Le gendarme sourit, s’amuse, puis rit franchement. Pendant plusieurs minutes. Il se tiendrait presque les côtes. Il n’y a pourtant rien de très amusant ces temps-ci. La Libye se soulève. Des citoyens libyens crèvent sous les balles du tyran. Et Monsieur H. risque une expulsion. C’est ce Monsieur H. qui fait tant rire le gendarme. Nous sommes le 10 mars 2011. Monsieur H. est en rétention et il passe pour la première fois devant le juge des libertés et de la détention.
Monsieur B, ressortissant tunisien, part en voyage. Il a avec lui ses bagages, son ticket de train mais il est en retard et a peur de rater ce dernier, aussi au lieu d’essayer de se repérer dans les panneaux va-t-il directement vers les employés SNCF de la gare de Narbonne pour leur demander sur quel quai est son train. Pas de réponse.
La presse en a fait des prisonniers échappés, des repris de justice sortis des geôles de Ben Ali par on ne sait trop quelle opportunité, quel mauvais sort qui jetterai sur l'Europe tout ce que la Tunisie compte de malfrats, voleurs à la petite semaine et qui sait, assassins divers...
Ce sont bien des prisonniers échappés qui parviennent sur les côtes italiennes et finissent dans les cellules des centres de rétention de Nice, Marseille ou Nîmes.... mais des prisonniers un peu particuliers. De jeunes hommes pour la plupart, venant de villes frontalières de la Libye, longtemps retenus prisonniers d' une société où la dictature, érigée en art de vivre pour occidentaux en mal d' exotisme, dressa des murs aussi épais que les intérêts économiques et politiques qu elle défendait.