Ca clignote, au Caire. Dans les immeubles, où l'électricité s'évapore des fils comme sous l'effet de la chaleur à venir, et dans les voitures, où l'icône en forme de pompe passe du vert au rouge. Tic, tac.
C'est un jeu qu'on fait à l'ambassade, dit le Monsieur de l'Ambassade. J'écris sur le tableau « Une raison d'espérer » et l'équipe doit trouver des idées. Ça a l'air simple, mais ça ne l'est pas, vous allez voir.
C'est le rodéo du jour, un western d'une après-midi. Au sommet d'une colline surplombant la mégalopole, une maison blanche entourée de camions bleus-marine attend qu'on lui jette des pierres.
Abdo vit au bord du désert. Au bord d'un lac aussi. «Encore un garçon mort à Port Saïd», annonce t-il en secouant la tête. Sourcils touffus et cheveux frisés accentuent son geste. «Port Saïd..., commence t-il. J'y ai vécu trois ans. J'ai connu la ville quand ils commençaient tout juste à la pourrir avec le fric».
Des mains brunes et viriles portent un rectangle de bois au dessus d'une foule. Il est midi sur Tahrir et comme tous les jours depuis quelques temps, c'est un corps à l'horizontale dans une boîte qui rassemble.
Ce dimanche, à Port Saïd, on enterre les morts dans la fumée des gaz lacrymogènes. Comme dans Antigone, on tue sur les tombes, on meurt pour des histoires de sépulture.