«Bon plan»: passe-droit pour violer

Mon psy-violeur n’exécutera pas sa peine tant que la décision de la cassation n’aura pas été prise. Cela signifie qu’aujourd’hui encore, il exerce « tranquillou », sans bracelet électronique, dans le cabinet où il m’a violée.

Comme une aberration n’arrive jamais seule… Après avoir appris la semaine dernière que mon agresseur pouvait être présent lors de mon expertise psychiatrique visant a évaluer le montant des dommages et intérêts qu’il sera censé me verser, j’apprends aujourd’hui que le pourvoi en cassation n’est pas « suspensif sur l’action civile », mais l’est sur « l’action public ». Autrement dit, mon psy-violeur n’exécutera pas sa peine tant que la décision de la cassation n’aura pas été prise. Cela signifie qu’aujourd’hui encore, il exerce « tranquillou », sans bracelet électronique, dans le cabinet où il m’a violée. La seule chose qu’il va devoir faire en attendant, c’est me verser 9.000€ pour couvrir mes frais d’avocat qui pour le moment s’élèvent à 50.000€. Oui oui. Il y a bien un zéro de plus.

Mais pour le reste, ça va, ça peut attendre ! Après tout, il ne s’en est pris qu’à une personne et sur une durée assez brève ! Évidemment, une seule personne a porté plainte, quant à la durée, il a quand même eu le temps de me violer à plusieurs reprises. Mais, ça va. Y a pire !

Donc, si on résume : En mars 2015, je porte plainte pour viol contre mon ancien psychologue. Ma plainte est prise très au sérieux.

En mai 2015, soit deux mois plus tard, cet individu est mis en garde à vue. A l’issue de sa garde à vue, étant donnée la gravité des faits, il est déféré au parquet pour un interrogatoire de première comparution devant la juge d’instruction. A la suite de cela, la juge ne le place pas comme « témoin assisté », non non, vue la gravité des faits, elle le met en examen et saisit le juge des libertés et de la détention, lequel décide d’un contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer.

Le prévenu fait appel de ce contrôle. La cour d’appel refuse à l’unanimité de lever le contrôle. Quelques mois plus tard, nouvel appel, le contrôle judiciaire est suspendu. Au final, il aura été interdit d’exercer pendant environ un an.

Novembre 2016, confrontation à l’issue de quoi il sera décidé de requalifier le « viol » en « agression sexuelle » afin de « m’éviter la cour d’assise ». Déjà ça commence à vriller. Janvier 2019, enfin, la juge d’instruction ordonne le renvoi devant le tribunal correctionnel. Octobre 2019, premier procès, condamnation à 4 ans de prison dont 2 fermes, interdiction d’exercer pendant 5 ans et inscription au FIJAIS. Ok, il est reconnu dangereux. Il fait appel. Cela suspend sa peine. Il rentre chez lui, continue à travailler, tout va bien. Allez, peut-être un léger stress du procès en appel ?

Novembre 2020, cour d’appel, 2e procès.

Janvier 2021, verdict : condamné. 2 ans de prison dont un ferme, interdiction d’exercer en libéral pendant 5 ans et « inutile » de l’inscrire au FIJAIS. Le jugement disant : « Les faits n’ayant été commis que sur une période relativement courte et à l’égard d’une seule victime, la cour, infirmant sur ce point le premier jugement, dira n’y avoir lieu à inscription de Monsieur T. au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes. »

 

Allez-y les mecs, vous avez un passe-droit pour agresser UNE personne, (attention, ne soyez pas trop gourmands quand-même) et sur une période « relativement courte » (à vous de bien gérer le sevrage).

Pardon, je m’égare. Cassation à venir. Deux possibilités :

  • Le jugement est cassé et donc le dossier est renvoyé devant une nouvelle cour d’appel (chouette ! ça faisait longtemps !), on refait un procès comme le premier. Le verdict tombe, il peut encore faire appel de ce verdict auquel cas l’affaire est renvoyé devant une nouvelle cour d’appel nommée « z ». A priori celle-là c’est la der des ders. On refait le procès.
  • Le jugement est confirmé.

Alors, ce qui est pas mal dans tout ça, c’est que cette procédure atteint un tel sommet de non-sens, que ça finit par me « glisser dessus ». Parce que si je m’accroche à ce que ça me fait ressentir profondément, je pense que je disparais. Eh oui, le déni est un mécanisme de défense qui a quand même une fonction bien salvatrice !

Voilà. Voilà tout ce qu’on ne dit pas. Voilà comment la justice fonctionne en France même quand la loi est respectée, même quand des poursuites sont engagées. Mon violeur est dehors, il exerce encore son métier de psychologue sans contrainte après avoir été condamné deux fois, simplement parce qu’il n’est pas d’accord avec ces condamnations. Mais ça va, il n’a violé qu’une de ses patientes, sur une période « relativement courte ». C’est sûr que cette période rapportée à la durée de la procédure est indéniablement « courte ». J’en viendrai presque à me dire que le degré de souffrance infligé est, lui aussi, « relativement faible » comparé à la souffrance que la procédure engendre. Alors évidemment, s’il ne m’avait pas violée au départ, il n’y aurait pas de procédure. Mais entre nous, il aurait bien tort de se priver de tout ce qui retarde l’exécution de sa peine.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.