zoemalouvet
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 janv. 2021

Lettre ouverte à mon psy-violeur (suite)

Croyais-tu vraiment en un « travail » dans lequel tu te mettais en péril ? Posais-tu les jalons pour que jamais plus je ne remette ta parole en doute ? Je ne le saurai jamais. Durant toute la procédure, j’ai attendu que tu m’expliques, toi, par le biais de tes déclarations, ce que tu avais bricolé avec mon corps et mon esprit pendant cette « thérapie ».

zoemalouvet
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pendant ta garde à vue, tu as tout nié. As-tu nié parce que tu étais convaincu de ne pas m’avoir violée ? As-tu nié pour tenter de t’en sortir ? Je ne le saurai jamais. Tu as dit que j’avais été ta patiente pendant six mois, que tout « ça » relevait du « fantasme », d’un « délire » que j’aurais construit pour ne pas voir la réalité d’une soi-disant relation incestueuse avec mon père. Mis face aux manifestations très fréquentes du bornage de mon téléphone dans le secteur de ton cabinet, tu as dit que j’avais besoin d’un étayage affectif permanent et que c’était pour ça que j’avais tant de séances.

Vous savez quoi ? Même à ce moment-là, même après mon dépôt de plainte, j’attendais de vous, le psychologue, que vous me disiez la vérité, par policier interposé, que vous me racontiez vraiment ce qu’il s’était passé.

Quelle naïveté n’est-ce pas ? Tu as réussi à me faire douter de ma santé mentale, encore à ce moment-là, alors que je savais avec évidence que tu m’avais violée et que tu avais abusé de ma confiance.

Un jour, vous avez dit vous-même que vous preniez un « risque » en vous engageant dans un travail thérapeutique de ce type avec moi. Un risque parce que si j’en parlais, tout le monde dirait que c’était de « l’abus », mais que vous et moi, nous savions que ça n’en était pas, puisque ce n’était pas la « vraie vie », c’était « une autre scène ». Ce jour-là, vous m'avez plongée dans le secret et surtout, vous avez fait taire par anticipation toute personne qui par la suite, chercherait à m'aider en mettant des mots sur ce que vous m'aviez fait. Et vous savez quoi ? Ils ont tous dit que c'était de l'abus. Et vous savez quoi ? Vous avez décrédibilisé leur parole en l'anticipant comme étant erronée. Vous avez poser un doute au coeur de mon âme dont je peine encore à me défaire alors que TOUT en moi a été abusé par vous. 

Mais que se serait-il passé si tu ne me ralliait pas, de force, à ton crime ? Tu m’as rendue complice du crime dont j’étais pourtant la victime. Je sais, ça commence à faire beaucoup de nœuds au cerveau. Mais je ne vais pas t’épargner ce démêlage, tu l’as bien cherché.

Croyais-tu vraiment en un « travail » dans lequel tu te mettais en péril ? Posais-tu les jalons pour que jamais plus je ne remette ta parole en doute ? Je ne le saurai jamais. Tu me disais que tu prenais ce risque avec moi parce que notre rencontre était unique, parce que j’étais quelqu’un d’exceptionnel. Le pensais-tu ? Je ne le saurai jamais. Durant toute la procédure, j’ai attendu que tu m’expliques, toi, par le biais de tes déclarations, ce que tu avais bricolé avec mon corps et mon esprit pendant cette « thérapie ».

Tu as fini par avouer des rapports, mais « consentis », en essayant de dire que je n’étais plus ta patiente à ce moment-là. Et c’est là, que c’est terrible.

Après m’avoir embrassée sans me demander mon avis, tu m’as dit qu’on ne pouvait plus faire un travail thérapeutique au « sens classique », mais tu m’as proposée un travail « différent ». Une « initiation ». Tu m’as proposé que nous fassions ensemble mon « voyage intime ». Tu as maintenu un grand mystère autour de ce que serait ce voyage. Tu me disais de te faire confiance, que tu ne me ferais aucun mal, que tu allais m’aider à grandir, à « devenir femme » et que si je ne voulais pas, « la porte était grande ouverte ». Sais-tu à quel point il n’y avait déjà plus de porte ? Il n’y avait plus que quatre murs infranchissables.

Tu te souviens, je t’avais raconté ces innombrables moments où je m’étais retrouvée dans le lit d’un homme sans être sûre d’en avoir envie et après, souvent, je regrettais. Tu t’en souviens ?

Vous m’aviez dit que je devais mieux me traiter, que je devais écouter mon désir, apprendre à connaître mes limites et qu’on allait les découvrir ensemble. Je vous ai fait confiance. Vous m’avez dit que je ne paierais plus mes séances car dans ce type de travail, le paiement se faisait symboliquement, à la fin, et que nous passerions au tutoiement ce que j'ai mis très longtemps à faire. Ce « symboliquement » ne m’a pas tellement inquiétée. Puisque, tant que cela restait dans du symbolique, par définition, il n’y avait pas d’acte, pas de matière. Peut-être n’ai-je pas assez prêté attention au fait que dans l’expression « paiement symbolique », il y avait encore « paiement ». Symbolique ou non, ça allait me coûter, je l’entends aujourd’hui.

Avais-tu neutralisé cette notion monétaire au cas où un jour je parlerais ? L’as-tu fait, dès ce moment-là, en anticipant le risque que je sorte de l’illusion ? Ou bien croyais-tu toi-même en ton histoire ? Je ne le saurai JAMAIS. 

Pendant toutes ces années de procédure, tu as réussi à maintenir le doute dans mon esprit. Pendant toutes ces années, tu m’as maintenue en haleine par tes fausses déclarations imbibées de vrai et tous les éléments avec lesquels tu avais emballé tes actes pour que je les crois irréels. Pendant toutes ces années, je suis passée par des périodes durant lesquelles je ne savais plus qui j’étais sans toi, durant lesquelles j’ai eu envie de tout arrêter.

Et tu sais ce qui m’a poussé à continuer ? Attention, tiens-toi bien, c'est : toi, le psychologue. 

Vous qui m'avez toujours dit que je ne devais plus me maltraiter, que je devais apprendre à reconnaître mes limites et à les imposer à l’autre. Ce qui m’a fait tenir dans la procédure, c’est l’espoir que même cette procédure fassee encore partie de la thérapie. Je préférais croire que vous vous étiez sacrifié jusqu’à ce point, que de me dire que tout ça n’était qu’un stratagème pervers et froid pour m’enlever mon corps et mon esprit. 

Tu m’as rendue complice de ton crime à mon encontre, je cherchais à te faire avocat de ma défense contre toi.

Premier volet de la lettre ===> https://blogs.mediapart.fr/zoemalouvet/blog/200121/lettre-ouverte-mon-psy-violeur

Troisième volet ===> https://blogs.mediapart.fr/zoemalouvet/blog/230121/lettre-ouverte-mon-psy-violeur-suite-3

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
A Hong Kong, Pékin met les médias au pas
En moins de vingt ans, l’ancienne colonie britannique est passée de la 18e à la 80e place dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). De nombreux journalistes partent ou s’apprêtent à le faire, tandis que d’autres ont décidé de résister.
par Alice Herait
Journal — Asie
« Une grande purge est en cours »
Le militant hongkongais Au Loong-Yu réside temporairement à Londres, alors que sa ville, région semi-autonome de la Chine, subit une vaste répression. Auteur de « Hong Kong en révolte », un ouvrage sur les mobilisations démocratiques de 2019, cet auteur marxiste est sévère avec ceux qui célèbrent le régime totalitaire de Pékin. 
par François Bougon
Journal — France
Covid long : ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal
Face à Mediapart : Fabien Roussel, candidat du PCF à la présidentielle
Ce soir, un invité face à la rédaction de Mediapart : Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français à la présidentielle. Et le reportage de Sarah Brethes et Nassim Gomri auprès de proches des personnes disparues lors du naufrage au large de Calais.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre ouverte à Sébastien Lecornu, Ministre des Outre mer
La Nouvelle-Calédonie connaît depuis le 6 septembre une dissémination très rapide du virus qui a provoqué, à ce jour, plus de 270 décès dont une majorité océanienne et en particulier kanak. Dans ce contexte le FLNKS demande le report de la consultation référendaire sur l'accession à la pleine souveraineté, fixée par le gouvernement au 12 décembre 2021.
par ISABELLE MERLE
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan
Billet de blog
1er décembre 1984 -1er décembre 2021 : un retour en arrière
Il y a 37 ans, le drapeau Kanaky, symbole du peuple kanak et de sa lutte, était levé par Jean-Marie Tjibaou pour la première fois avec la constitution du gouvernement provisoire du FLNKS. Aujourd'hui, par l'entêtement du gouvernement français, un référendum sans le peuple premier et les indépendantistes va se tenir le 12 décembre…
par Aisdpk Kanaky
Billet de blog
Ne nous trompons pas de combat
À quelques jours du scrutin du 12 décembre, il importe de rappeler quel est le véritable objet du combat indépendantiste dans notre Pays. Ce n’est pas le combat du FLNKS et des autres partis indépendantistes contre les partis loyalistes. Ce n’est même pas un combat contre la France. Non, c’est le combat d’un peuple colonisé, le peuple kanak, contre la domination coloniale de la République française qui dure depuis plus d’un siècle et demi.
par John Passa