Et si on fumait un gros pétard…

Ce n’est pas parce que le confinement nous pend au nez qu’il faut se laisser abattre ! Beaucoup d'études le prévoient, le cannabis est l’avenir de l’économie mondiale et donc française, même si elles utilisent d’autres mots pour le dire.

En France, ça commence à faire longtemps que traîne cette histoire de dépénalisation ou de légalisation du cannabis, et il semblerait que l’on commence enfin à se réveiller. Le Conseil d’analyse économique (CAE), qui a pour mission de réaliser, « en toute indépendance, des analyses économiques pour le gouvernement » et de les rendre publiques, s’est penché sur le dossier.

Parue en juin 2019, la note de 12 pages du CAE est passionnante et enthousiasmante, elle est à lire absolument. Pour résumer, elle établit cinq constats et fait six recommandations :
Constat 1. En dépit d’une des législations les plus répressives de l’Union européenne, les Français, notamment les mineurs, sont parmi les plus gros consommateurs de cannabis de l’Union.
Constat 2. Le cannabis est moins addictif que les autres substances psychoactives. Il n’y a pas d’effets nocifs sérieux de la consommation modérée de cannabis à l’âge adulte. En revanche, la consommation chez les jeunes est dangereuse pour leur santé.
Constat 3. La légalisation du cannabis s’accompagne en général d’une baisse de la criminalité.
Constat 4. La légalisation s’accompagne d’une hausse de l’usage chez les consommateurs réguliers et d’une diminution de la consommation chez les jeunes quand l’interdit de vente aux mineurs est respecté.
Constat 5. Le cannabis est plutôt un substitut de l’alcool et, sous la forme d’herbe et de résine, un complément du tabac. Il n’y a pas de preuve d’un effet passerelle du cannabis vers les drogues dures.

Recommandation 1. Préparer la légalisation du cannabis récréatif en donnant la priorité à la protection des mineurs et à l’éradication des trafics.
Recommandation 2. Instaurer un monopole public de la production et de la distribution du cannabis récréatif. Se doter d’une agence de régulation compétente pour encadrer le marché.
Recommandation 3. Garantir quantité et qualité des produits. Pratiquer initialement des prix modérés afin d’assécher le marché illégal. Organiser le report des forces de police vers la lutte contre les gros trafiquants et vers un renforcement du respect de l’interdiction de vente aux mineurs, du cannabis mais aussi de l’alcool et du tabac.
Recommandation 4. Utiliser une partie des recettes fiscales du cannabis pour financer les politiques de prévention et d’information, notamment au sein des écoles, auprès des familles et aussi des personnels soignants afin de détecter plus rapidement les conduites addictives.
Recommandation 5. Destiner une partie des recettes fiscales du cannabis à la politique de la ville et à l’éducation à destination des zones de trafic. Accompagner la réinsertion des « petites mains » du trafic vers des emplois légaux. Intensifier la répression sur les têtes de réseaux.
Recommandation 6. Renforcer le suivi statistique des consommations et de la production afin de pouvoir mieux s’adapter aux potentielles évolutions du marché.

Et de conclure : « Alors que la situation évolue rapidement à travers le monde concernant la légalisation du cannabis récréatif, le temps est venu pour la France d’opter avec pragmatisme et fermeté pour une politique de régulation qui lui permettra de reprendre le contrôle. »

Finalement, on dirait qu’il y a des gens qui réfléchissent un peu plus loin que le bout de la merde du ministre de l’Intérieur et que cela atteint même les Assemblées. En juillet 2019, l’Agence du médicament (ANSM) donnait son feu vert pour l’expérimentation de l’usage thérapeutique du cannabis durant deux ans à compter de janvier 2020. Retardée d’un an pour cause de crise sanitaire (!), l’étude vient à peine de commencer, mais une mission d’information sur la réglementation du cannabis a tout de même été lancée par l’Assemblée nationale pour étudier la question sous quatre angles : thérapeutique, bien-être, récréatif et économique.

Après un an de débats en visioconférence, soit 19 séances de plus de trois heures chacune avec des historiens, des sociologues, des policiers, des médecins, qui en grande partie sollicitent un assouplissement de la législation française, les députés nous demandent notre avis avec un court  questionnaire disponible jusqu’au 28 février 2021.



 J’ai bien sûr répondu à ces quelques questions et parfois argumenté mes réponses, mais j’ai d’autres interrogations.

Comment se fait-il que l’on soit obligé de déployer autant de moyens, d’analyses, d’expertises, de temps pour la simple utilisation d’une plante dont les bienfaits sont établis depuis la nuit des temps ?
Pourquoi les ministres de l’Intérieur successifs refusent-ils de reconnaître la prohibition comme principale cause des violences dans les cités ? À qui profite le crime ?
N’est-il pas, de toute évidence, plus avantageux d’organiser une vente légale permettant de financer des actions de prévention et accessoirement de libérer les forces du désordre du million d’heures annuelles consacrées à leurs tâches ingrates consistant à verbaliser à outrance ?

On a pu voir ces derniers mois la gestion catastrophique du gouvernement en matière de santé publique, les privations de libertés se succéder, les commissions d’experts fleurir sur tous les sujets, il serait temps de tenter de se rattraper. Caroline Janvier, députée Larem, rapporteuse thématique sur le cannabis récréatif, va peut-être réussir à faire avancer les choses. Elle veut « proposer à Emmanuel Macron d’intégrer une légalisation encadrée du cannabis dans son programme pour 2022 ». Chiche ! Mais comme on sait bien que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, pourquoi attendre encore ?

Bon week-end. Joyeux pétards. On y arrivera !

Et pour d’autres infos tout à fait objectives :
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Jack Herer © Newsweed Jack Herer © Newsweed

La variété Jack Herer a été créée aux Pays-Bas au milieu des années 1990, où elle était vendue comme cannabis médical par les pharmacies néerlandaises.

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