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Billet de blog 7 mars 2021

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Le journal d'un mendiant - Semaine onze

Monté sur un camion-nacelle, un travailleur armé d'une tronçonneuse découpait le crâne d’un petit local avoisinant la maison du peuple. Curieusement, il ne portait pas de harnais de sécurité. Il me semble pourtant que la loi l’exige. Si tu souhaites savoir si tel est le cas, je t'invite, ô lecteur ! à poser la question aux spécialistes de la sécurité de Solidaires 21.

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Lundi 1er mars

Je m'étais assis sur ma dalle, en compagnie d'Invitation au crime de Sheridan Le Fanu que je dévorais goulûment lorsque, vers 14 heures 30, je fus interpellé par une voix inconnue.

– Qu'est-ce-qu’ils t'ont fait ces enc... ? lança-t-elle.

C'était celle d'un homme – un chauffagiste –, auquel je tendis un petit flyer intitulé « Ressources, ce que vous ignorez » afin qu'il prît connaissance de mon histoire.

Invitation au crime, un roman de Joseph Sheridan Le Fanu

– Ressources, ça me dit quelque chose ; ils en ont parlé dans le journal, je crois. C'est pas une association d'insertion ? demanda-t-il.

Je confirmais... Nous devisâmes quelque peu, puis il m'informa qu'il avait eu maille à partir avec la CGT. Attendu que je suis libre de ma ligne éditoriale, c'est une histoire que je ne raconterai pas.

Il s'était rapproché de Solidaires qui l'avait aidé, et me dit le plus grand bien de l'un des deux anciens secrétaires généraux, nommé Fabien, et le plus grand mal d'un autre (dont je me permettrai de taire le nom, mais qui, dans le cadre de l’affaire Ressources, refusa de tenir ses propres engagements), qu'il qualifia de carriériste et affubla de quelques noms d'oiseaux.

– On se reverra un de ces jours, me dit-il. Je répondis en lui précisant que je serai là très longtemps...

Je retournai à mon livre, puis, vers 16 heures, je décidai de faire une pause et laissai mon regard se tourner vers le squelette désossé non pas de l'un des morts sociaux de Ressources, mais de ce qui restait de feu la maison du peuple dont je t'avais parlé la semaine dernière, ô lecteur !

Monté sur un camion-nacelle, un travailleur armé d'une tronçonneuse découpait le crâne d’un petit local avoisinant la maison du peuple. Curieusement, il ne portait pas de harnais de sécurité. Il me semble pourtant que la loi l’exige. Si tu souhaites savoir si tel est le cas, je t'invite, ô lecteur ! à poser la question aux spécialistes de la sécurité de Solidaires 21.

Mardi 2 mars

Dès quatorze heures, je continuai ma lecture, ravi à l'idée d'achever le jour même ce court roman que je dévorai...

Fantômes et farfafouilles, nouvelles de Fredric Brown

Deux mains tachées du sang encore chaud de la victime se rapprochaient du valet de Sir Wynston Berkley, lorsque soudain... « Ça va Alain ? » lança une voix qui ne m'était pas inconnue.

Je levai la tête, étonné de cette intrusion dans la chambre de l'un des personnages du roman, et découvris une ancienne camarade de Solidaires. Je la saluai joyeusement, et l'informai que je venais de commencer un nouvel ouvrage. Elle ne connaissait pas l'auteur, ce qui ne m'étonna pas : peu de personnes, en France, connaissent l'Irlandais Sheridan le Fanu, l'un des plus grands auteurs fantastiques de langue anglaise (dixit les anglo-saxons). Cette charmante dame fut le seul chaland avec lequel je pus deviser durant l'après-midi.

Vers seize heures, j'achevai les dernières lignes de l’œuvre... puis, durant près d'une heure je lus quelques nouvelles très courtes de Fantômes et Farfafouilles de Fredric Brown, lequel, s'il ne possède pas un style éblouissant, est un grand « scénariste » de la nouvelle très courte, art que j'affectionne également, à mon humble niveau.

Mercredi 3 mars

Quel bonheur fut-ce pour moi de me plonger en ce début d'après-midi ensoleillée dans Fatale vengeance de Charles-Robert Maturin.

Fatale vengeance de Charles-Robert Maturin

J'étais assis depuis dix minutes à peine, lorsque j'eus la joie d'être interrompu – je venais d'achever le court chapitre introductif qui m'apprit la mort des deux personnages principaux – par deux anciens camarades de Solidaires que j'apprécie, dont le « chaland » que j’avais rencontré la veille.

– « Tu as déjà terminé ton livre ? » s'étonna-t-elle. Je lui répondis qu'il était fort court ; aussi me fallut-il cinq heures de travail seulement afin d'en venir à bout.

Je me permis de leur conseiller la lecture de Melmoth ou l'homme errant, un chef-d’œuvre gothique du même auteur, non sans préciser qu'ils pouvaient le louer à la bibliothèque (je l'avais fait acheter).

Une fois encore, ils furent mes seuls visiteurs de l'après-midi, ce qui ne me déplut pas, tant j'apprécie les écrits de Charles-Robert Maturin.

Jeudi 4 mars

Les gravats de l'ancienne maison du peuple ont été enlevés, me dis-je en arrivant sur mon lieu de travail. Durant les deux jours précédents, le ballet incessant d'un camion avait animé le nouveau cimetière.

Ci-gît la maison du peuple, assassinée par les fossoyeurs.

Ce jeudi-là, le silence déchirait la rue, ce qui me permit de continuer paisiblement ma lecture dans une solitude quasi parfaite.

Quelques rares personnes passèrent à côté de moi sans me voir, pour le moins sans me parler, et je n'eusse pas été dérangé le moins du monde si une puissante et horrible horreur de parfum, d’une violence inouïe, n'eût agressé ma narine, tant et si bien que je crus être la victime d'une tentative d’assassinat olfactif. Sa propriétaire sonna à l'interphone, aussi priais-je la déesse de la myrrhe afin que celle-ci, prise de pitié pour moi, permît à un militant de répondre avec célérité. Ma prière fut exhaussée : je ressuscitai et pus retrouver le bonheur simple de la lecture jusqu'à la fin de ma journée de travail.

Vendredi 5 mars

J'avais travaillé dur cette semaine, aussi m'accordai-je une journée de repos durant laquelle je regardai Le Soulier de satin de Manoel de Oliveira, un film d'une durée de près de sept heures.

Le soulier de satin de Manoel de Oliveira

LA SEMAINE PROCHAINE

Le journal d'un mendiant - semaine douze

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