Quand on a que la force

Le déploiement était impressionnant. À 8h30, dès la sortie du métro Madeleine, le blocage des forces de l’ordre ne laissait aucun doute. Ne sachant plus que dire, quoi inventer, le président avait envoyé ses troupes à l’assaut des opposants.

À cet instant, je me suis dit,redresse-toi, ne leur donne pas ce qu'ils veulent. © Bsaz À cet instant, je me suis dit,redresse-toi, ne leur donne pas ce qu'ils veulent. © Bsaz

En visionnant les images de ce 45e samedi de mobilisations partout en France, la faiblesse du pouvoir m’est apparue comme une évidence. Rentrée une nouvelle fois épuisée de ce rendez-vous historique dans la capitale, vautrée devant la télé, j’ai assisté à de tels discours, une telle allégeance au pouvoir que je me suis dit que c’était bon, ils sont cuits.

La force des armes sur le pavé démontre l’impuissance du président de la République à écouter, et surtout à comprendre le monde dans lequel il ne vit pas. Quand on ne sait pas quoi faire, quoi dire, on frappe, c’est bien connu, c’est viril. Quand au lieu de prendre les problèmes à bras-le-corps, on enfonce le clou encore plus profond, c’est que les pressions sont trop grandes, alors on devient fou. Quand pour arriver à ses fins, on organise la désinformation sur toutes les chaînes de télévision, c’est que la fin est proche.

La place de la Concorde était vide. Le soleil aveuglant du matin rasait les toits des immeubles, mais ses rayons perçaient déjà par la rue de Rivoli, annonçant une journée chaude, très chaude. En arrivant par le seul passage possible, de la rue Boissy d’Anglas, à l’angle nord-ouest de la place, je me croyais dans un film de science-fiction. La place était encerclée par des hommes en armes, des postes de contrôle, des barrières en quinconce. À l’angle du premier terre-plein, une chaise pliante, une valise à roulettes, et un sac de couchage dans lequel semblait dormir quelqu’un. Je me suis approchée. Il y avait bien une personne qui dormait là, sur la place déserte, dans l’indifférence. J’ai eu honte de regarder, j’ai eu honte de ne pouvoir rien faire, j’ai eu honte de ce pays.

Heureusement, il reste les guerrières. Les femmes qui se battent depuis toujours et qui là, dans cette grandiose révolte, se surpassent. En inventivité, en détermination, en résistance. J’ai honte de ce pays, mais je suis éblouie par ces femmes toujours prêtes à l’action. Blocages de péages, de grandes surfaces, d’entreprises maltraitantes, occupations de sites administratifs, affichages sauvages, désobéissances, et bien sûr, les manifestations. Là où elles s’en prennent plein la gueule, avant la comparution immédiate. Ici, notre amie a pris un an d’interdiction de séjour à Paris, 127 € de frais et 100 € de dommages et intérêts au Robocop sur qui elle avait lancé un gobelet en plastique.

Face à la force de ce regard, comme celui de tant d’autres femmes en révolte, la force des armes ne vaut plus rien. Il appartient désormais à chaque femme de se regarder droit dans les yeux de Sylvie, et de se soulever, une nouvelle fois. Il est temps.

 


Ajout 27/09/2019
Publication de Bsaz, photographe :
Manifestation du 21 septembre 2019 - Paris -
Retour en images...
Cette manifestante raconte son histoire : il fait chaud, elle s'achète un verre de bière et croise le chemin de CRS...
"je propose à l un d eux un peu de bière, il me tourne le dos, le bataillon se met en mouvement, au passage un coup de matraque entre mes mains fait tomber mon gobelet. Je le ramasse: vous faites chier, et je fais voler mon gobelet. "Tu ose me jeter un gobelet dessus ! !? Un coup de matraque sur la tête,"celle là on la met en GAV, menottes serrées, tirée par les cheveux (on le voit sur la première photo),on me fait asseoir par terre. Je reprends mes esprits et me redresse.
Commissariat du 14e je crois, le gobelet, pièce a convictions est transformé en une pierre,.."
Elle aura passée 48h en garde à vue puis comparution immédiate. 127 euros de frais judiciaires, 100 euros de dédommagement au CRS et un an d'interdiction de paraître sur Paris.
Je vous laisse faire vos conclusions.
Merci à elle pour ces précisions. Merci et courage à elle.

 

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