Portfolio

LES TRESORS D''OSIRIS

L’Institut du Monde Arabe sert d’écrin à la magistrale exposition d’égyptologie organisée par l’archéologue Franck Goddio et son équipe jusqu’au 31 janvier 2016. Au-delà de la beauté saisissante des objets présentés, c’est une initiation aux croyances et aux mystères de l’Egypte ancienne qui nous est proposée.
  1. Statue colossale de Hâpy.

    Composition : granite rose d’Assouan. Hauteur : 5,40 m et poids : 6 tonnes. Provenance : façade du grand temple de Thônis-Héracleion, avec les colosses du pharaon et de la reine. Origine :fouilles sous-marines de l’IEASM*. Datation : IVe ou IIIe siècle avant notre ère. Actuellement au Musée maritime d’Alexandrie.

    → Le divin  Hâpy est ici une figure androgyne de fécondité personnifiant la crue annuelle bienfaisante du Nil. Ce monument anépigraphe en sept morceaux, a été brisé dans l’antiquité, puis restauré, avant le cataclysme. Pour le commentaire de la photo**, voir par ailleurs le billet Osiris : Mystères engloutis d’Egypte.

    * L’IEASM est l’Institut Européen d’Archéologie Sous-marine, fondé et dirigé par Franck Goddio, qui est ici le commissaire de l’exposition.

    ** Les photos de ce portfolio extraites du dossier de l’exposition sont dues à Christophe Gerik © Franck Goddio / HILTI Foundation. Les autres émanent de l’auteur de l’article : Osiris : Mystères engloutis d’Egypte.

     

  2. Statues d’Isis et d’Osiris.

    Composition : grauwacke polie et satinée. Hauteur : 90cm. Provenance : tombe de Psammétique, « supérieur du sceau, supérieur du palais », dans la nécropole de Saqqara. Origine :fouilles d’Auguste Mariette (1863). Datation : XXVIe dynastie dite « saïte », règne d’Amasis (570-526). Actuellement au Musée égyptien du Caire. Inventaire : CGC38.884 et 38.358.

    → Les deux divinités en majesté sont assises sur leur trône. Mais le modelè rafiné confine à une douceur charnelle qui humanise la pose hiératique traditionnelle. Pour ces chef d’œuvre de l’époque saïte, période de Renaissance culturelle et de classicisme artistique à partir des modèles de l'Ancien Empire, voir par ailleurs le commentaire dans le billet Osiris : Mystères engloutis d’Egypte.

     

     

  3. Statue d’Osiris.

    Composition : bois de sycomore et or. Hauteur : 152 cm. Provenance : nécropole de Minia, en Haute Egypte. Datation : époque ptolémaïque. Actuellement au Musée de la Bibliotheca Alexandrine. Inventaire : BAAM 633.

    → Cette remarquable statue mutilée présente le « souverain de l’Occident » (royaume de l’au-delà). Osiris, archétype funéraire et royal, se dresse immobile, le corps momiforme étroitement gainé. La haute coiffure a perdu son uraeus ondulant dont on voit les mortaises d’assemblage. Les points serrés qui tenaient jadis les regalia (sceptre-heka et flagellum-nekhakha) sont vides. La barbe postiche tressée a disparu. Mais les yeux conservent le fard en pate de verre bleue et les iris noirs qui restituent le regard pénétrant du « maître de vie ». La feuille d’or qui subsiste par endroit sur le visage rappelle qu’en Egypte ancienne l’or constitue la chair des dieux.

  4. Stèle à la butte osirienne.

    Composition : grès. Hauteur : 60cm. Provenance : grand temple de Karnak. Datation : XXXe dynastie ou époque ptolémaïque. Actuellement au Musée égyptien du Caire. Inventaire : PV 2014.18.

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    → Cette petite stèle se réduit à une structure en dôme qui représente le cénotaphe type d’Osiris, surmonté de l’arbre sacré Ished (longtemps assimilé à notre persea, semble-t-il à tort). Les trois hiéroglyphes inscrits dans la surface du cénotaphe énoncent le nom du dieu Osiris.

    Ils sont ici détaillés par commodité dans le sens de lecture gauche-droite, contraire au sens normal des hiéroglyphes dans l'antiquité.

  5. Statuaire cultuelle d’Osiris Onnophris étendu sur un lit léonin s’unissant à l’Isis.

    Composition : basalte. Longueur : 178 cm. Provenance : d’une niche creusée dans le mur sud de la tombe du roi Djer de la Ie dynastie à Abydos. Datation : XIIIe dynastie, règne de Djedkheperou (vers 1750 avant notre ère). Actuellement au Musée égyptien du Caire. Inventaire : JE 32.090.  

    → La momie du dieu mort, protégée par quatre faucons, est revivifiée par Isis. La grande magicienne emprunte la forme d’un faucon femelle pour s’accoupler au dieu afin d’engendrer l’héritier du trône, Horus. Osiris devient alors Ounefer-Onnophris (l’Etre parfait). Cette représentation statuaire en trois dimensions est unique, alors que ce thème, déjà présent dans les textes des Pyramides, figure dans les salles secrètes des temples sous forme de bas-reliefs en deux dimensions, à Abydos et Dendérah.

     

  6. Statuaire d’Osiris éveillé, étendu sur le ventre.

    Composition : gneiss, avec bronze, électrum et or. Largeur : 56cm. Provenance : Horbeit-Chedenou dans le Delta. Datation : XXVIe dynastie dite « saïte », règne d’Apriès (589-570). Actuellement au Musée égyptien du Caire. Inventaire : CGE 38.424.

    → Le dieu s’éveille en position ventrale, encore prisonnier de sa gaine funéraire. Son visage, encadré par la perruque tripartite, arbore une barbe divine soigneusement tressée. Avec ses yeux fardés en amende, ce lumineux portrait arbore un fin sourire sur des lèvres pulpeuses. Selon la coutume artistique, il présente probablement les traits du pharaon en titre, Apriès. Le dieu porte la haute couronne tchen de l’Osiris renaissant, avec plumes d’autruche, cornes ovines torsadées et globe axial.

     

  7. Simulacre d’Osiris végétant dans son sarcophage hiéracocéphale.

    Composition : bois de sycomore peint pour le sarcophage ; terre et grains d’orge pour la pseudo-momie ; cire peinte pour le masque et les accessoires. Longueur : 61 cm. Provenance : région de Minieh en Moyenne-Egypte. Datation : Troisième période intermédiaire (VIIIe au VIe siècle avant notre ère). Actuellement au Musée égyptien du Caire. Inventaire : JE 36539 et 5.022.

    →Il s’agit d’une figurine rituelle utilisée dans les cérémonies performatives du mois de Khoiak pour célébrer la renaissance du dieu Osiris dans sa forme solaire de Sokaris, avec une pseudo-momie ithyphallique.

  8. Osiris-Canope.

    Composition : marbre. Hauteur : 107 cm. Provenance : Ras el-Soda (proche d’Alexandrie). Datation : époque romaine, IIe siècle de notre ère. Actuellement au Musée gréco-romain d’Alexandrie. Inventaire : GRM 25.787.

    → Cette urne factice et pleine montre une tête, affublée d’une courte barbe postiche. Ik s’agit d’une représentation particulière et locale d’Osiris associé au grec Canope, fondateur légendaire de la cité. Coiffée du némès pourvu d’un uraeus, le dieu porte un disque solaire entouré de plumes flanquées de cobras. Sur la panse du vase, un scarabée pousse un autre disque solaire surmonté d’un pectoral orné de deux criocéphales accroupis et sur lequel perchent deux faucons, le tout entouré de quatre divinités : deux Harpocrate nus ainsi que les déesses Isis et Nephtys, les  protectrices de leur frère Osiris. Ces vases simulacres témoignent d’un mélange d’influences égyptiennes et hellénistiques.

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    On peut voir en effet dans l’exposition un autre Osiris-Canope de même série et de même origine (Hauteur : 95 cm. Inventaire : GRM 25.786).

    De facture plus simple et géométrique, mais aussi plus « moderne », on pourrait le confondre avec une imitation d’égyptomanie du XVIIIe siècle !

     

     

     

  9. La déesse Thouéris.

    Composition : grauwacke polie. Hauteur : 96cm. Provenance : Karnak. Datation : XXVIe dynastie dite « saïte », règne de Psammétique I° (664-610). Actuellement au Musée égyptien du Caire. Inventaire : CGE 39.145.

    → La déesse hippopotame dressée sur ses pates postérieures léonines s’appuie sur le nœud magique sa, symbole de protection. Ses mamelles pendantes symbolisent le lait et la maternité. En effet, ses fonctions apotropaïques culminent dans l’assistance aux parturientes, comme le suggère son ventre gravide. Coiffée de la perruque tripartite, elle porte un mortier. Son dos montre une queue de crocodile. Thouéris – plus exactement Taouret signifiant « la grande » en égyptien - figure au centre du célèbre zodiaque de Dendérah (au Louvre) où elle représente la constellation du Dragon.

     

     

  10. Taureau Apis.

    Composition : basalte. Hauteur : 190 cm. Provenance : Sérapéum d’Alexandrie. Datation : époque romaine, IIe siècle de notre ère. Actuellement au Musée gréco-romain d’Alexandrie. Inventaire : GRM 351.

    → Le Taureau Apis est une hypostase divine, c’est-à-dire l’incarnation vivante du dieu. A l’origine et dès la première dynastie, c’est le dieu Ptah de Memphis, capitale antique de l’Egypte, qui se manifestait dans l’Apis. Mais peu à peu, le taureau sacré fusionne avec Osiris, ce qui donnera plus tard, à l’époque ptolémaïque, le dieu syncrétique Sarapis, bientôt transféré à Alexandrie. La statue exposée grandeur nature fut consacrée par l’empereur Hadrien pharaon d’Egypte (117-138). De facture naturaliste et d’un poli parfait, Apis porte ici le disque solaire protégé par l’uraeus.

     

  11. Tête colossale du dieu Sarapis.

    Composition : marbre. Hauteur : 83 cm. Provenance : temple immergé de Canope. Origine :fouilles sous-marines de l’IEASM. Datation : époque romaine. Actuellement au Musée de la Bibliotheca Alexandrine. Inventaire : SCA 169 et 206.

    → Selon les historiens romains Tacite et Plutarque, le dieu syncrétique Sarapis serait né d’un rêve de Ptolémée Ier , un composé d’Osiris et d’Apis. C’est en effet l’image hellénisée d’une divinité égyptienne, assumant les multiples fonctions aussi bien d’oracle et de thaumaturge, que de fertilité et de « patron » de la dynastie lagide. Il apparait ici comme un homme mur et barbu, coiffé du calathos, dérivé du boisseau utilisé pour mesurer le volume des grains.

     

  12. Statuette de Pharaon.

    Composition : bronze. Hauteur : 21 cm. Provenance : temple immergé d’Amon à Thônis-Héracleion. Origine :fouilles sous-marines de l’IEASM. Datation : Basse Epoque. Actuellement au Musée maritime d’Alexandrie. Inventaire : SCA 1305.

    → Le pharaon s’avance torse nu, ceint du pagne plissé chendjyt. Les insignes du pouvoir maintenant disparus peuvent être facilement imaginés : longue canne d’apparat à droite et symbole-ankh à gauche. Sur la tête au visage ovale, le souverain porte le kheprech, coiffure en cuir d’autruche (normalement bleue) sur lequel l’uraeus ondule en boucle symétrique. Sur la ceinture le nom du roi n’a pu être déchiffré. Cet artefact mutilé montre bien l’art des bronziers égyptiens, même sur les pièces de petites dimensions.

     

  13. Statue de la reine Arsinoé II.

    Composition : granodiorite. Hauteur : 1,5 m. Provenance : temple immergé de Canope. Origine :fouilles sous-marines de l’IEASM. Datation : époque ptolémaïque, IIIe siècle avant notre ère. Actuellement au Musée de la Bibliotheca Alexandrine. Inventaire : SCA 208.

    → Pour ce chef d’œuvre de l’art ptolémaïque, fusion intime de l’Isis égyptienne et de l’Aphrodite grecque, voir par ailleurs le billet Osiris : Mystères engloutis d’Egypte.

     

  14. Terre cuite de « Bès guerrier ».

    Composition : céramique à base de limon du Nil brun-rouge. Hauteur : 25 cm. Provenance : sud du téménos d’Héracleion. Origine :fouilles sous-marines de l’IEASM. Datation : époque ptolémaïque. Actuellement au Musée maritime d’Alexandrie. Inventaire : SCA 1586.

    → Cet objet brisé représente le dieu nain Bès brandissant un glaive. Il est coiffé d’un modius qui porte six hautes plumes au sommet desquelles se trouve un pectoral sculpté du taureau  Apis marchant de profil. En Egypte ancienne, les nains étaient supposés détenir une puissance magique. Représenté nu et grimaçant, Bès est un dieu protecteur, notamment des parturientes, ce qui en fait une contrepartie masculine de la déesse Thouéris vue ci-dessus au numéro 9. Mais dans la région d’Alexandrie, le « Bès à Apis » témoigne d’une religion populaire et de ses préoccupations quotidiennes.

     

  15. Plaque de fondation du Sérapéum d’Alexandrie.

    Composition : or. Longueur : 12 cm. Provenance : fouilles d’Alexandrie. Datation : règne de Ptolémée III (246-222 avant notre ère). Actuellement au Musée gréco-romain d’Alexandrie. Inventaire : GRM 10035.

    → Les constructeurs égyptiens enfouissaient des objets réduits ou factices, dûment datés du souverain en titre dans les fondations des nouveaux édifices. Ici la plaque en or porte une inscription bilingue en grec et en égyptien hiéroglyphique, avec les cartouches de Ptolémée III. Les deux textes ne sont pas totalement identiques en raison des formules d’eulogie  différentes dans les deux civilisations entremêlées. Version hiéroglyphique : « Le roi de Haute et Basse Egypte, l’héritier des dieux Adelphe, élu de Rê, image vivante d’Amon et fils de Rê Ptolémée vivant éternellement, aimé de Ptah. Il a fait le temple d’Osiris-Apis ».

     

  16. Œil d'Horus dit « oudjat ».

    Composition : or. Longueur : 0,8 cm et poids 0,4 g. Provenance : Thônis-Héracleion. Origine :fouilles sous-marines de l’IEASM. Datation : époque ptolémaïque. Actuellement au Musée gréco-romain d’Alexandrie. Inventaire : SCA 1123.

    → Deux fines feuilles d’or identiques sont accolées, dégageant deux ouvertures latérales permettant de porter cette amulette protectrice en pendentif. Elle montre un relief en filigrane et une boule plate figurant la pupille. Cet objet représente l’œil du dieu faucon Horus, fils d'Osiris, premier pharaon succédant à son père assassiné par le dieu Seth. Talisman très populaire dans l’antiquité, l’œil Oudjat encore répandu de nos jours signifie « être vert, renouvelé, revivifié, intact ». L'oudjat, ou œil complet, incarne également la pleine lune dont le disque se reconstitue progressivement en quatorze jours. Enfin, ce symbole a par ailleurs une fonction de calcul numérique, avec le système des fractions  égyptiennes.

     

  17. Pectoral de Chéchang Ier.

    Composition : or, lapis-lazuli, verre. Longueur : 19 cm. Provenance : tombe de Psousennès Ier à Tanis. Origine :fouilles de Pierre Montet (1940). Datation : XXIIe dynastie, règne de Chéchang Ier (945-925). Actuellement au Musée égyptien du Caire. Inventaire : JE 72.171.

    → La barque de Rê navigue sur l’océan primordial et sous le ciel étoilé, sous la protection des déesses Isis et Nephtys agitant leurs ailes. Dans le disque solaire en lapis-lazuli, le dieu Amon-Rê-Horakhty est assis sur son trône, tandis que sa fille, la déesse Maât qui personnifie l’ordre cosmique, lui rend hommage. Cette scène surmontée par deux faucons Horus symbolise la régénération nocturne du soleil pendant la nuit avant de renaitre à l’aube. Une frise de fleurs de lotus épanouies ou en bouton complète le somptueux bijou où figurent encore deux oudjat encadrant le disque solaire.

     

  18. Ex-voto en forme de pied votif.

    Composition : marbre. Hauteur : 102 cm. Provenance : Ras el-Soda (proche d’Alexandrie). Datation : époque romaine, IIe siècle de notre ère. Actuellement au Musée gréco-romain d’Alexandrie. Inventaire : GRM 25.788 et 25.789.

    → L’inscription grecque gravée sur le piédestal précise qu’un dénommé Isôdoros a fait élever un temple à la déesse Isis pour l’avoir sauvé d’un accident de char. Cet objet témoigne de la popularité du culte d’Isis au début de notre ère. C’est aussi un jalon dans la longue chaîne des dévotions personnelles envers une divinité protectrice du croyant, depuis les premières religions préhistoriques, jusqu’au culte marial et à l’adoration païenne des saints catholiques.

     

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