Moi et mon frère de droite #2

En février dernier, je vous parlais de mon frère, et comme j’avais promis de vous prévenir s’il se passait quelque chose, je vous présente ma belle-sœur. Tu sais, me dit-elle presque en chuchotant, avant je pensais… (elle fait la moue), mais maintenant, je hais les riches, les riches, les riches !

Avant de monter à Paris pour célébrer la première année de la Révolution, j’avais déjà senti quelques prémices dans les paroles de mon frère, mais j’étais loin de m’imaginer ma belle-sœur tenant de tels propos. Elle a ajouté : « Les riches, tu ne peux pas savoir ce que c’est tant que tu en es loin, mais quand tu les approches, pour de vrai, en chair et en os, je te promets qu’ils sont immondes, tellement loin de la vie des gens… » J’ai cru m’évanouir.

Ma belle-sœur travaille depuis longtemps pour un média de droite très populaire alors je lui ai demandé où ils en étaient à la rédaction rapport aux mouvements sociaux. « Ils s’en foutent, y’a que des mecs !, elle m’a répondu du tac au tac. Ils voudraient que des minettes qui n’ont rien à dire et qui s’habilleraient comme ils le souhaitent. D’ailleurs, j’ai la même tenue depuis trois jours, et aujourd’hui, le grand chef m’a fait une réflexion, mais je l’emmerde ! En plus, on est sous-payées, nous les femmes par rapport à eux, c’est dégueulasse. »

Toujours interloquée, j’ai insisté : « Et pour le 5 décembre, ils ont peur là-haut ? » (Normalement, dans un média de droite, on connait forcément le degré d’inquiétude des pouvoirs). « Morts de trouille, elle a répondu. Parce que là, tout peut péter, on ne sait pas, mais qu’ils aient la trouille, ça c’est certain. » Et puis elle est partie se coucher, comme épuisée par tant de révélations. Je ne crois pas qu’elle m’ait dit de ne rien lâcher, mais c’était tout comme.

Quant à mon frère, il est désormais déconnecté du contemporain et se concentre sur certaines origines du mal, il y a plus d’un siècle. Nous avons depuis traversé plusieurs guerres attisant les racismes de tout poil, et le préfet de police Paris de laisser les identitaires répandre leurs slogans nauséabonds le jour anniversaire du mouvement des Gilets jaunes, une nouvelle fois sévèrement réprimé en ce week-end de mobilisation. Au fil de ses recherches, mon frère n’échappera pas aux précédentes révoltes sociales, aux collabos, aux éditorialistes, qui ne font que se reproduire au fil du temps. Alors il devra bien choisir son camp, comme dirait le préfet, parce qu’à la fin, c’est nous qu’on gagnera !

À part ça, c'était bien votre week-end ?

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