Salut Paname! Alors, comment ça va?

Tu te souviens de l’année dernière quand, juste après le 14 juillet, j’étais venue ici pour te parler un peu de toi ? Je t’avais implorée, presque suppliée de te soulever, mais on sait ce que c’est la vie trépidante des bistrots du canal Saint Martin, alors hein, bon, on ne va pas revenir là-dessus. Mais écoute-moi encore un peu si tu le veux bien.

Aujourd’hui, nous avions organisé un rassemblement de soutien aux femmes victimes de violences policières, place de la Bastille. C’est pas mal ton aménagement autour de la colonne, mais tu ne crois pas qu’avec quelques arbres, on aurait pu en faire un endroit presque convivial. Franchement, c’est pas avec trois chaises en plastique que tu vas la faire revivre cette place ! J’habitais là quand il y avait encore une gare et je connaissais aussi assez bien le commissariat planqué à la sortie du canal.

L’arrestation de Farida, il y a un mois, m’a encore rendue dingue. Il y a des événements déclencheurs chez moi, en général, quand ça dépasse les bornes. Il y avait eu Geneviève Legay, agressée par un régiment de troufions à Nice, et là, c’est à cause de la violente arrestation de Farida, l’infirmière, que j’ai encore craqué. Ça ne te fait rien à toi de voir les femmes se faire massacrer dans tes rues ? Moi, quand je suis devant mon écran, depuis ma Bretagne, à regarder ces horreurs, c’est là que ma colère se déclenche. Si tu crois que je vais laisser faire ça encore longtemps en me taisant, c’est vraiment qu’on se connait mal.

Je lis Louise Michel en ce moment, alors t’imagines bien que ça stimule, ça motive de lire les luttes de cette femme et de ses amies. Je suis bien moins courageuse qu’elles, mais je suis certaine que nous aurions été amies, sans me vanter. Je crois que ce sont les injustices qui nous rassemblent, car nous avons pu les observer de près. Au-delà de la condition féminine, toutes ces inégalités entre classes sociales, entre la ville et la campagne, la capitale et les villages. Ce sont des choses que nous vivons comme insupportables, insoutenables, et nous ne pouvons rester inertes.

Pendant trois semaines, avec mes amies de luttes, on a préparé ce rassemblement. On a écrit des textes, recueillis des témoignages bouleversants, préparé des slogans, des affiches, des tracts, des diaporamas, motivé la fanfare invisible, trouvé des ballons pour inscrire le prénom des femmes violentées et recensées, récupéré ici ou là du matériel, de la peinture, des cartons et plein d’autres choses utiles. Depuis Rennes, Dijon ou Paris, nous avons inondé les réseaux, les manifs, et reçu beaucoup de soutiens. Les soutiens, ça permet de tenir le coup, mais quand à l’arrivée, tu te retrouves à peine à cent, je me demande ce qu’il faudra pour mettre fin à ces ignominies. Il faut que j’en parle à Louise.

Du coup, comme on n’était pas beaucoup, la bonne nouvelle, c’est qu’on revient tout à l’heure ! Comme tu ne le sais pas, car tu commences vraiment à en avoir assez de tous ces râleurs, casseurs, profiteurs, fainéants, en jaune, en blanc ou en noir, ce mardi 14 juillet, plusieurs manifestations se dérouleront sur tes places, avenues et boulevards. Dès le matin, quelques Gilets jaunes tenteront bien des approches sur ta zone Est, mais je ne donne pas cher de leur peau. À 10 heures,  les Gilets jaunes, en soutien à tous les mutilés, blessés, gardés à vue arbitrairement et tous ceux et celles qui ont pris un PV de 135 euros, se réunissent devant l’IGPN au métro Montgallet. À 13 heures, la place de la République devrait se remplir de soignants, toujours pas contents, qui partiront en direction de la place de la Bastille. Pour finir, vers 18 heures, les Gilets jaunes invitent tous les citoyens en colère à les rejoindre sur cette même place.

Au cas où ça t’interpelle quelque part que les gens se fassent massacrer sous tes fenêtres par des brutes aux ordres d’un pouvoir devenu hors limites dans ses paroles, ses actes et ses nominations, viens nous rejoindre, nous aussi on t’aime !

Paris, 6 mai 2019 © Bsaz Paris, 6 mai 2019 © Bsaz

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