La p’tite bête qui monte, qui monte…

Ce truc m’a toujours fait penser à une sorte de Pac-Man, la petite bête qui avance dans un labyrinthe, avalant tout sur son passage. J’ai eu raison de me méfier et j’ai gardé mon téléphone heureusement trop vieux pour lui installer ces cochonneries.

Je ne peux pas nier l’intérêt du procédé qui grâce à un codage fait de carrés noirs est capable de nous téléporter vers n’importe quelle base de données affichant tous les renseignements nécessaires à notre bonne information, ça serait de la mauvaise foi. Et j’ai grande foi dans les avancées technologiques, malgré mes réticences à me faire pister dans mes déplacements via mon téléphone. Les données de mon ordinateur devraient leur suffire pour établir mon statut de « contrevenante ».

Le QR code (pour Quick Response code) peut contenir jusqu’à 4296 caractères alphanumériques à lui tout seul, sans compter le potentiel stockage des informations, et en l’occurrence, les données personnelles de l’utilisateur. Ainsi, grâce à cet outil génialissime installé de votre plein gré sur votre téléphone, vos coordonnées, votre état de santé, vos vaccinations, vos tests anti ceci (et pourquoi pas anti cela), vos déplacements, leurs durées, leurs dates, vos rencontres et tant d’autres choses, seront à portée de clic des autorités autodésignées compétentes. Leur travail consistant surtout à exhiber les performances de l’outil, c’est-à-dire des algorithmes qui gèrent désormais nos vies.

Donc, à compter du 9 juin, les bars, restaurants et salles de sport afficheront leur propre QR code qu’il vous faudra scanner avec votre téléphone pourvu de l’application TousAntiCovid, pour être identifiable. À défaut de téléphone, vous devrez remplir un « cahier de rappel », mis à disposition de l’ARS, pour être joint si des cas étaient avérés dans le lieu. D’autre part, pour assister à des concerts, pour vous rendre à un festival, pour entrer dans un musée, un stade ou une exposition, votre propre QR code, délivré lors d’un test ou d’une vaccination, vaudra sésame. Rassurez-vous, l’algorithme n’affichera pas en clair l’intégralité de votre pedigree, la réponse sera binaire : vert ou rouge, vous accordant ou non la participation à la collectivité.

Trop bien, le monde merveilleux du smartphone et de ses applis dévoreuses de données ! Je repense à Pac-Man et sur Wikipedia, je lis : Dans l'épisode interactif Black Mirror : Bandersnatch de la série Black Mirror sur Netflix, le personnage de Colin fait part de sa théorie sur le sens du jeu Pac-Man : « Il y a des messages cachés dans tous les jeux. Comme Pac-Man, tu sais ce que Pac signifie ? P.A.C Programme and Control, c'est-à-dire l'homme qui peut programmer et contrôler. Le jeu entier est une métaphore, il croit détenir le libre arbitre, mais en fait il est coincé dans un labyrinthe, dans un système où il est condamné à consommer. Il est poursuivi par des démons qui ne sont sûrement que dans sa tête. Et même s'il parvient à s'échapper en disparaissant par les portes du labyrinthe, ce qui se passe, c'est qu'il se repointe direct de l'autre côté. C'est un jeu mais il n'y a rien d'amusant là-dedans. C'est un putain de cauchemar. Et le pire, c'est que tout est vrai et que c'est notre vie ». 

Du coup, je vais garder mon vieux téléphone pourri et je passerai l’été dans mon jardin. Si un resto veut ma photo, j’irais ailleurs. Peut-être me ferais-je finalement vacciner, mais jamais je ne leur dirai. Je préfère me priver encore plutôt que de devoir obtenir l’autorisation de me mouvoir. J’en ai assez des ordres à toutes les sauces, des interdictions de ceci, des validations de cela, j’en ai marre.

À part ça, tout va bien… malgré la pluie et les fachos !

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