Respect !

On dira bien ce qu’on voudra, ce 70e samedi des Gilets jaunes a été plus que déterminé. Vendredi, les annulations de manifestations sont tombées en masse. Pour le climat ou contre les violences policières, petit à petit, chacun y est allé de son abandon après les mesures restrictives annoncées le jeudi soir.

Chez les Gilets jaunes, personne n’était d’accord sur le fait de participer ou non à ce grand rendez-vous national du 14 mars. Peu importe, comme personne n’en parle et que les seules préoccupations semblent désormais être liées au virus, je tiens à rendre hommage à tous ces inconscients qui ont marché dans les rues de Paris. Il y avait presque plus d’hommes armés que de manifestants, aucun d’eux ne portait un masque et pendant le plus gros du trajet de l’une des manifestations autorisées, leur visière n’était pas non plus abaissée.

Que de monde tout de même à cette manif ! Des gens qui s’en foutent de crever d’un virus alors qu’ils crèvent la dalle depuis des années. Ah ! C’est un scandale disent certains, risquer de contaminer les autres pour son petit plaisir à aller à manifester et autres inepties. Parce que vous croyez vraiment que c’est un plaisir d’avoir à se battre depuis des mois ? Ce n’est pas faute d’avoir alerté sur ce système en décomposition, les réformes successives, le manque de moyens des hôpitaux, les conditions de vies, etc. Vous aviez pris ça pour des balades entre potes ? Franchement, soyons fiers de ceux qui osent encore se battre pour un monde meilleur. C’était le dernier jour, avant longtemps, de pouvoir le faire dans la rue. La manif était grande, la manif était belle, avant que les BRAV-M (Brigades de répression de l'action violente motorisées) ne s’en mêlent.

Comme d’habitude, et selon la doctrine en vigueur à la préfecture, le défilé à peine parti, les charges policières se sont succédé. Une information de la préfecture de police passait dans la matinée : les grenades lacrymogènes seraient limitées, au profit des tasers (quelle autre sorte d’inconscient a pu pondre ça ?). Je vous rassure, il n’en fut rien et l’asphyxie a été générale, les blessés en nombre, les arrestations musclées, et les gardes à vue ne sont pas terminées. Ils ont été entassés dans les fourgons puis dirigés vers ces vieux entrepôts de la SNCF, rue de l’Évangile dans le 18e, découverts lors des grandes vagues d’arrestations de l’année dernière. « En même temps », le Premier ministre justifiait la quarantaine par, entre autres, le mauvais comportement des Français. Nous n’avons pas été assez sages, la vis est resserrée. Quel besoin de nous faire la leçon, une fois de plus ?

Je suis désolée pour les quelques cas que cette nouvelle manifestation de détermination ne manquera pas de révéler, pour le surcroît de travail des soignants, pour la diffusion, mais je ne peux pas ne pas être fière de tous les déters de la terre. C’est grâce à eux que le monde changera. Nous sommes à un tournant qui, une fois passée cette pandémie, s’imposera. Il ne peut en être autrement.

Paris, 14 mars 2020 © Mont. Freud Schopenhauer

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.