Le führer

Il convient désormais de nommer le dictateur et son führerprinzip d’extermination des masses. J’entends d’ici les bien-pensants offusqués de la comparaison, mais nous en avons marre de crever sous les gaz envoyés par des troupes déchaînées, aux ordres du plus sauvage de nos dirigeants depuis Pétain.

Comment devrait-on sinon nommer le dirigeant d’un pays où plus rien n’est possible que la raison du plus fort ? Un pays où pendant plus d’un an, toutes les semaines, le pouvoir empoissonne à l’arme chimique, mutile à l’arme de guerre, tue sans vergogne des enfants dansants, des grands-mères à leur fenêtre ou des livreurs récalcitrants. Comment doit-on dire quand aucune parole, aucun acte ne peuvent faire dévier le chef de sa raison, la seule qui vaille à ses yeux ?

Nous n’aurions pas le droit de dire « gazés », car on réserve ce terme aux victimes des camps de concentration de la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, les effets des produits utilisés, à forte dose et à répétition, sont considérables. Les femmes sont sujettes à d’importants dérèglements hormonaux, ont peur d’avoir des enfants, sans compter les femmes enceintes qui vivent dans l’angoisse des répercussions sur leur grossesse et leur enfant. Celles qui se rebellent encore sont frappées, traînées au sol, insultées, humiliées, par des hommes en armes, quand ce ne sont pas des femmes en tête de commandement, prêtes à faire crever sur place leurs sœurs, leurs mères, leurs grands-mères.

Si ne nous protégions pas, ces gaz nous feraient mourir et je ne vois pas la différence avec les pratiques nazies. La technique est toujours la même : séparation du cortège, rues bloquées, manifestants coincés en nasse, lancers de gaz, affolements, sortir, malaises, paralysies, vomissements, invectives, feux, pavés, encore du gaz, sortie 10 par 10, par là, non par là, non, l’autre rue, traverser encore la foule, la gerbe au sol, une jeune fille suffoquant sous une couverture de survie, du sang, des blessés, des vitrines brisées, des arrestations, des comparutions immédiates, la prison, un mois, un an.

Comme on portait une étoile jaune, on porte un gilet jaune, couleur du paria. On garde les plus vaillants pour trimer en éliminant les plus faibles. Qu’ils crèvent et si les gaz peuvent aider, il n’y a pas de raison de se priver. Les collabos sont là pour t’empêcher de rentrer dans leur bistrot pour te protéger et le commissaire viendra les remercier. Dans les rues adjacentes aux scènes de guerre, avec de courageux résistants qui vont à l’affrontement quoiqu’il leur en coûte, le Français se tait et fait ses courses, comme si de rien n’était. À Paris, Marseille, Nantes, Rennes ou Strasbourg, le peuple attend qu’on le délivre, mais ne se mouille pas trop.

Et pourtant. Dans les grandes villes comme dans celles de moins de 9 000 habitants (qui ne seront plus prises en compte pour évaluer les tendances politiques des victoires aux municipales) les voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses. Un an après le début du réveil des Gilets jaunes, il aura fallu une ultime réforme (après celles du travail, du chômage, de l’ISF, de la fonction publique, la loi PACTE des privatisations…) pour que l’ensemble des corps professionnels réagisse. La médecine, l’enseignement, la recherche, la culture, la justice, la sécurité civile, le bâtiment, le transport, l’énergie, le tout composé de femmes et d’hommes qui voudraient pas crever dans la misère, qui veulent défendre un modèle social unique créé après la défaite de ceux qui étaient prêts à nous abandonner à l’ennemi.

Ce n’est pas la capitulation, mais la résistance qui mène à la victoire et comme tous les Führer, Caudillo, Duce et autre Père des peuples avant lui, le Macron l’a réveillée. La fin de la dictature des nantis et de leur barbarie est inéluctable et proche.

Série documentaire de propagande sous Pétain entre 1940 et 1942 Série documentaire de propagande sous Pétain entre 1940 et 1942

 

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