Le journal d'un mendiant - Semaine dix-neuf

Dans une semaine, à cette heure-ci, je dialoguerai avec un directeur et un président d'association afin de tenter d'obtenir un emploi, pensai-je en m'asseyant sur ma serpillière à quatorze heures.

Lundi 3 mai

Dans une semaine, à cette heure-ci, je dialoguerai avec un directeur et un président d'association afin de tenter d'obtenir un emploi, pensai-je en m'asseyant sur ma serpillière à quatorze heures, avant d'être rapidement encerclé, non par des fonctionnaires de police, mais par des véhicules de syndicalistes.

Un mendiant encerclé par les voitures Un mendiant encerclé par les voitures
Une association mendiantophile me donnera-t-elle l’obole du demandeur d'emploi : quelques heures de travail ? Aurai-je encore le temps de mendier ? Devrai-je cesser d'écrire Le journal d'un mendiant, lequel deviendra alors Ressources, la dallas dijonnaise ? Voilà toutes les questions que je me posai tout en reprenant la lecture des Contes d'Andersen.

Vers quinze heures, alors que j'étais entouré de voitures militantes, mon oreille fut attirée par une voix de stentor. Près d'une poubelle, vêtu d'un maillot de club de football, un homme qui parlait le russe ou une langue lui ressemblant dépouillait une poubelle de ses cartons, boîtes et petits objets. Son ami, quant à lui, avec plus de discrétion, s'attaquait lui à une poubelle déposée quelques mètres plus loin. Décidément, la maison des syndicats attire les gueux.

 

Mardi 4 mai – Mercredi 5 mai – Jeudi 6 mai

Des pluies cruelles, des vents violents, des bourrasques de près de soixante-dix kilomètres à l’heure s’abattirent sur la belle Dijon ; aussi décidai-je de ne point provoquer Éole (1), pas plus que Chac (2)

 

Vendredi 7 mai

Après deux jours pluvieux et venteux, je m'assis de nouveau sur ma serpillière et comptai sur la générosité du peuple syndicaliste.

pieces

J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages ! écrivait Charles Baudelaire (3). J'y songeais en regardant de magnifiques nuages blancs qui décoraient le ciel paisible.

Je continuai la lecture des contes d'Andersen dont La reine des neiges, conte qui devrait choquer certaines paranoïaques féministes qui souhaitent la réécriture de Blanche-Neige en raison d'un baiser non consenti. En effet, un renne embrasse sur la bouche à plusieurs reprises Gerda, une fillette : un acte zoophile et pédophile qui ne pourra que choquer les illuminés du monde entier.

Finalement, j'eus la joie de recevoir deux dons, récompense de mon travail quotidien de lecteur, pour un total de deux euros et cinq centimes : un petit pas pour l'homme, un grand pas pour la mendicité.

Heureux et comblé, je quittai ma dalle, tout en sachant que je ne pourrai y revenir avant mardi, attendu que lundi je rencontrerai le bon samaritain syndicaliste (n’appartenant pas à Solidaires) qui m’avait proposé un emploi à temps partiel tandis que je mendiais...

(1) Dieu du vent dans la mythologie grecque

(2) Dieu de la pluie dans la mythologie Maya

(3) L’étranger (Les petits poèmes en prose)

 

LA SEMAINE PROCHAINE

LE JOURNAL D'UN MENDIANT - SEMAINE 20

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