Et si on causait des femmes

Autant le dire de suite, je ne suis pas en mesure de me vanter d’être une féministe pure et dure. Mais plutôt que de vous raconter ma vie, j’ai envie de vous parler des femmes qui luttent pour la cause et qui, une fois de plus, ne ménagent pas leurs efforts.

Affiche de mai 68 Affiche de mai 68

 

 

Dès le début du mouvement des Gilets jaunes, la présence des femmes sur les ronds-points a été impressionnante. De tout âge, de toute condition sociale, elles sont là et restent souvent plus déterminées que les hommes. Dans les AG, alors que les luttes de pouvoir des hommes se battent en duel, elles décident, elles agissent, et comme il y a autant de causes que de femmes, elles n’ont que l’embarras du choix.

On voit que la condition féminine n’a pas énormément évolué en cinquante ans, je veux dire, depuis la création du mouvement de libération des femmes, le MLF.
En 1970, les revendications officielles des femmes étaient l’égalité salariale, l’égalité des chances en matière d’éducation et d’emploi, le droit à la contraception et à l’avortement gratuits, et des garderies 24/24. En 1974, on y ajouta l’indépendance juridique et financière pour toutes les femmes, le droit à une sexualité auto définie et la fin de la discrimination à l’égard des lesbiennes. En 1978, n’ayant toujours (presque) rien obtenu, la conférence de Birmingham enfonça le clou en réclamant la liberté de toutes les femmes, quel que soit leur état matrimonial, face à l’intimidation, la menace, le recours à la violence ou à la coercition sexuelle ; l’élimination des lois, des préjugés et des institutions qui perpétuent la domination masculine et l’agression envers les femmes.

Cela fait donc 50 ans que les femmes ne sont toujours pas entendues dans leur simple demande d’être considérées comme un être humain à part entière. Aujourd’hui, les voix anonymes qui s’élèvent sont l’écho de tous ces manquements de la société, mais dans les regards de ces générations de femmes transperce une détermination sans faille à ne plus laisser faire. Dans les actes, on remarque le courage des femmes à être en première ligne, le visage grimé de sang, face aux forces de l’ordre pour les ramener à la raison avec des slogans tels que « Je suis ta mère » ou « Je suis ta sœur ». Elles ne sont jamais à court d’une initiative pour dénoncer leurs conditions de vie précaires, en foyer, en famille, au travail ou dans la rue.

Il y a aussi la solidarité des femmes entre elles qui renaît. Si les #Metoo ont libéré quelques paroles, les ronds-points ont soudé les liens entre les vécus des femmes. Celles qui travaillent agissent le soir ou depuis leur Smartphone et les autres gardent les mômes ou les ronds-points, c’est selon. Ceux qui ont cru que les ronds-points n’étaient que des carrefours à bagnoles ne s’imaginent pas à quel point ils sont représentatifs de la situation. Un noyau dur d’où partent des routes qui mènent à des rencontres, d’où partent d’autres chemins, vers ce soulèvement tant attendu.

Il ne s’agit plus de revendiquer, mais de décider. Les femmes ne se laissent plus conter de sornettes à coups d’égalités fabriquées, tels la parité en politique ou le temps de parole en AG. Les femmes ont mieux à faire que de s’aligner sur des concepts révolus, elles agissent et ça déménage ! Les mères seules (ou pas), les AVS et AESH, les soignantes, les femmes de chambre, les précaires, les battues, les jeunes, les vieilles, les ouvrières, les employées, toutes se mettent au boulot pour faire se relever un monde endormi.

Mais oui, messieurs, vous êtes là aussi, mais franchement, vous ne trouvez pas qu’elles assurent ? Quand elles parlent de la vraie vie dans le poste, quand elles font grève dans les écoles, les hôpitaux ou les usines, quand elles défendent leurs enfants contre les violences policières, quand elles font irruption dans un meeting ou sur une place publique pour dénoncer ce qu’on leur impose ou quand elles ne se lassent pas de porter ce gilet de haute visibilité, dit aussi de sécurité, dans les manifestations, au risque de se faire arrêter, ficher, tabasser, traiter de salope, de pute ou d’irresponsable. Elles persistent et signent, même si après les tricoteuses, les pétroleuses ou les suffragettes, on ne sait pas encore quel sobriquet leur sera attribué par l’Histoire.

 

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