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Billet de blog 18 octobre 2020

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Le journal d'un mendiant - Semaine sept

Si les deux « handicapés » – « muets et manchots » – qui régnaient naguère encore au sommet de la pyramide solidairienne n'avaient jamais pu réagir à mes courriers, ni daigné me contacter de vive voix, leurs successeurs seraient-ils, eux, doués de la parole ? Posséderaient-ils des cordes vocales, une langue, des doigts et des mains afin de leur permettre de me répondre ?

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Lundi 19 octobre

C'est le cœur empli d'une joie nouvelle que je me rendis sur mon lieu de travail. En effet, quelques jours plus tôt, Solidaires avait élu de nouveaux co-délégués généraux : Murielle Guilbert et Simon Duteil ; ceux-ci avaient remplacé Cécile Gondard-Lalanne et Éric Beynel ; aussi, savais-je dorénavant que je pouvais espérer une réponse à la question que je me pose depuis près de deux ans : « Pourquoi les engagements pris par une ex-déléguée du personnel de Solidaires et un ex-secrétaire général de Solidaires 21 n'ont-ils pas été tenus ? »,

Si les deux « handicapés » – « muets et manchots » – qui régnaient naguère encore au sommet de la pyramide solidairienne n'avaient jamais pu réagir à mes courriers, ni daigné me contacter de vive voix, leurs successeurs seraient-ils, eux, doués de la parole ? Posséderaient-ils des cordes vocales, une langue, des doigts et des mains afin de leur permettre de me répondre ?

J'y songeai durant toute l'après-midi, non sans continuer la lecture du petit bijou de la littérature que je dévorai avec ardeur. Ainsi, tout comme Frédéric espérait obtenir des preuves de l'amour de Marie, je rêvais avec une infinie tendresse à une réponse, non point amoureuse, mais militante.

Bien entendu, dès la semaine prochaine, ô lecteur ! tu pourras lire le contenu de la missive que je leur enverrai tantôt...

Mardi 20 octobre

Vers 15 heures, alors que je mendiais depuis plus d'une heure, mon regard fut attiré par des bruits de course venant du trottoir d'en face. Quatre flics faisaient leur jogging ; l’un d’entre eux, plus enclin à la discussion que les autres, crut bon de s’adresser à son talkie-walkie :

– « un homme tout en noir... ».

Je regardai mon « costume » et constatai avec effroi que j'étais vêtu d'un blouson de cuir noir, d'un pull noir, d'un pantalon noir, de chaussures et de chaussettes noires ; j’ouvris ma braguette et constatai avec effroi que mon slip était également noir. 

– « avec une femme. » Continua-t-il.

Aucune mendiante n'était assise à mes côtés : on ne me cherchait point. Quelques secondes plus tard, je vis passer trois flics à vélo, à vive allure, suivis, quelques secondes plus tard par un camion de police à l'intérieur duquel cinq fonctionnaires paissaient paisiblement. Moins de deux minutes plus tard, une autre patrouille de la gent « qui court » passa devant mes yeux ébahis.

Quoique je ne sois pas doué en mathématiques, force est de constater que je vis passer cette après-midi-là, seize flics (certains comptent les moutons ; moi, les fonctionnaires de police : je m'endormis paisiblement cette nuit-là) à la poursuite de deux inconnus ce qui ne m’empêcha pas de mendier paisiblement, sans toutefois récolter le moindre centime...

Mercredi 21 octobre

Je mendiai durant quatre heures, ne croisant presque personne. Toutefois, vers 17 heures 15, une voix attira mon attention :

- « C'est Ressources de Châtillon ? »

C'était celle, tout du moins le prétendit mon interlocuteur, de l'ancien directeur des « chantiers d'insertion » (un CFDTiste, encore un).

- « Non, répondis-je, c'est Ressources de Dijon ».

- « Ah ! oui, c'est Carrasco et Proriol ». Je confirmai. Afin de ne point risquer une quelconque condamnation pour des propos malvenus, le tairai ceux que nous tînmes à l'encontre de l'ancienne Directrice et de l'ancien Président de Ressources.

- « Vous espérez quoi, ? me dit-il, en s'étonnant visiblement de me voir mendier. Ressources, c'est fini ».

- « J'use de mon droit à la mendicité, afin de dénoncer les trahisons de Solidaires ». Et sur ce, je lui offris un prospectus qu'il sembla lire avec délectation.

- « C'était des paroles en l'air, ils n'en pensaient pas un mot » dit-il après avoir découvert les engagements pris, mais non tenus, par l'ancien délégué du personnel Solidaires de Ressources, et l'ancien secrétaire général de Solidaires 21.

- « C'était quand même le secrétaire général de Solidaires 21 » répliquai-je afin de défendre l’honneur de mon ancien syndicat.

- « Il s'est foutu de vous », répliqua-t-il. Je ne trouvai pas d’argument pour le contredire, et répliqua par un triste « oui, je le crains ».

- « Ils se sont foutus de vous », reprit-il. Une fois encore, je découvris avec stupeur que j'étais d'accord avec les pensées d'un CFDTiste. Qui ne l’eût point été ?

Jeudi 22 octobre

Ce matin-là, je reçu un e.mail de ma conseillère Cap Emploi, laquelle me proposait d'envoyer mon CV à un centre de rééducation dijonnais qui recherchait un « Chargé d’accueil bureau des entrées et agent de facturation », bel intitulé pour un travail sans saveur, mais qui pourrait suffire à épicer quelque peu ma vie de mendiant. Je dus rédiger en urgence une lettre de candidature spontanée ; aussi, c'est avec une profonde tristesse que je ne mendierai pas, non sans m'être excusé au préalable auprès de Solidaires, afin que ses militants ne croient point que je renonçai à ma vocation, mon sacerdoce.

Vendredi 23 octobre

Illustration 1
Drunk, de Thomas Vinterberg

Depuis quelque temps déjà, j'avais programmé un week-end de trois jours (c'est un privilège d'être patron et de pouvoir décider de travailler ou non) afin de me rendre à l'Eldorado et d’y visionner trois films : Drunk de Thomas Vinterberg, Michel-Ange d’Andreï Konchalovsky et Manhunter de Michael Mann.

J'abandonnai donc mon lieu de travail et me réfugiai dans les salles du cinéma d'art et essai dijonnais où je m'enivrai de Drunk, m'extasiai de Michel Ange et m'enthousiasmais de Manhunter.

Si mendier est un droit – dont j’userai encore la semaine prochaine – et un métier certes peu singulier, l'art demeurera à jamais, pour moi, une passion...

LA SEMAINE PROCHAINE

LE JOURNAL D'UN MENDIANT - SEMAINE HUIT

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