, ils ont préféré dire distanciation physique. Ne plus se toucher, ne plus s’embrasser, et maintenant, ne plus se sourire et ne rien comprendre à ce que l’autre raconte derrière son masque.

Nous n’avions même plus le droit de rendre visite aux vieux qui s’emmerdent à cent sous de l’heure dans leurs mouroirs payé à prix d’or, ni même le droit de les enterrer, juste de les voir parqués dans des boîtes de conservation dans les chambres froides de Rungis. Les enfants, désignés coupables de contagion, n’avaient plus le droit de rentrer dans les magasins, ni de faire du patin à roulettes, ni de chanter, ni de danser, ni de s’instruire en dehors du foyer. Je ne sais plus tout ce qu’on nous avait interdit, on aurait plus vite fait de lister ce qui était encore autorisé.  Et Darmanin est arrivé.

Désormais, les associations non mandatées ne pourront plus servir de repas gratuits aux migrants de Calais. Laissons-les crever de faim plutôt que du virus, mais le virus, c’est lui ! Ce ministre, adepte de celui qu’on avait imaginé comme le pire de ceux de l’Intérieur, avant qu’il nous en mette pour cinq ans. Il a fait des petits, mais celui-ci n’a pas bien appris sa leçon, car c’est sous le règne de son mentor que la non-interdiction de filmer la police a été confirmée. Môsieur le ministre de l’Intérieur n’en fait qu’à sa tête et vient de remettre un peu d’huile sur le feu en envisageant d’interdire cette pratique. À quand l’interdiction des témoignages sur ses pratiques nauséabondes d’élu ?

Non content de porter plainte contre Jérôme Rodriguez pour insulte gravissime à l’encontre de ses milices, pour ce samedi 12 septembre, acte 82 des Gilets jaunes, il a organisé avec son complice de la préfecture de police de Paris, son plus beau quadrillage de la capitale et a fait passer le message à ses amis de la radio : même pas peur !

Nous non plus !

Zones interdites aux Gilets jaunes ce samedi 12 septembre (pdf, 3.8 MB)

 © Thierry Ehrmann © Thierry Ehrmann

 

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