Comme je te l'avais expliqué en novembre, ô lecteur, j'avais envoyé un courrier recommandé AR aux deux nouveaux délégués généraux, Simon Duteil et Murielle Guilbert dans lequel je demandais – comme je l'avais demandé naguère à leurs prédécesseurs, Eric Beynel et Cécile Gondard-Lalanne –, que l’on m’informât des raisons pour lesquelles Solidaires avait soutenu et soutient encore ceux qui votent le licenciement des salariés protégés, ceux qui arrêtent la lutte à l'unanimité de leur unique voix, ceux qui refusent de tenir leurs propres engagements pris devant les salariés (en l'occurrence, mettre la pression au Conseil Départemental si des travailleurs de Ressources n’étaient pas repris par les repreneurs). À ce jour, je n'ai toujours pas obtenu de réponse.
Force est de constater que Solidaires, à l'instar de l'armée, mérite d'être appelé « la grande muette ».
Jeudi 18 février
Ce jeudi 18 février 2021 marqua le retour de mon activité de mendiant, momentanément suspendue en raison d'un confinement, puis de la froidure de l'hiver.
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J'arrivai à 13 H 45, ému et joyeux à l'idée de retrouver ma dalle – sur laquelle je m'assis avec obstination –, non sans regretter de devoir cesser de mendier à 17 H, en raison d'un couvre-feu (afin d'éviter de rapporter des échantillons de la Covid 19 dans mes pénates, j'évite de prendre quelque bus bondé durant les heures de pointe ; aussi, dois-je marcher durant plus de 45 minutes), et m'assis sur ma serpillière.
Quelques minutes plus tard, j'eus la joie d'apercevoir de vrais militants de Solidaires : l'un appartenait à Précaires Solidaires, syndicat dont je loue le militantisme véritable ; l'autre à un syndicat dont j'ignore le nom. Il existe à Solidaires des militants, certes minoritaires, qui ne soutiennent pas ceux qui votent le licenciement des salariés protégés, ceux qui arrêtent la lutte à l'unanimité de leur unique voix, ceux qui refusent de tenir leurs propres engagements pris devant les salariés (mettre la pression au Conseil Départemental si des travailleurs de Ressources n’étaient pas repris par les repreneurs). Ils me saluèrent, contrairement à la majorité des syndicalistes de Solidaires – tant s'en faut – que je croise de temps à autre dans le cadre de mon travail, lesquels, victimes de la Muettude 19, ce virus dont souffre la plupart des militants de Solidaires 21, n'osent point desserrer la bouche, dès lors qu’ils se trouvent en présence d’un mendiant contestataire. Pourtant, dussé-je demeurer à jamais un chien galeux de la lutte des classes, jamais je ne mordrai la main de ceux qui trahissent les travailleurs, sauf si je devais être mordu au préalable par un serviteur du Grand Capital.
Vendredi 19 février
La semaine-mendicité à peine entamée, je connus mon dernier jour de travail hebdomadaire.
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Assis à mon poste de travail, je continuai la lecture des Mystères d'Udolphe, un roman gothique d'Ann Radcliffe, autrice de l'Italien ou le Confessionnal des pénitents noirs, un petit bijou que je me permets de vous conseiller. Malheureusement, outre quelques fautes d'orthographe étonnantes, on peut y découvrir de temps à autre des maladresses, voire des barbarismes dus, non pas à la traduction même, mais à la faiblesse stylistique de la traductrice. Il me semble, peu ou prou, y découvrir à chaque chapitre de petites erreurs semblables à celles que tu peux apercevoir au hasard de mes lignes, ô lecteur. Il est vrai que je ne soigne pas mon style : contrairement à mes poèmes, ce témoignage n'a pas vocation à venir encombrer un jour les rayons de la littérature classique de demain.
Ce fut une après-midi sans chalands, durant laquelle je ne reçus aucun bonjour, hormis de la part d'un inconnu. Force est de constater que nombre de syndicalistes n'apprécient guère les mendiants. Ma sébile, restée désespérément vide durant ces deux journées de mendicité, se remplira-t-elle davantage la semaine prochaine ? Vous le saurez dimanche prochain en lisant Le journal d'un mendiant - Semaine dix.
LA SEMAINE PROCHAINE