Je crois que vous ne m'avez pas bien comprise

Je vous ai écrit il y a quelques semaines, mais vous ne m’avez pas lue, ou alors, il faut que nous refassions le point, Monsieur le Président.

Je vais faire comme avec mes enfants quand ils étaient petits, je vais répéter les choses, inlassablement. Vous n’écoutez rien et n’en faites qu’à votre tête, ce n’est pas un problème, j’ai un peu d’expérience avec mes quatre mômes.

Je vous parlais alors des scandales politico-financiers, et j’ai appris depuis que le groupe Bayer-Monsanto finançait vos amis libéraux européens (ALDE), tout comme Microsoft, Google ou Walt Disney, avant que le scandale n’éclate. Il y a toujours un jour où les parents critiquent les mauvaises fréquentations de leurs rejetons. À ce moment-là, le gosse s’énerve et insiste en élargissant son cercle, rien que pour les faire enrager. Je vous avais pourtant dit que j’en avais assez de votre business qui consiste à nous vendre sans nous demander notre avis, comme des esclaves. Sans parler de ces migrants que vous laissez crever avec la bénédiction de vos alliés. Et, tête de mule, vous avez persisté.

Malgré tout ce que vous savez des privatisations désastreuses de nos entreprises publiques, vous avez ouvert le marché avec un soi-disant « pacte pour la croissance et la transformation des entreprises ». La loi a été votée en catimini à l’Assemblée, le samedi 16 mars à 6 heures du matin, quelques heures avant que n’envoyiez de nouveau vos troupes nasser le gilet sur les Champs-Élysées.
Encore une fois, vous ne m’avez pas écoutée. Je vous le répète, les gens manifestent pour une vie décente, être mieux payés, moins taxés, plus considérés… Pas pour se faire mutiler !

Il paraît que certains de vos gens, à la préfecture, ont commencé à avoir des doutes (il était temps après 18 semaines !), et des ordres contraires aux vôtres auraient émergé. Vous vouliez qu’ils continuent de vider votre stock de munitions, mais ils ont résisté, et vous avez limogé. Quand elle ne s’engueule pas sur le terrain, votre police vous lâche pour aller se servir dans les vitrines de la boutique du PSG. C’est la débandade, mais c’est vous qui énervez les gens avec la violence de vos paroles et votre refus d’entendre le peuple qui gronde.

Vous préférez en appeler aux intellectuels, ceux de votre rang (d’avant que vous soyez président), et en invitez soixante-quatre à l’Élysée pour plus de huit heures de #GRANDÉBATDESIDÉES. Ils se sont levés à l’annoncée de votre arrivée dans la salle de fêtes du Palais et vous avez serré les 64 paluches. On a entendu les chuchotements à votre oreille des plus zélés : « Je vous admire… » Les deux premières questions qui vous ont été posées par Pascal Bruckner ne manquent pas de sel : « Allez-vous enfin interdire les manifestations le samedi ? Quand Paris sera enfin débarrassée des Gilets jaunes ? » Pauvre homme ! Il faut vraiment vous débarrasser de ces mauvaises fréquentations, Monsieur le Président. Je vous ai rapidement laissés entre penseurs et à la lecture du compte-rendu et quelques extraits, il ne me semble pas avoir perdu grand-chose.

Moi, je voulais plutôt vous parler de mon week-end à Paris. Samedi, alors que vous étiez au ski, j’avais fait le déplacement, mais je regrette de m’être rendue à la Madeleine plutôt qu’aux Champs-Élysées. En faisant cela, j’ai alimenté ce discours dégueulasse qui voudrait qu’il y ait eu les gentils du climat et les méchants à moins d’un kilomètre de là. Tout le monde aurait dû aller sur les Champs, ça aurait eu de la gueule ! Les luttes sociales, pour le climat, pour les migrants, contre les violences policières, en gros contre toute votre politique. Mais ne croyez pas ce que vous disent vos conseillers qui écoutent ce qu’on raconte à la télé. Des Champs à la Madeleine, de République à Stalingrad et dans des centaines de villes, tous étaient là contre vos politiques, sociale, climatique, économique et répressive, l’appel était unanime : « Macron démission ! ». Mais une fois encore, vous avez tenté de diviser pour mieux régner.

Vos dernières mesures visant à interdire les manifestations ou augmenter les amendes des participants sont d’une inconsistance déconcertante. Vous croyez vraiment que ça va marcher ? Vous croyez vraiment qu’après dix-huit semaines de ronds-points, de manifestations, de blocages, d’yeux perdus, de mains arrachées, d’autres blessés et même de morts, vous croyez que des amendes et des arrestations, ça va le faire ? Donc, je le répète, c’est la méthode qui ne va pas, et plus vous vous acharnez, plus c’est pire.

Les médias. Oui c’est ça, les médias non plus, ça ne va pas. Arrêtez d’y envoyer vos ministres et députés répandre une parole que plus personne n’entend à force de répétitions en boucle sur les chaînes ou dans les journaux de vos compagnons d’affaires. On dirait des robots. Ils ne sont plus crédibles, tout comme les commentateurs professionnels qui ressassent les mêmes questions, étalent les mêmes sondages. Ils font ce qu’ils peuvent pour toucher leurs piges et déblatérer pour tenter de vous trouver encore quelque légitimité, mais ils peinent de plus en plus, je vous l’assure.

Crever des yeux, arracher des mains, faire tomber les têtes pour protéger la vôtre n’est vraiment pas digne d’un homme de votre rang. Retrouver un peu de dignité, voilà ce qu’il vous faut. Vous pourriez décréter une augmentation minimale de 200 euros de tous les revenus sous un certain seuil, 1500 nets par exemple, pour rester réaliste. En réquisitionnant tous les bâtiments vides de l’hexagone, vous donneriez un toit à tous, comme vous l’aviez promis. Avec un grand chantier de réhabilitation des campagnes qui valoriserait la culture sans pesticides, mais avec des théâtres et des cinémas, des services de santé déployés, des moyens de transport restaurés, et toutes ces choses qui rendraient la vie plus sereine, loin des villes où la mobilisation des jeunes pour le climat bat son plein, en attendant le déluge.

Je ne suis pas naïve et je sais bien que vous ne ferez rien de tout ce que je vous suggère. Vous avez suffisamment asséné que vous ne changeriez rien à votre manière de faire, vos objectifs ne seront pas entravés par une poignée d’extrémistes violents prêts à tuer. Craignez, Monsieur le Président, car en effet, des campagnes monte un bruit assourdissant. Un grondement persistant, comme pour ne plus entendre votre mépris et celui de vos camarades de cour d’école nationale d’administration, où vous avez pourtant dû aborder l’histoire des grandes révoltes populaires. Craignez que celle-ci ait raison de votre suffisance et de votre allégeance à ceux qui vous ont portés jusque là.

Vous interdisez Paris, car vous la croyez, comme vous, au centre du Monde, mais c’est tout le pays qui se soulève et vous êtes perdu dans la foule, les gueux ne vous écoutent plus, ils vous marchent dessus. À Paris, Bordeaux, Nice, Nantes, Rennes, Marseille ou Commercy, ne vous inquiétez pas, la relève pour un autre monde est prête, vous pouvez partir. Vous devez partir.

Adieu.

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