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Billet de blog 17 septembre 2020

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Le journal d'un mendiant - Semaine deux, deuxième partie

Un peu avant 13 heures, je demandai par mail aux deux numéros un de Solidaires de bien vouloir m’informer des raisons pour lesquelles les engagements pris par le Secrétaire Général de Solidaires 21 et l’ex-DP Ressources n’avaient pas été tenus.

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Mercredi 16 septembre 2020

Illustration 1
Hébé et l'Aigle de Jupiter - François Rude

Après deux jours de mendicité, ponctué de rencontres délicieuses, je m’offris une journée de repos sans en référer à mon supérieur hiérarchique (il en est ainsi des patrons, fussent-ils mendiants) avec pour point d’orgue une visite complète du musée des Beaux-Arts de Dijon, dans lequel on peut trouver, entre autres, des sculptures de François Rude, artiste dijonnais quelque peu méconnu du grand public, à l’instar du poète Aloysius Bertrand (1), né lui aussi en notre belle Dijon.

J’y arrivai à 14 heures, ravi à l’idée de revoir « Hébé et l’aigle de Jupiter », œuvre achevée par Paul Cabet, en raison de la mort de François Rude, et n’en ressortis qu’après qu’un travailleur m’eût demandé de retrouver la rue, un peu avant 18 heures 30, heure de fermeture du musée, rénové durant de longues années et rouvert pour la plus grande joie de ses visiteurs.

Jeudi 17 septembre 2020

Un peu avant 13 heures, je demandai par mail aux deux numéros un de Solidaires de bien vouloir m’informer des raisons pour lesquelles les engagements pris par le Secrétaire Général de Solidaires 21 et l’ex-DP Ressources n’avaient pas été tenus.

Afin de répondre à l’appel lancé par la CGT, FSU et Solidaires, notamment, je me résolus à me mettre en grève, aussi ne me vit-on point mendier devant la maison des syndicats ; bien au contraire, je naviguai au cœur de la petite manifestation avec sur la poitrine une pancarte minuscule sur laquelle on pouvait néanmoins lire sans difficulté : « Ex-délégué du personnel de Ressources, viré de Solidaires (notamment par des camarades encartés au NPA et à LFI) ».

Illustration 2
Mini pancarte

J’y fus abordé par un membre de Lutte Ouvrière, avec lequel je devisai quelque peu, suffisamment pour qu’il pût découvrir mes pensées en matière de bureaucratie syndicale. Il ne connaissait point Ressources, pas plus que les pérégrinations liées à la trahison des engagements pris en présence des salariés de l’association : tout cela ne sembla guère l'étonner.

Quoiqu'il m’avouât n’être qu’un lecteur occasionnel de Dijoncter, je l’incitai à lire l’un des articles que j’avais écrits, et lui parlait même du scandale de la SDAT, dont il ne connaissait rien. Après avoir disserté avec d’autres, une fois la marche achevée, je partis me rafraîchir dans un bar.

Vendredi 18 septembre 2020

Avant de partir travailler, j’ouvris ma boîte mail, mais nulle réponse n’était parvenu jusqu’à elle, aussi ne puis-je t'informer davantage, ô lecteur ! A ce propos, je viens de m’apercevoir que j'ai omis de mettre « s » à « Cher » (c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute). J'ose espérer que cette erreur grossière ne les empêchera pas de me répondre.

Illustration 3
Mail envoyé aux co-secrétaires généraux de Solidaires

J’arrivai à 13 h 45, m’assis sur ma serpillière, posai ma pancarte et mon écuelle à ma gauche et ouvrit mon livre.

Naguère, lors d’une AG, l’ex-déléguée du personnel Solidaires de Ressources avait décidé à l’unanimité de son unique voix d’arrêter la lutte, sans vote, mais avec l’aval du secrétaire général de Solidaires 21, présent ce jour-là ; soutenue, explicitement ou implicitement, par les co-secrétaires généraux de Solidaires, ainsi que par une majorité des syndicats de Solidaires 21 qui ne s’en offusquèrent pas, et considérèrent que celle-ci avait tout à fait sa place au sein de la « commission femmes » de Solidaire 21.

Suivant cet exemple, je décidai cette après-midi-là, et ce à l’unanimité de mon unique voix de mendiant, de cesser provisoirement la lecture des « Mille et une nuits » et de me remettre à lire « L’esclavage en terre d’Islam » de Malek Chebel, un ouvrage traitant de l’esclavage arabo-musulmans entre le quatrième et le vingtième siècle, mais aussi de l’esclavage actuel qui perdure encore dans l’indifférence quasi générale (trois cent mille esclaves environ dont cent mille en Mauritanie).

Illustration 4
L'esclavage en terre d'islam de Malek Chebel

Vers 14 heures 30, l’un des voisins de la maison des syndicats me proposa une bouteille d’eau. Je le remerciai pour cette attention, et constatai avec un regret certain que mes anciens camarades de Solidaires ne s’étaient guère préoccupés de ma santé, puis déclinai son offre, tout en lui montrant ma bouteille, afin qu’il constatât que malgré mon statut de mendiant, j'étais suffisamment riche, toutefois, pour pouvoir m'offrir une petite bouteille d'eau minérale.

Vers 15 heures, un syndicaliste sortit précipitamment de la maison des syndicats et s’approcha si vivement de moi que je craignis qu’il n’arrachât ma pancarte, mais bien au contraire, il déposa dans ma boîte une pièce de deux euros. « Merci beaucoup, monsieur », lui lançai-je. Une demi-heure plus tard, environ, ce fut un euro supplémentaire que je reçus d’un autre syndicaliste, soit au total trois euros qui, à l’occasion, me permettront de m'offrir une blanche (2).

Un peu après 16 heures, une étudiante de Solidaires tenta de rentrer à la maison des syndicats, mais après avoir tapé à l’interphone l’un des codes de Solidaires, elle n’obtint pas de réponse, aussi dut-elle attendre l’arrivée d’un camarade. Elle me demanda du feu ; Je lui répondit que, n’étant pas fumeur, je ne pouvais accéder à sa demande. Plutôt qu'une question, j'eusse préféré qu'elle m'offrît une pièce, néanmoins vu le niveau de vie de la plupart des étudiants, je ne regrettai pas qu’elle ne m’eût rien donné. Quelques minutes plus tard, un sauveur (un militant de Solidaires) lui vint ouvrit la porte. Après quatre heures de travail, les numéros un de Solidaires, n’ayant pas encore appelé à un « don à mendiant », mes revenus restaient modestes. C'est la raison pour laquelle je reviendrai lundi.

(1) considéré par beaucoup comme l’inventeur du poème en prose. Son œuvre majeure « Gaspard de la nuit », fut publiée à compte d’auteur après sa mort. Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de son « Ondine »

(2) bière brassée avec une forte proportion de froment malté ou non

LA SEMAINE PROCHAINE :

LE JOURNAL D'UN MENDIANT – SEMAINE TROIS, PREMIÈRE PARTIE

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