L’école à tout prix

Les profs sont malades, les élèves sont positifs, leurs parents, c’est selon, mais quoi qu’il arrive, quoi qu’il en coûte, quoi qu’ils en bavent, quoi qu’ils en disent, à l’école ils iront, parole de président ! En attendant qu’il retourne sa veste, imaginons donc une autre école que celle du devoir…

J’ai toujours détesté l’école, même si j’y ai appris quelques petits trucs. Je parle de l’Éducation nationale, pas de l’école de la vie, car rien ne ressemble moins à la vie que l’éducation nationalisée, sauf à penser que la vie n’est faite que de contraintes, de devoirs et de compétitions. Et c’est justement là le problème. Pour être plus performants, il faudrait plus de profs dans les établissements, moins d’élèves dans les classes et des pions à chaque entrée (en attendant la reconnaissance faciale). En ces temps de pandémie, il faut en plus, respecter les « gestes barrières », isoler chacun de l’autre et désinfecter à tour de bras. Malgré tous mes mauvais souvenirs d’écoles, je me dis que c’est une vraie chance de ne pas avoir connu celle-là !

Nièce, petite-fille et arrière-petite-fille de profs ou d’instits, j’ai pourtant eu la chance qu’on ne m’y oblige pas. Alors qu’un grand nombre d’enfants doit, pendant deux décennies de sa vie, ingurgiter des notions abstraites, des ordres, des sanctions et autres calamités qui font parfois de la vie scolaire un enfer, j’ai appris tout cela en dehors des murs et je ne le regrette pas, loin de là. À la question Peut-on faire école autrement ?, la réponse du président est claire : restrictions et contrôles renforcés pour l’enseignement à domicile, à défaut d’avoir réussi à l’interdire. C’est un peu compliqué à gérer comme contradiction quand on ferme les écoles, alors le président s’accroche. Il laissera les écoles fermer une à une, mais ne décidera pas, et s’il le fait, ça sera de la faute des autres, tous les autres, les mômes, les jeunes, leurs parents, les profs, les médecins… tout le monde y passera.

Et si le temps sans école servait à autre chose qu’à reproduire ce monde ? Pourquoi s’acharner à suivre les programmes d’une matrice obsolète, n’y a-t-il pas d’autres horizons ? Oui, je sais, c’est de l’utopie tout ça, les parents bossent, z’ont pas le temps, savent pas faire… On leur a dit : tu fais des mômes, on s’occupe de tout, va bosser, ils prendront la relève ! Mais comme toujours, les temps changent et les mômes ne veulent plus de ce monde qu’on nous a survendu, enfin pas tous. À tous ceux qui ne rêvent pas des dernières Nike ou à plus de Like (mais même à ceux-là), je voudrais dire que rien n’est tracé. Tout est possible.

Apprenez à lire sur les murs des villes, à écrire en y ajoutant vos mots et à compter en jouant à la marelle, vous atteindrez le ciel ! Les plus grands pourront se perfectionner en comparant les milliards gâchés aux salaires pratiqués. Découvrez les pays en y allant et l’Histoire en la lisant, puisque vous savez lire maintenant. Écoutez de la musique, faites-la, et puis dansez aussi, chantez, car tout cela, vous ne l’apprendrez pas à l’école. L’école vous formate, l’école vous enferme, seul l’apprentissage est nécessaire, et nul besoin de bourrage de crâne, vos cerveaux n’en ont pas besoin, leur disponibilité est précieuse.

Profitez bien de chaque instant sans école, ce temps où vous êtes vous-même, sans besoin de vous comparer au meilleur ou au pire, sans injonctions, sans humiliations. Savourez et n’écoutez pas ceux qui vous disent perdus, vous ne l’êtes que pour eux et tout ce qu’ils perdront à vous emprisonner sera autant de gagné sur vos libertés.

École Banksy à Bristol, 2016 © Banksy École Banksy à Bristol, 2016 © Banksy

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