Lundi 26 octobre
Cette après-midi-là, l'ennui, le désespoir, l'horreur m'assaillit durant près de quatre heures : pas un client à l'horizon, à peine quelques âmes égarées qui passaient sans me voir et sans honorer ma présence de quelques centimes. Peut-être ressentaient-elles, elles aussi, les prémices du confinement, et de ses dommages collatéraux que subiront bientôt tous les mendiants : le manque de pièces...
Mardi 27 octobre
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Une amie m'avait offert une petite supercherie : mon horoscope, lequel indiquait :
« Travail : vous travaillez efficacement pour l'avenir. Vous allez avoir l'occasion de faire de bonnes affaires ».
Ce fut la raison pour laquelle je me rendis devant la maison des syndicats, enivré par un optimisme certain ; malheureusement, durant mes trois heures trente de travail, je ne perçus pas un centime de plus que la veille.
Ceci semble démontrer que l'art de la mendicité se marie mal avec quelque croyance absurde que ce soit.
Mercredi 28 octobre
Attendu qu'un nouveau confinement se dévoilait à l'horizon, je ne mendiai pas ce mercredi-là, mais me réfugiai dans l'un des Panda dijonnais, afin d'y imprimer le courrier à l’attention des nouveaux délégués généraux de Solidaires, que j'envoyai quelques heures plus tard, dans l'espoir – peut-être un peu fou – que ceux-ci, contrairement à leurs prédécesseurs, daignent enfin me répondre.
Le voici reproduit ci-dessous.
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Soutiendront-ils, eux aussi, par leur silence et leur inaction ceux qui, naguère, votèrent le licenciement des salariés protégés, arrêtèrent la lutte à l'unanimité de leur unique voix en AG sans passer par le vote ou trahirent leur engagement de défendre les salariés ? Je t'informerai, ô lecteur, je t'informerai...
Puis, je visitai l'une des bibliothèques dijonnaises dans laquelle j'empruntai les quatre volumes de La Comédie humaine d'Honoré de Balzac. 4000 pages : de quoi tenir deux mois et demi environ...
Jeudi 29 octobre
Pour ce dernier jour de mendicité – avant le confinement : cet arrêt sera momentané – je décidai de m'accorder une heure de « RTT » et cessai mon activité à 17 heures, afin de flâner dans les rues dijonnaises que je ne reverrai plus, ou du tout moins fort peu, durant plusieurs mois selon moi ou, pour le moins, durant quatre semaines.
Je rencontrai cette après-midi-là, celui qui, naguère encore, me proposait de venir boire un café à Solidaires. Je lui confirmai (il en avait été informé la veille par mail) que j'avais envoyé mon courrier recommandé aux co-délégués généraux de Solidaires, non sans lui avouer – par manque de naïveté, sans doute – que je n'attendais pas de réponse, mais que je mènerai d'autres actions (merci à Dieu, à la nature ou au hasard de m'avoir offert une imagination quelque peu débordante) à l'avenir afin d'en obtenir une, dussé-je, bien malgré moi, nuire peu ou prou à l'image de Solidaires.
Malheureusement, une fois encore, aucune main généreuse ne daigna m'enrichir d'un euro ou deux. Ma dernière semaine de mendicité fut, de très loin, la pire de ces presque deux mois de travail : zéro euro, pas même de quoi m'offrir une feuille de thé ! Heureusement que la gent « offreur de café » de Solidaires existe.
Vendredi 30 octobre
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1er jour de confinement.
La mendicité n'étant pas considérée comme un métier, c'est contraint et forcé que je cessai provisoirement mon activité, non sans m'adonner à la télémendicité...
Ceci ne m’empêcha pas de rédiger un petit mail à l'attention de celui qui m'avait proposé un emploi à temps partiel à compter de la mi-novembre, et que je devais contacter dans deux semaines, non sans craindre qu'en raison de quelque pangolin, ce modeste emploi ne disparaisse, ce qui, il est vrai, me laissera plus de temps encore pour mendier devant la maison des syndicats au sortir du confinement...
Je vous donne rendez-vous dans quelques semaines ou mois, pour la suite de ces aventures mendiantes...
DANS QUELQUES SEMAINES OU MOIS