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Contre l'hyperconsommation, ses arnaques, son agressivité : black friday ? Du balai !

Ce 29 novembre, à Clermont comme ailleurs, de multiples organisations se sont associées pour rejeter cette folie du vendredi noir comme nécessité pour vendre ou acheter toujours plus. Le centre commercial Jaude1 a été investi à cette occasion tandis que d'autres actions se déroulaient sur la place de Jaude tout au long de cette journée. La liste des organisations se trouve en fin de port-folio.
  1. Des 9 heures, des militants d'Action Non-Violente et d'Extinction-rébellion, des Gilets Jaunes se rassemblent devant Jaude 1 - le centre commercial majeur de Clermont -  pour manifester leur opposition à cette journée de surconsommation, d'arnaques au rabais (cf UFC-Que Choisir) et d'inutiles achats vite obsolètes pour combler le vide de nos sociétés. Les banderoles sont déployées, bien visibles devant l'entrée principale.

  2. Sur la place, les premiers consommateurs ou passants se fraient un chemin, parfois acceptent le discussion ou sans rien dire s'engouffrent dans le centre commercial.

    Cette action veut dire haut et fort que ce nouvel anniversaire à un mois des fêtes de fin d'année est une folie destructrice créée par ces sociétés internationales ou mondialisées qui veulent toujours plus s'enrichir. Face au bouleversement climatique qui est là (il n'est qu'à son début), le gaspillage des ressources et des stocks invendus, les pollutions de tous ordres, l'exploitation de ceux qui produisent sont une insulte toujours plus vive à ceux qui n'ont pas de quoi joindre les deux bouts et à ceux et celles conscient.e.s que les conditions de vie sur terre sont menacées et dégradées comme jamais.

  3. La porte-parole exprime les raisons de cette action inédite devant les militants qui se renforcent au fil des minutes.

    Cette action s'inscrit dans un ensemble plus vaste d'une journée festive, alternative et revendicative où marché des alternatives, mandala végétal, discussions, forums et à la fin une déambulation funéraire pour la  terre en péril, doivent se succéder sur la place de Jaude.

  4. L'entrée principale est ceinturée par les banderoles qui expriment toutes leurs désirs d'une autre direction des affaires mondiales aux affaires locales pour réduire au plus vite ce réchauffement climatique tout en anticipant et minimisant par la végétalisation des villes les canicules à venir.

    "Produire moins,  consommer mieux- faire du bien - Etre heureux"

  5. Les uns relaient les autres, sourire aux lèvres. Les discussions vont bon train. On apprend à se connaître. Une banderole toute en couleur proclame :

    "Soldes : 70% sur toutes les ressources de la planète jusqu'à épuisement des stocks"

  6. Dix minutes de méditation assis sur une chaise en demi-cercle sont proposées aux volontaires. Un moment de silence pour se recentrer sur soi, paix intérieure possible dans l'action non-violente néanmoins déterminée.

  7. Des discussions s'engagent ensuite pour ceux/celles qui le souhaitent avec éventuellement un passant ou un client : échanger ressenti et arguments, espérances et engagements.

    "Résistance - résilience face à la conso à outrance"

  8. Assis ou debout. De plus en plus nombreux. Le camion a livré du matériel  pour le mandala et le petit marché. Il ne pleut pas.

    "Cette prison nommée société de surconsommation"

  9. Une discussion s'engage assis au pied des escaliers. Dans le fond, l'entrée principale toujours ceinturée de banderoles tendues. A droite, un groupe de street médics vient à tout hasard ne serait-ce que pour dépanner en cas de défaillance individuelle. Les végétaux pour le mandala sont arrivés pour ravir nos yeux dans quelques heures.

    "Grande braderie de la planète, êtes-vous heureux ?"

  10. Un groupe de jeunes collégiens vient d'arriver. Ils se reconnaissent dans Youth for climate. Des lycéens et étudiants viennent aussi peu à peu. Une formation accélérée à la désobéissance civile est donnée aux jeunes désirant intégrer la suite de l'action.

    "En a-t-on vraiment besoin ?" questionne avec simplicité une banderole. Question première essentielle.

  11. Les sourires ne manquent pas dans la gravité et l'urgence de la situation. Tout à côté, une porte-parole apporte sa plaidoirie, rappelle le but de cette manifestation.

  12. Maintenant, avec les différents renforts de la matinée, les banderoles s'étalent sur deux rangs. Les clients qui entrent à Jaude ont un petit couloir de passage.

    Bientôt tout va être prestement plié et tout ce monde se volatiliser pour une nouvelle action, cette fois dans le centre Jaude1.

  13. C'est fait, au rez-de-chaussée en plein centre, des dizaines de personnes se couchent par terre en guise de protestation. Les clameurs disent l'aberration de ce noir jour commercial. Au plus fort de l'action plus de soixante participants sont couchés sur le sol entourés par d'autres dizaines en soutien et protection.

  14. Vu du premier étage.

    Le "black friday" n'est pas une occasion commerciale de plus s'ajoutant à toutes les autres mais la tête de pont d'un nouveau monde capitaliste  dominé par la course aux soldes et le rabais permanent. Sa fonction essentielle est de faire disparaître le prix (le "juste" prix possible et le commerce équitable disparaît avec lui) pour ne donner qu'un taux, un pourcentage illusoire et fallacieux car intrinsèquement basé sur un prix qui n'existe plus qu'en référence-bidon. Au passage, cette société menace tous les petits commerces et les artisans-producteurs en les contraignant à une concurrence de rabais et de soldes qu'ils ne peuvent pas suivre.

     Comme le résume ce slogan crié avec force, il n'y a plus de place pour le citoyen mais pour le seul producteur-consommateur dans une boucle mortifère et destructrice de vie, pour des produits illusoires, malsains voire toxiques, sans cesse renouvelés sans réel bénéfice (!)  à l'obsolescence programmée, inutile et encombrant (dans tous le sens du terme) pour des besoins imposés par le marketing et la publicité quand la maison commune - la Terre - prend feu en raison même de cette orientation économique et sociétale du monde tout en laissant la plus grande partie de celui-ci dans la non-satisfaction des besoins primaires. On ne devrait pas s'étonner que cette seule et sombre perspective d'un idéal de courir les soldes et rabais laisse nos sociétés dériver et la démocratie se faire la malle. Pratiquer un juste prix est plus que jamais d'actualité.

    "Produis, consomme et ferme ta gueule"

  15. Des vigiles, certains très nerveux au début, tentent de bousculer quelques personnes pour laisser passer la clientèle. Ils essaient d'interdire photos et vidéos mais abandonnent. Peut-être le nombre de portables levés qui peuvent diffuser en direct appellent-ils à la sagesse ? Des militants entament le dialogue pour calmer cette nervosité et rassurer.

  16. "On ne nait pas consommateur, on le devient"

    Une autre pourrait dire symétriquement "A force de consommer, on finit même par mourir".

  17. Toujours allongé.e.s tranquillement, les activistes se reposent, toujours vigilant.e.s à l'environnement tandis que d'autres expliquent les raisons de cette manifestation à ceux et celles qui veulent bien tenter de comprendre. Certains d'ailleurs, un peu plus tard, tiendront un petit moment un coin de banderole pour montrer leur compréhension et leur aquiescement.

  18. Au milieu de l'action et de ses bruits : regard vigilant, visage apaisé. Ni colère ni nervosité. Simplement, être là, comme une évidence citoyenne, une responsabilité assumée.

  19. Tout le monde n'est pas sur le sol. On n'a pas tous les genoux ou le dos pour le faire. D'autres manifestants tiennent les banderoles. Peu à peu se sont mis autour de nombreux passants/clients qui écoutent, regardent, parfois questionnent. S'interrogent-ils dans leur for intérieur  ?

  20. "Combien d'esclaves pour mon nouveau portable ?"

    Une banderole qui questionne notre responsabilité à consommer toujours plus - ici de portables - sans se soucier de qui le fabrique, quand un nouveau modèle vient de sortir.

  21. La troupe décide de se porter plus loin en avant. Pas question de se lever, bien entendu, et c'est donc en rampant, serrés les uns contre les autres, que le cortège se déplace au grand dam des vigiles qui cherchent à bloquer cette modeste progression.

  22. Cette fois, du premier étage, on voit bien toute la scène. De là-haut, premier et deuxième étages confondus, de nombreuses personnes s'attardent, prennent une photo. Insolite spectacle qui n'en est pas un !

  23. Désormais, beaucoup se sont assis ou sont remplacés par de jeunes collégiens et lycéens, tout à leur aise et en gaité. Au son du tambour de peau synthétique (m'a indiqué cette militante de One Voice), l'ambiance reste chaleureuse et rythmée. Bien sûr la photo ne rend pas l'ambiance sonore festive mais outre les slogans clamés avec puissance, les battements de main, de pieds, rythment ce sit-in à l'opposé des musiques pour acheter des centres commerciaux.

  24. Tout est calme dans la fièvre du vendredi noir ! Assis ou couché.e.s, certain.e.s se sustentent, boivent un peu d'eau. Concentrés et en forme. Sur les côtés, pas de panique, on passe ou pas et on va plus loin. De nouvelles personnes soutiennent les banderoles un moment. Certains consommateurs avec paquets aimeraient passer au milieu mais c'est franchement risqué, il faut parfois serrer les rangs !

  25. Une lycéenne a amené son carnet de dessin et sa palette. Peu à peu, sans se presser, elle dessine son impression du moment. La minute de silence de tantôt libère sa créativité : "Ecoutons l'orchestre de la consommation pendant cette minute de silence."

  26. Peu à peu les plus jeunes de Youth of climate ont pris place. il ne reste plus grand monde couché à même le sol. Ils sont assis en cercle.  Bientôt un étudiant va prendre le micro pour quelques minutés.

    Visiblement, la manifestation touche à sa fin. La porte-parole va bientôt signifier l'évacuation des lieux.

  27. Tou.te.s en farandole se tenant par la main. Longue chaîne de solidarités éprouvées dans cette action non-violente.

  28. Dehors, il a plu en début d'après-midi au démarrage du mandala végétal collant les feuilles au sol. Pas si mal ! Le petit marché des alternatives est installé sous des auvents.

  29. Chacun.e est invité.e à déposer un élément à ce mandala qui prend peu à peu forme. Sur la place de Jaude, il a belle allure. Pourquoi un mandala végétal ? Pour rappeler la nécessité de la végétalisation partout où le béton et les surfaces bâties amènent des ilots de chaleur supplémentaire quand la végétalisation diminue chaleur et apporte un surcroît d'humidité fort appréciable durant les canicules. L'urgence locale est là.

  30. Mahimata se presse d'un côté puis de l'autre pour mettre une touche de couleur ou de forme tandis que Noémie plus souvent courbée vers le sol - me semble-t-il - avec soin et art, cale, ajoute ou propose.

  31. Face au marché des alternatives dans le fond, le mandala poursuit sa croissance sans PIB. Une nouvelle initiative de "Cocon" toujours en beauté.

    C'est l'association Cocon qui organise ce mandala sur la place de Jaude. Artistes divers et diversifiés, ils veulent insuffler de l'art et de la culture dans les actions revendicatives. En septembre déjà, c'est eux qui avaient magnifiés par l'argile cette manifestation pour le climat, instant de grâce et de beauté : https://blogs.mediapart.fr/202127/blog/220919/une-marche-et-une-fete-pour-le-climat-et-la-justice-sociale-clermont-ferrand

  32. Voilà la fresque végétale terminée. Le mandala n'est pas le résultat d'une construction. Il est à la fois ce qui se construit à travers les moments de cette construction, comment et par qui il se construit. Ephémère, il s'inscrit pourtant dans le durable par son sens qui ne s'efface pas.

  33. Sur ce côté de la place, les activistes et quelques passants continuent la discussion ou parcourent le petit marché.

  34. Pour finir peu avant la nuit, une déambulation funéraire fait le tour de Jaude, portant le cercueil "Terre". Est-ce pour dire que nous n'enterrerons pas la vie sur la terre, ni l'espoir d'un avenir que bien peu de monde a suivi ce cortège ? Une journée réussie pour une action non-violente qui veut le rester.

    Action non-violente, Extinction-Rébellion, Gilets jaunes, Youth for climate, Attac et Greenpeace ont organisé cette manifestation à Jaude 1. Le marché était dû au travail d'Alternatiba et Citoyens pour le climat. Le superbe Mandala est l'oeuvre de Cocon et des personnes qui ont apporté leur concours.

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