Contre toutes les violences faites aux femmes

Ce samedi 23 novembre, j’irai défiler contre les violences patriarcales, sexistes, sexuelles, ethniques, sociales, professionnelles et institutionnelles. Je me désole de devoir encore me mobiliser contre tout cela, mais c’est un devoir et je n’y manquerai pas, contrairement aux dirigeants du pays qui manquent à tous les leurs.

Organiser la société pour que plus personne n’ait peur de toutes ces violentes injustices devrait être le premier des devoirs de nos « représentants », mais cela fait longtemps qu’ils ont compris que la peur contient les peuples. Alors, plutôt que de combattre les angoisses du citoyen, ils les alimentent pour le gueuleton du siècle ! Ainsi, chacune, chacun, d’entre nous, les vrais gens, cumulons les craintes selon nos situations.

À la fin de cette année 2019, statistiquement, nous devrions atteindre le nombre 150 femmes victimes de violences conjugales, c’est-à-dire tuées par leur conjoint ou ex, par arme à feu, couteau, hache, coups, étranglement, étouffement et je ne sais quoi encore. S’il est temps de faire comprendre à certains hommes que nous ne sommes pas leurs souffre-douleur et que nos vies valent plus que leur passé ou leur virilité, le gouvernement ferait bien d’agir sur le fond.

Les mesures annoncées à l’issue d’un Grenelle ne seront jamais à la hauteur de l’enjeu. De grandes intentions, mais pas d’argent ou si peu. Un million pour la création d’un « fonds Catherine » pour les associations locales d’aides aux victimes, quand elles estiment leurs besoins à un milliard. À noter que ce sont quatre millions qui ont été consacrés à la communication de la grande cause nationale du quinquennat : l’égalité entre les femmes et les hommes. On nous promet quelques places supplémentaires en foyer pour les femmes, au lieu d’en prévoir pour les hommes. On invente des outils d’évaluation des dégâts comme si ce n’était pas déjà fait. On évoque la suppression du secret médical au risque d’effrayer encore plus les victimes… Non, les réponses ne sont pas satisfaisantes.

Reine de la com’, Marlène Schiappa avait lancé son Grenelle le 3.9.19 en écho au 3919, numéro d’appel d’urgence Violences Femmes Info. Elle nous rendra sa copie finale le 25 novembre, jour de la Sainte Catherine et des Catherinettes, priant qu’on leur donne un époux ! Je vais rester polie. Nous n’avons pas besoin de marionnettes qui desservent la cause des femmes en prétendant la soutenir. Avant d’être les victimes des hommes, nous sommes celles du monde machiste et patriarcal dans lequel la secrétaire d’État semble parfaitement se fondre. Les réformes sociales mises en place ces deux dernières années le sont au détriment de l’indépendance des femmes. Le calcul des droits au chômage, aux allocations ou aux minima sociaux et la suppression de nombreux emplois occupés par des femmes précaires suffisent à alimenter la peur du lendemain chez celles qui se prendraient en plus un ou deux coups dans la gueule, avant d’être assassinées.

Combien de femmes ont traversé les mers pour fuir les guerres, la faim, la misère, et combien sont mortes d’avoir eu ce courage ? Quel est cet État incapable de leur offrir assistance, soins, et accueil dans des lieux autrement dignes que le long d’un périphérique durant des mois ? Quelle est cette police qui mutile les femmes en colère et cette justice qui les condamne ? Qu’a fait Marlène Schiappa de ces mois passés au gouvernement à part de la non-assistance à personne en danger ?

Cette fin de décennie est celle d’un nouveau réveil des femmes. Les Soudanaises, les Kurdes, les Marocaines, les Tunisiennes, les Iraniennes, les Afghanes, les Kurdes, les Chiliennes, les Argentines, les Brésiliennes, les Suisses, et bien sûr, nos intrépides femmes en gilet jaune. Toutes se battent pour leurs libertés, leur avenir, celui de leurs enfants ou de leurs parents. Elles descendent dans les rues du monde entier crier leurs colères, elles ne se laissent plus faire et le font savoir, elles n’ont plus peur.

Je disais donc, ce samedi, dans de nombreuses villes, auront lieu des marches contre toutes les violences faites aux femmes. À coups de couteau ou à coups de décrets, l’acharnement a assez duré et je vous invite chaleureusement à rejoindre tous les cortèges organisés par #NousToutes, auxquels  se sont joints moult collectifs.

À samedi.

Marches #NousToutes (et autres) du samedi 23 novembre

  • Paris place de l’opéra à 13h45
  • Perpignan 14h, Place Salvador Dali
  • Toulouse 13h Palais de Justice, allées Jules Guesde
  • Montpellier 12h Place de l'Europe
  • Nice 14h30 Place Masséna
  • Châteauroux 14h Place Voltaire
  • Grenoble 16h Place Lavalette
  • Lille 14h place du Général de Gaulle
  • Marmande 14h30,place Clémenceau
  • Annecy 14h, Hôtel de ville
  • Tours 15h, Place Jean Jaurès
  • Bordeaux 14h Miroir d'eau
  • Dijon 13h30 Place Darcy
  • Saint-Gilles-les-Bains La Réunion 10h, Mail de Rodrigues
  • Valenciennes 14h au Théâtre Phénix
  • Strasbourg 14h Parc de l’étoile
  • Rennes 14h Place de la République
  • Caen 14h Boulevard Maréchal Leclerc
  • Pau 15h Place Clémenceau
  • Saint-Brieuc 14h place du Guesclin
  • Mulhouse 14h Place de la Bourse
  • Rodez 14h devant le tribunal de grande instance
  • Saint-Étienne 10h devant la Bourse du Travail
  • Bourges 14h Place Séraucourt
  • Digne-les-Bains 10h boulevard Gassendi
  • Gap 13h30 devant le Tribunal de Grande Instance
  • Tarbes 18h30 place Verdun
  • Dole 11h Centre Olympe de Goujes aux Mesnils Pasteur
  • Marseille 14h30 Cours d'Estienne d'Orves
  • Lons-le-Saunier 14h30 place de la Liberté
  • Limoges 14h, Place d'Aine
  • La Rochelle 14h30 Place de Verdun
  • Poitiers 15h au Parc de Blossac

+ d’infos (départs collectifs, covoiturages, liens…)  sur cette carte

Ritha Pino Mardones, rendant hommage à Daniela Carrasco. Ritha Pino Mardones, rendant hommage à Daniela Carrasco.

Ritha Pino Mardones, rendant hommage à Daniela Carrasco "La Mimo", artiste de rue chilienne de 36 ans, retrouvée pendue.
Quelques heures après avoir été arrêtée par les militaires le 19 octobre, Daniela Carrasco a été trouvée pendue à une clôture et exposée dans une commune de Santiago du Chili. Torturée jusqu'à la mort, probablement violée. Des collectifs féministes pensent que c'était un avertissement pour intimider ceux qui, surtout les femmes, participent aux mobilisations.

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