En attendant la Nouvelle Vague

Qu’on la dise seconde, deuxième ou nouvelle, une autre vague nous attend, c’est certain. On ne connaît pas encore sa forme, son ampleur, ni sa durée, elle est un mystère que les temps difficiles à venir nous réservent, à moins d’en prendre les rênes.

J’ai grandi et vécu, imprégnée de nouvelles vagues, ces temps de bouleversements de la société, alors quand on me parle de nouvelle vague, ce n’est pas à l’épidémie que je pense. La Nouvelle Vague du cinéma français de la fin des années cinquante racontait la vie. Celle que l’on ne voulait pas, celle dont on rêvait, celle que l’on vivait. Cette vague de réalisateurs, d’acteurs (ou pas) a bouleversé le cinéma mondial avec trois francs, six sous, et la conviction qu’ils allaient changer le monde, au moins le leur.

Soixante ans plus tard, nous attendons tous une prochaine nouvelle vague, mais sa teneur est âprement discutée. Certains parlent plus ou moins vaguement d’une recrudescence de l’épidémie dans quelques mois, quand d’autres misent sur un tsunami au gouvernement avant le 14 juillet. Et puis il y a la marée humaine, ressortie dans les rues des villes pour un torrent de revendications, plutôt que de se remettre à consommer à outrance, comme le président le lui avait demandé. Cette vague a pris de l’avance sur ses concurrentes, au mépris des arrêtés préfectoraux, vaguant à loisir où bon lui semble.

À l’approche des congés d’été où nous vagabonderons plus ou moins près de la houle, on nous prédit les pires vagues : de licenciements, de dépôts de bilan, de pays en récession, de catastrophes climatiques et bien sûr, l’inévitable retour du terrible virus, entraînant une déferlante de lois, décrets et autres arrêtés réglementant nos droits, devoirs et obligations jusque dans les moindres détails. Ce n’est plus une vague, mais une lame de fond qui nous attend dans les mois à venir, et le monde d’après tangue déjà sur les vestiges de celui d’avant, sans aucun vague à l’âme.

La Nouvelle Vague du cinéma a tiré son nom d’un essai de Françoise Giroux, en 1958, La Nouvelle Vague, portrait de la jeunesse. Je ne l’ai pas lu, mais que je sais qu’un vent nouveau soufflait alors chez ceux qui avaient souffert des temps de guerre, le vieux monde avait vécu. Le cinéma se réinventait, la musique rythmait la vie, les plaisirs se savouraient et la parole se libérait, mais une nouvelle vague d’hommes d’affaires sans scrupules déferla sur le monde. Grâce à une corruption généralisée, les politiques ont voté des lois leur permettant d’aller toujours plus loin. Ils ont tout dévasté, ne laissant que l’écume des jours heureux.

La nouvelle vague de ceux qui ont décidé de s’affranchir de la direction du vent va grandissante. Sur son passage, elle enrôle toujours plus monde. Il y a eu le raz de marée sur les Champs-Elysées qui, pour une fois, n’était pas pour célébrer le foot et ses milliardaires. La vague jaune a perduré, fait des émules, rejoint d’autres causes et de flux en reflux, la foule retient son souffle tentant d’éviter un ressac fatal. Au-delà de ces fameux Gilets jaunes taxés de tous les maux et qualificatifs, les vagues de soignants réclamant de quoi travailler, les vagues de migrants demandant asile, les vagues de missions parlementaires exigeant des explications, les vagues d’artistes surfant sur les agitations du moment… Tous ces remous finiront bien par faire grandir une audacieuse Nouvelle Vague, mais en attendant, tout cela est un peu vague et je me dis souvent : "qu’est-ce que je peux faire, j’sais pas quoi faire !"

 

Extrait de Pierrot le fou (1965) © Jean-Luc Godard

Anna Karina dans Pierrot le fou © JL Godard Anna Karina dans Pierrot le fou © JL Godard

 

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