Lettre ouverte à mon psy-violeur (suite)

Croyais-tu vraiment en un « travail » dans lequel tu te mettais en péril ? Posais-tu les jalons pour que jamais plus je ne remette ta parole en doute ? Je ne le saurai jamais. Durant toute la procédure, j’ai attendu que tu m’expliques, toi, par le biais de tes déclarations, ce que tu avais bricolé avec mon corps et mon esprit pendant cette « thérapie ».

Pendant ta garde à vue, tu as tout nié. As-tu nié parce que tu étais convaincu de ne pas m’avoir violée ? As-tu nié pour tenter de t’en sortir ? Je ne le saurai jamais. Tu as dit que j’avais été ta patiente pendant six mois, que tout « ça » relevait du « fantasme », d’un « délire » que j’aurais construit pour ne pas voir la réalité d’une soi-disant relation incestueuse avec mon père. Mis face aux manifestations très fréquentes du bornage de mon téléphone dans le secteur de ton cabinet, tu as dit que j’avais besoin d’un étayage affectif permanent et que c’était pour ça que j’avais tant de séances.

Vous savez quoi ? Même à ce moment-là, même après mon dépôt de plainte, j’attendais de vous, le psychologue, que vous me disiez la vérité, par policier interposé, que vous me racontiez vraiment ce qu’il s’était passé.

Quelle naïveté n’est-ce pas ? Tu as réussi à me faire douter de ma santé mentale, encore à ce moment-là, alors que je savais avec évidence que tu m’avais violée et que tu avais abusé de ma confiance.

Un jour, vous avez dit vous-même que vous preniez un « risque » en vous engageant dans un travail thérapeutique de ce type avec moi. Un risque parce que si j’en parlais, tout le monde dirait que c’était de « l’abus », mais que vous et moi, nous savions que ça n’en était pas, puisque ce n’était pas la « vraie vie », c’était « une autre scène ». Ce jour-là, vous m'avez plongée dans le secret et surtout, vous avez fait taire par anticipation toute personne qui par la suite, chercherait à m'aider en mettant des mots sur ce que vous m'aviez fait. Et vous savez quoi ? Ils ont tous dit que c'était de l'abus. Et vous savez quoi ? Vous avez décrédibilisé leur parole en l'anticipant comme étant erronée. Vous avez poser un doute au coeur de mon âme dont je peine encore à me défaire alors que TOUT en moi a été abusé par vous. 

Mais que se serait-il passé si tu ne me ralliait pas, de force, à ton crime ? Tu m’as rendue complice du crime dont j’étais pourtant la victime. Je sais, ça commence à faire beaucoup de nœuds au cerveau. Mais je ne vais pas t’épargner ce démêlage, tu l’as bien cherché.

Croyais-tu vraiment en un « travail » dans lequel tu te mettais en péril ? Posais-tu les jalons pour que jamais plus je ne remette ta parole en doute ? Je ne le saurai jamais. Tu me disais que tu prenais ce risque avec moi parce que notre rencontre était unique, parce que j’étais quelqu’un d’exceptionnel. Le pensais-tu ? Je ne le saurai jamais. Durant toute la procédure, j’ai attendu que tu m’expliques, toi, par le biais de tes déclarations, ce que tu avais bricolé avec mon corps et mon esprit pendant cette « thérapie ».

Tu as fini par avouer des rapports, mais « consentis », en essayant de dire que je n’étais plus ta patiente à ce moment-là. Et c’est là, que c’est terrible.

Après m’avoir embrassée sans me demander mon avis, tu m’as dit qu’on ne pouvait plus faire un travail thérapeutique au « sens classique », mais tu m’as proposée un travail « différent ». Une « initiation ». Tu m’as proposé que nous fassions ensemble mon « voyage intime ». Tu as maintenu un grand mystère autour de ce que serait ce voyage. Tu me disais de te faire confiance, que tu ne me ferais aucun mal, que tu allais m’aider à grandir, à « devenir femme » et que si je ne voulais pas, « la porte était grande ouverte ». Sais-tu à quel point il n’y avait déjà plus de porte ? Il n’y avait plus que quatre murs infranchissables.

Tu te souviens, je t’avais raconté ces innombrables moments où je m’étais retrouvée dans le lit d’un homme sans être sûre d’en avoir envie et après, souvent, je regrettais. Tu t’en souviens ?

Vous m’aviez dit que je devais mieux me traiter, que je devais écouter mon désir, apprendre à connaître mes limites et qu’on allait les découvrir ensemble. Je vous ai fait confiance. Vous m’avez dit que je ne paierais plus mes séances car dans ce type de travail, le paiement se faisait symboliquement, à la fin, et que nous passerions au tutoiement ce que j'aime mis très longtemps à faire. Ce « symboliquement » ne m’a pas tellement inquiétée. Puisque, tant que cela restait dans du symbolique, par définition, il n’y avait pas d’acte, pas de matière. Peut-être n’ai-je pas assez prêté attention au fait que dans l’expression « paiement symbolique », il y avait encore « paiement ». Symbolique ou non, ça allait me coûter, je l’entends aujourd’hui.

Avais-tu neutralisé cette notion monétaire au cas où un jour je parlerais ? L’as-tu fait, dès ce moment-là, en anticipant le risque que je sorte de l’illusion ? Ou bien croyais-tu toi-même en ton histoire ? Je ne le saurai JAMAIS. 

Pendant toutes ces années de procédure, tu as réussi à maintenir le doute dans mon esprit. Pendant toutes ces années, tu m’as maintenue en haleine par tes fausses déclarations imbibées de vrai et tous les éléments avec lesquels tu avais emballé tes actes pour que je les crois irréels. Pendant toutes ces années, je suis passée par des périodes durant lesquelles je ne savais plus qui j’étais sans toi, durant lesquelles j’ai eu envie de tout arrêter.

Et tu sais ce qui m’a poussé à continuer ? Attention, tiens-toi bien, c'est : toi, le psychologue. 

Vous qui m'avez toujours dit que je ne devais plus me maltraiter, que je devais apprendre à reconnaître mes limites et à les imposer à l’autre. Ce qui m’a fait tenir dans la procédure, c’est l’espoir que même cette procédure face encore partie de la thérapie. Je préférais croire que vous vous étiez sacrifié jusqu’à ce point, que de me dire que tout ça n’était qu’un stratagème pervers et froid pour m’enlever mon corps et mon esprit. 

Tu m’as rendue complice de ton crime à mon encontre, je cherchais à te faire avocat de ma défense contre toi.

 

Premier volet de la lettre ===> https://blogs.mediapart.fr/zoemalouvet/blog/200121/lettre-ouverte-mon-psy-violeur

Troisième volet ===> https://blogs.mediapart.fr/zoemalouvet/blog/230121/lettre-ouverte-mon-psy-violeur-suite-3

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