Nostramanus

"Peut-être que je ne pourrais pas être candidat. Peut-être que je devrais faire des choses dans la dernière année, dans les derniers mois, dures, parce que les circonstances l’exigeront et qui rendront impossible le fait que je sois candidat." E. Macron, le 5 décembre 2020.

Ça fait un moment que cette déclaration du président me travaille. Je l’ai gardée dans un coin de ma mémoire depuis décembre, et voilà que trois mois plus tard, elle est venue hanter ma pensée. C’est en me posant ces éternelles questions : qu’est-ce que je peux faire ? Comment les anéantir ? Comment inciter à la révolte ? Qu’écrire, que dire encore pour que l’insurrection l’emporte ? Celle qu’on attend. Celle qu’on veut parce c’est plus possible, on ne tient plus, on va crever, enfermés qu’on est ! Et puis même s’ils nous libéraient de toutes leurs contraintes élaborées en haut lieu, il n’y suffirait pas. Nous ce qu’on veut, c’est plus jamais ça !

On ne veut plus qu’on nous impose des règles définies par des personnes hors sol. Des gens qui n’ont rien vécu de ce que la plupart d’entre nous ont enduré. Certains étaient dans les usines à voir disparaître leurs emplois. D’autres, à la merci d’officines de placement, grattaient quelques heures par-ci par-là, c’était déjà ça. Les femmes étaient moins payées que les hommes qui vendaient déjà leur force de travail pour une misère, c’est dire le niveau de rémunération de celles qui se tapaient tout le reste en plus. On préférait les mettre à des postes subalternes ou à des fonctions traditionnellement féminines, c’est si dur de briser l’historique puissance patriarcale.

On ne veut plus être empoisonnés pour la fortune des industries, pharmaceutiques, agroalimentaires, énergétiques et toutes celles qui pourrissent le monde à grande allure. Assez de morts d’effets secondaires de médicaments payés par la collectivité aux empoisonneurs. Assez de ces produits alimentaires toujours plus trafiqués, trop gras, trop salés, trop sucrés, qui ont rendu la part la plus pauvre de la population obèse, malade, allergique, et j’en passe ! La pollution de nos têtes par la publicité à outrance, par les ondes déployées et les relais médiatiques nous étouffe. À la destruction de l’humain s’ajoute celle du reste du vivant, la terre, les mers et les rivières, les vers de terre, les abeilles et les oiseaux. Et puis l’air aussi. On manque d’air, on veut respirer !

On ne veut plus être enfermés dans nos maisons, dans les Ehpad ou dans les hôpitaux. On veut faire la fête pour oublier un peu que ces gens existent et prendre des forces pour les combattre. Chanter dans la rue, danser sur une plage, marcher dans la ville ou dans les campagnes, aller par monts et par vaux où bon nous semble, à l’opposé d’une route tracée d’avance. Nous allons sortir, nous allons vivre et nous allons leur dire encore. Peu importe les censures, nous allons le crier jusqu’à ce que leurs oreilles brûlent du feu de nos hurlements. Nous crierons, encore et encore, jusqu’à ce qu’ils partent.

On ne veut plus de ces dirigeants du monde qui n’agissent qu’en notions de pouvoirs et de bénéfices, pour leur compte ou ceux de leurs amis. Toutes ces lois votées sans débats, ces décrets bombardés, ces états d’urgences en tout genre, déclarés priorités nationales et renouvelables à merci, nous en avons assez. La police armée jusqu’aux dents pour verbaliser, la surveillance des caméras dans les rues, le contrôle de nos données, de nos trajets, de notre santé, de nos écrits, de nos banderoles, de nos lits, de nos amis, de nos ennemis, et de tout ce qui pourrait être intégré à un algorithme, nous n’en voulons pas et nous ne donnerons rien que ce qu’ils voleront, et ils le paieront.

C’est à cause de tout cela que ça fait donc plusieurs semaines que je me dis : il ne va même pas passer le 1er tour ! Je teste autour de moi, les potes sont un peu sceptiques, mais j’entrevois une lueur d’espoir dans leurs yeux. C’est vrai, après tout, pourquoi pas ? En plus, c’est lui qui l’a prophétisé, il a même été plus loin, s’imaginant abandonner le navire avant même sa trop évidente défaite à venir. Il a préféré parler de circonstances, de décisions tellement graves que plus personne ne voudrait de lui. Alors, humblement, il se retirerait, et nous pourrions respirer.

Respirer quoi ? L’odeur de la merde laissée derrière lui ? La puanteur d’une classe politique totalement décomplexée, s’invectivant sur les réseaux à celui qui entraînerait le plus de déjections derrière son fil d’actualités ? Le nauséabond fumet de racistes étalant de jour comme de nuit leur haine de l’autre, prêts à en découdre au premier carrefour, avec ou sans matraque ? Croit-il vraiment que nous allons les laisser prendre la relève ? Nous, non, mais que dire de ceux qui ont quand même bien participé à nous y mettre, dans cet océan de catastrophes ? J’ai nommé, tous ceux qui nous ont fait boire la tasse avant que Macron nous maintienne la tête sous l’eau.

Vous pouvez disposer, on va se débrouiller.

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