Libre oui, mais condamnée

Comme on ne commente pas une décision de justice, mais que tout le monde le fait, je me permets de ne pas être satisfaite du verdict au procès de Valérie Bacot.

Hier soir, j’étais devant ma télé quand Valérie est sortie de la salle d’audience. Ça faisait plusieurs minutes que les chaînes d’info avaient une caméra braquée sur cette porte entrouverte, par laquelle la condamnée allait sortir. Éditions spéciales, experts en justice ou en psychanalyse, responsables d’associations de soutien aux femmes victimes de violences… Les médias en direct ont mis le paquet depuis Chalon-sur-Saône, mais je dois dire qu’ils ont été corrects, tellement l’émotion était grande.

En sortant de la salle, Valérie a juste dit : je suis vidée. Physiquement et moralement. Merci. Je vais continuer le combat pour toutes les autres femmes, toutes les maltraitances. C’est sous les applaudissements qu’elle est sortie du tribunal, et c’est là que mes larmes ont jailli, je ne pouvais plus les arrêter. Je n’avais pas suivi de très près le procès ni même les détails de cette histoire abominable. Violée à 12 ans par son beau-père qui va en prison pour les faits, qui recommence en sortant, puis l’épouse, lui fait quatre enfants, la prostitue, la frappe, la menace, lui ordonne, avant de commencer à imaginer ce qu’il pourrait faire de leur fille de 14 ans. Alors elle l’a tué.

La justice est donc passée et a condamné la femme qui a supporté tout cela pendant 25 ans, passant comme invisible à travers les services sociaux, le voisinage, les familles… Il paraît que le bourreau faisait vivre un enfer de terreur à toute sa famille et qu’il avait aussi violé sa sœur. Mais voilà, l’avocat général l’a dit : « Une société qui se fait justice soi-même, c’est la guerre des uns contre les autres ». Et que dire d’une justice qui dans la très grande majorité des cas laisse les violeurs, les maris violents et les agresseurs recommencer leurs méfaits, et encore, quand ceux-ci sont dénoncés, pris en compte et réprimés ?

Non, je ne me satisfais pas de cette condamnation et je la trouve honteuse. Alors bien sûr, on a progressé depuis la grâce de Jacqueline Sauvage, mais à quel prix ! Il aura fallu une mobilisation hors du commun avec une pétition de 700 000 signatures, une médiatisation énorme, un comité de soutien hyper actif et des avocates chevronnées, pour que Valérie ne retourne pas en prison. Elle qui trouve encore qu’il est juste qu’elle soit condamnée et s’attendait à être réincarcérée.  Le chemin est long quand on est victime et le sera tant que de telles condamnations perdureront. Cette femme a déjà fait un an de prison, alors que l’on savait les souffrances vécues, les manquements judiciaires, administratifs et autres silences bien plus coupables que Valérie qui, elle, demande pardon.

Oui, Valérie est coupable d’avoir tué pour sauver sa peau et celle de sa fille, parce que personne n’a eu le courage de la sauver avant. Elle ne méritait pas ça, elle qui avait déjà payé suffisamment cher de son corps et de sa vie. L’acquittement et par là, la reconnaissance de la responsabilité de la société, eût été une vraie marque de son évolution, mais nous n’en sommes pas encore là.

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