Méfie-toi Macron !

N’entends-tu point sonner au loin les tambours des saltimbanques, les trompettes des orchestres et les violons qui accompagnent ? Ne vois-tu pas tous ces gens joyeux, vêtus de guenilles colorées, danser face à tes policiers médusés ? Des contraventions ? De la prison ? La bonne affaire ! C’était sans compter la vie, je vais te la conter, messire de nos malheurs !

C’est au dernier mois de l’année confinée qu’un Roubaisien, au teint basané de par ses origines, et sa bande, surnommée les Saltimbanks, lançaient avec une vidéo ce qui allait devenir l’hymne de la nouvelle Résistance. Le refrain était entonné avec la puissance du désir, augmenté d’avoir été bafoué, censuré, réprimé ou condamné, et les saltimbanques reprenaient en chœur :
Nous on veut continuer à danser encore
Voir nos pensées enlacer nos corps
Passer nos vies sur une grille d'accords

Et la chanson poursuivait son cours :

Nous sommes des oiseaux de passage 
Jamais dociles ni vraiment sages 
Nous ne faisons pas allégeance
À l’aube en toutes circonstances 
Nous venons briser le silence
Et quand le soir à la télé 
Monsieur le bon roi a parlé
Venu annoncer la sentence
Nous faisons preuve d’irrévérence 
Mais toujours avec élégance

N’entends-tu toujours rien, Seigneur de sa Suffisance ? Au cœur de la forêt d’Avallon, j’ai rencontré cette troupe que je te prie d’écouter, tant pour leur irrévérence que pour leur élégance. L’adaptation des paroles te permettra peut-être de mieux comprendre le propos.

Mars 2021, forêt d'Avallon © Les Derniers Trouvères

Mais ne te contente pas de ceux qui batifolent en forêt, car il en est d’autres encore bien moins lotis, arpentant les rues des villes pour ne pas laisser détruire la santé, la culture, l’éducation, l’industrie, les services publics, l’emploi, la liberté d’expression… Alors ils chantent encore :
Auto-métro-boulot-conso
Auto attestation qu’on signe 
Absurdité sur ordonnance
Et malheur à celui qui pense
Et malheur à celui qui danse
Chaque mesure autoritaire
Chaque relent sécuritaire
Voit s’envoler notre confiance
Ils font preuve de tant d’insistance
Pour confiner notre conscience 

24 janvier © HK / CGT Telecoms13

Ces consciences auront raison de ton insouciance, Ô grand Maître de notre temps volé, et Kaddour Hadadi (HK) ne cessera de parcourir le pays. Sur les places des villes ou des villages, dans les champs ou au cœur des manifestations, il leur chante ce qu’ils pensent et savent déjà, et tous dansent, à Narbonne, à Paris, à Carcassonne, partout où il passe. Quand il n’y est pas, les voyageurs en transit à la gare de l’Est ou à la gare du Nord, les passants de Poitiers, Toulouse, Lille, Lodève, Cahors, Gap, Rennes, Valence, Cognac, Saintes, Bordeaux, les villageois de Mens, de la Chapelle en Vercors au marché de la Mure, de Saint Sauveur de Montagut à ceux de Formiguères, ou les sourds de Montpellier, tous s’y laissent prendre en virevoltant au rythme des batteries, des guitares et des accordéons en se répétant en souriant :

Ne soyons pas impressionnables
Par tous ces gens déraisonnables 
Vendeurs de peur en abondance 
Angoissants, jusqu’à l’indécence 
Sachons les tenir à distance
Pour notre santé mentale 
Sociale et environnementale
Nos sourires, notre intelligence 
Ne soyons pas sans résistance 
Les instruments de leur démence

La Rochelle, 21 mars 2021 © Jellyprod

Crains donc, Empereur de la Démesure, que les sons et les vibrations de tout ce monde franchissent les frontières. Déjà l’écho de quelques résonances doit parvenir à tes oreilles depuis Bruxelles, Fribourg, ou  Zürich. En Allemagne, l’affaire n’a pas moins de couleurs dans ce studio psychédélique d’où d’autres saltimbanques répondent à l’appel.

En parlant d’appel, j’ai reçu celui-là de la part de HK, pas plus tard qu’hier :

FlashMob général © HK FlashMob général © HK
« Nous déposons un préavis de Flashmob Général dans toute la France pour ce samedi à midi pile  (reconductible pour le samedi suivant)
L'idée est simple : qu'on se mette à chanter cette chanson qu'on aime tant tou-tes en même temps.
Avec ou sans instruments suivant les réalités locales, car même a cappella cela peut être très beau ! Notre rêve : voir fleurir au même moment des petits flashmobs bon enfants, joyeux et bucoliques sur nos marchés, nos places, devant nos théâtres, ou plus à l'écart dans nos parcs, sous les kiosques, et même aux balcons et aux fenêtres ; En respectant les règles sanitaires car l'idée n'est pas de se faire verbaliser ni de créer la moindre tension ou division mais de partager un moment de joie et de sourires. Car oui, nous affirmons que les "moments de convivialité" doivent pouvoir être partagés par tou-tes et au grand air (et non pas secrètement le soir dans les ministères). À samedi midi ! »

Redoute, futur déchu du trône, que de toute cette joie retrouvée naisse le courage de la révolte. Les spectacles joyeux et bucoliques et les hourras aux balcons n’auront qu’un temps et demain, tu auras terminé le tien.

 Méfie-toi de demain.

Forêt d'Avallon © Les Derniers Trouvères Forêt d'Avallon © Les Derniers Trouvères

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