Ah, ah, ah la convergence !

Dans deux jours, c’est le 1er mai, dans moins d’un mois, les élections européennes, et tout le monde voudrait voir l’autre se rallier à lui. Si les Gilets jaunes étaient une équipe de foot, ça serait plus simple.

Si je vous parle de foot, c’est qu’à Rennes, on est dégoûtés. Hier soir, la radio annonçait que plus de 100 000 personnes étaient attendues pour le retour des « Rouge et Noir ». Ah oui ! le rouge et le noir, c’est vrai, c’est Rennes. Rebelle, résistante, révolutionnaire, anarchiste… Ah, ah, ah !
Je ne veux pas voir les images, je ne veux pas savoir combien ils étaient au final, on s’en fout. Rennes a gagné, c’est le principal !

Mais bon, on est vraiment dégoûtés à Rennes. Un peu comme quand tu fais une manif convergente avec la CGT. Eh oui, c’est arrivé, mais je n’ai pas oublié le 1er mai 2016. Ça faisait deux mois qu’on se caillait sur le bitume de la place Charles de Gaulle du Peuple, et les gars sont venus faire le tour du pâté de maisons, avant de se tirer faire leur barbecue en famille. Quand c’est pas le 1er mai, ça leur fait ½ journée dehors et l’apéro entre potes.

Cette année, la CGT a décidé de ne pas perturber l’ordre macronien et de déclarer sa manifestation du 1er mai hors du centre-ville, genre on va dans les quartiers. Hier, si on est allés dans les quartiers sud de Rennes, c’est qu’on n’a pas pu faire autrement. Même le centre commercial était protégé, tout comme l’accès à la rocade. Alors on a continué vers les cités, le parc, et les derniers se sont fait nasser au pont qui aurait permis de rejoindre le centre historique.

Pour la petite histoire, depuis 2016, le centre historique de Rennes est systématiquement fermé aux manifestations, ce qui a le don d’énerver les plus calmes, tout en permettant aux CRS et à la BAC de taper sur tout ce qui entrerait dans le périmètre interdit.
En centre-ville moderne, la fan zone était déjà prête pour le match du siècle ! Quarante-huit ans que Rennes n’avait pas gagné la coupe ! Ça, ça mobilise ! Qu’est-ce que vous foutez les Gilets jaunes ? Montez une équipe de foot, on va casser la baraque !

Heureusement, il y a Solidaires, et comme ils portent bien leur nom, ils sont solidaires des luttes des précaires, des travailleurs, des migrants, en gros, de tous ceux qui luttent pour une vie meilleure dans ce monde de brutes. Ils ont déclaré leur défilé le 1er mai à 11h, place de la Mairie, c’est-à-dire le centre historique, pour ceux qui ne connaissent pas. Les Gilets jaunes ne les rejoignent pas, mais ils décident d’un rassemblement le 1er mai à 11h, place de la Mairie, comme ça, tout le monde est content, il n’y a pas de récupération.

Le gouvernement joue le pourrissement et à ce que je vois, il n’a pas totalement tort. On taxe les uns de récupérateurs ou d’infiltrés. On accuse les autres de vouloir le chaos. Le débat est le même, à la télé ou dans les réunions, personne n’est d’accord. Tant que tout le monde jouera à ce petit jeu, Macron s’en frottera les mains, et si personne n’est capable de lutter efficacement, solidairement, contre toutes les injustices que le monde nous impose, ce splendide réveil risque de tourner au cauchemar.

Debout, les damnés de la terre !

 

L'Internationale © Musique : Pierre Degeyter - Paroles écrites en 1871 par Eugène Pottier. L'Internationale © Musique : Pierre Degeyter - Paroles écrites en 1871 par Eugène Pottier.

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