Voilà, ça arrive…

Tout ce que l’on nous prédit pour les deux dimanches à venir est franchement désagréable. Je pourrais dire nauséabond, mais ce que je ressens est plutôt une sensation désagréable. Comme une gêne, un dégoût, un truc qui te colle et que tu n’arrives pas à évacuer. Comme une envie de vomir qui persisterait.

Une nouvelle fois, je me demande comment le pays en est arrivé là, à ce point de focalisation sur les violences qui ne viendraient que d’un camp, puisque nous sommes désormais pensés et représentés en camps par celui du pouvoir en place. Il y a soixante-quinze ans, de retour des camps, des femmes et des hommes ont répondu aux violences de la guerre des camps par un programme concocté en temps de Résistance. Alors dimanche, il va falloir choisir notre camp. Être abstentionniste, c’est aussi choisir son camp, mais le sien à soi, puisque tous les autres se valent, disent-ils.

J’ai toujours voté. Petite, je ne ratais pas un isoloir et j’ai voté pour la 1re fois en 81. Mes enfants m’ont également toujours accompagnée, même si au fil des années, je ne savais plus trop vers qui me tourner. Je me suis même vue mettre un bulletin Chirac dans l’urne, c’est vous dire si j’attache une grande importance à ne pas laisser revenir le bruit des bottes et l’odeur de la haine ! Dimanche donc, il va falloir y retourner, comme un tour de chauffe pour l’année prochaine. C’est là-dessus qu’il faut se focaliser maintenant, puisqu’on a compris qu’il n’y a rien à tirer de ces élections-là, sinon à redouter un passage à l’acte dévastateur des électeurs en colère, du Nord au Sud du pays.

Dans mon coin, c’est monté doucement en vingt ans, mais sûrement. Six, dix, dix-huit, pour atteindre aujourd’hui une prévision à vingt pour cent, soit la première place dimanche prochain, attribuée au vote de la honte. Alors, bien sûr, en Bretagne, ils ne vont pas être aux commandes tout de suite, on a encore un peu de temps, mais d’ici à l’année prochaine, tout peut arriver. En attendant, il faut choisir son camp. Je crois que je vais en installer un sur la place du village. Et puis j’irai aussi distribuer quelques pensées sur la gouvernance actuelle, celle qui nous ronge depuis le début de ce quinquennat, ouvrant grand les vannes à bête plus immonde qu’elle. Le samedi ou le dimanche, ou les deux, je monterai un stand avec des livres, un kiosque avec de la documentation, et puis on causera en buvant un coup. On* fera ça sur la place du village pour que tous ceux qui viennent chercher leurs légumes, leurs huîtres ou leurs croissants puissent venir discuter du mal qui nous ronge. ¡No pasarán! dans mon village.

On a vu les solutions de Macron, il s’agit maintenant de s’attaquer à la suite avant qu’elle ne nous enferme dans ses frontières renforcées. Pensons un autre avenir que celui que l’on nous prédit : un face à face entre la destruction économique et sociale du pays et une plongée dans l’abîme, dans le puits sans fond des idéologies raciste, xénophobe, islamophobe, antisémite, nationaliste, homophobe, sexiste, et autres immondices. Nul besoin de les tester, il suffit de les entendre  répandre leurs idées et leurs projets pour comprendre qu’ils finiront le boulot de Darmanin et de Lallement, à savoir écraser toute contestation de l’autre camp.

À défaut de pouvoir remuer les foules pour une explosion populaire, usons de nos intelligences pour parler et parler encore. D’une autre politique, d’autres choix de société, de représentativité, plutôt que de les voir, camp contre camp, s’écharper, s’invectiver, à l’Assemblée ou aux terrasses de café, tels les vestiges d’un autre monde, ancien, poreux, dégoulinant de haine, prêt à tout pour un siège. Nos sièges, on va les poser sur la place du village, et pour ma part, je répéterai sans cesse mes convictions.

Pour le partage des richesses avec le rétablissement de l’ISF et la taxation des Gafam et autres pollueurs. Pour l’augmentation du SMIC et de tous les salaires et pensions. Pour l’accès à des prestations sociales individuelles dès 18 ans. Pour le retour à la retraite à 60 ans. Pour des logements en nombre, des places en crèches et des études gratuites. Pour une nouvelle constitution instaurant des modes de scrutin représentatifs et une participation accrue des habitants, et non pas des seuls Français (Qu’est-ce que ça m’énerve d’entendre à tout bout de champ : les Français ceci, les Français cela… vraiment ras-le-bol de cette appartenance identitaire !). Pour l’interdiction des poisons dans les champs et dans nos assiettes. Et plein d’autres choses encore, mais y’a deux trucs que je voudrais d’abord, c’est que Macron se casse et que l’autre disparaisse !

Alors, on pourra mettre en place ce que nous aurons concocté durant ces temps de résistances.

 

mai-1968-vermine-fasciste

 

*Ceci est un appel à peine masqué aux potes du village ;)

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