T’as pas 100 balles?

Toutes ces cagnottes et ces appels aux dons m’horripilent. Ce n’est pas solidairement correct, mais je n’en peux plus de voir à quel point nous en sommes rendus. Faire des quêtes, en veux-tu, en voilà ! à toutes les sauces, pour pallier les manquements institutionnels, me désole profondément.

La première grande messe de charité qui m’a énervée a été le Téléthon, en 1987. Je n’ai jamais compris et surtout admis que la recherche ne soit pas une priorité pour l’État et qu’il faille en appeler à la générosité populaire pour la financer. Quelques années plus tard, on a découvert chez plusieurs de mes enfants une maladie génétique orpheline, et l’organisation de ce rituel annuel de shows à la mode Intervilles n’a fait alors que conforter mon indignation face aux choix budgétaires établis dans notre pays.

À peine deux ans plus tôt, les Restos du cœur avaient vu le jour, mais il s’agissait alors de récolter les surplus de production alimentaire pour les faire distribuer par des bénévoles. Initialement, Coluche appelait les grandes marques à participer, à sponsoriser, et ses copains à chanter pour vendre des disques pour la cause. Le succès immédiat a obligé à étendre les appels aux dons à un plus large public pour gérer ce qui allait devenir la plus honteuse des associations reconnues d’utilité publique. Ainsi, l’État attribue un label pour la reconnaissance de son incapacité à faire en sorte que chacun mange à sa fin.

Ce temps où la récolte se faisait une fois l’an est loin et aujourd’hui, je reçois plus d’une trentaine d’alertes par jour pour soutenir une cause dont les calculateurs institutionnels n’ont pas tenu compte dans leurs prévisions, ou plutôt dans leurs estimations de l’utile, voire de l’indispensable. Je suis en colère et encore plus quand les ministres, maires ou préfets s’y mettent au nom de la solidarité nationale. Qui pour un appel aux dons de draps pour confectionner des blouses ou à de petites mains pour réaliser les millions de masques dont nous aurions besoin. Qui pour acheter des respirateurs ou juste se procurer de l’eau salubre, du savon, des kits médicaux et des gants. Sans parler de la Fondation de France, unie avec l’AP-HP et l’Institut Pasteur pour racler les fonds de tiroirs des plus compatissants.

L’engagement de ceux qui donnent du temps et des compétences pour aider est totalement louable, mais cela n’enlève rien, bien au contraire, au mépris que m’inspire ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé. J’enrage d’entendre ou de lire tous les témoignages qui décrivent les manques de matériels, la désorganisation institutionnelle, l’amateurisme des dirigeants dans leurs décisions et l’impréparation de l’État. J’essaye de contenir ma haine envers ceux qui décident de continuer à donner des fortunes aux exploiteurs de la planète, à privilégier les traitements les plus coûteux tout en économisant sur les blouses des soignants, en livrant des sacs-poubelle et des masques indignes (vidéos ci-dessous).

Il paraît que les gros donnent beaucoup, pas autant que pour Notre-Dame, mais tout de même. Et puis ils ont des frais eux aussi : continuer à payer les salaires (subventionnés par les mesures de chômage partiel), des charges (fortement diminuées) et autres cotisations (reportées ou annulées), tout en pompant les caisses, comme a si bien su le faire Fnac-Darty, fière d’être la première à obtenir un prêt de 500 millions d’euros, garanti par l’Etat à 70%. Et pendant ce temps-là, le petit peuple fabrique des masques avec ses petites mains et donne ce qu’il peut en monnaie trébuchante.

Ceux qui continuent d’aller travailler pour que le monde des profiteurs ne s’écroule pas donnent leur santé et parfois leur vie en se persuadant de faire le bien. Les seuls qui font le bien sont les soignants et on les traite comme des moins que rien avec des remerciements pour cacher notre honte. Qui oserait ne pas avoir honte d’avoir laissé faire ce désastre, à part nos gouvernants? Loin de se sentir un peu gêné aux entournures, le Premier ministre nous a réservé un dimanche après-midi plein d’autosatisfaction et de graphiques plus ou moins douteux.

Il suffit de gober, il suffit de donner, il suffit de tendre l’autre joue pour se faire écrabouiller en sortie de confinement. Quand, à force d’avoir lâché des milliards pour soutenir une économie moribonde, ils nous presseront jusqu’à la moelle, peut-être aurons-nous enfin le courage de les faire tomber pour retrouver une vie plus simple, plus juste, et patati et patata. En attendant, depuis qu’une portière de voiture de police s’est malencontreusement ouverte au passage d’un jeune à moto à Villeneuve-la-Garenne la nuit dernière, les hélicoptères ont survolé toute la journée des cités de Lyon, Dijon, Strasbourg, Marseille…  Ce lundi soir, elles ont commencé à s’enflammer.

À la prochaine !

 

Des masques... © Elé Onore


La 6ème puissance mondiale en action © L'Actu sans langue de bois

BONNE NOUVELLE LES MASQUES SONT ENFIN ARRIVES © Nantes révoltée

 

 © Nantes révoltée © Nantes révoltée

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