LA POSTE : L'ACCORD DE LA HONTE - Chap III : Les experts sonnent toujours deux fois !

Troisième volet sur l'accord Courrier signé à La Poste .. Où l'on verra que comme dans tout contrat, il faut bien lire les petites lignes et qu'une Poste avertie 2 fois en vaut 4... sans que l'on sache très bien 4 quoi ?

Mais revenons à des choses beaucoup plus sérieuses que les délires décrits dans les deux premiers chapitres. 

Le 28 octobre dernier, nous écrivions dans les pages de notre journal préféré et en guise d’alerte sur ce que risquait d’être l’accord « Courrier » de La Poste : 

« Le risque …. est réel : au lieu de s'appuyer ne serait-ce que sur les conclusions des 8 cabinets d'expertise qui ont écrit une lettre ouverte au Président de La Poste et aux représentants de l'Etat (ce qui serait vraiment la base minimum), une fois de plus c'est La Poste qui détermine toute seule les axes de négociation... Sa volonté affichée d'en sortir un "accord" là où des mesures d'urgence devraient venir "soulager" l'ensemble des postiers est symptomatique également de son unique désir d'afficher ses résultats en matière de "dialogue social »....

…Il est vrai, comme le démontre l'Humanité ce vendredi 28 octobre, que La Poste a pris plus de dispositions pour contester les expertises devant les tribunaux que pour y travailler sur une synthèse efficace et bénéfique pour l'ensemble des postiers ! »

 Ainsi donc, le cynisme de la Direction de La Poste a conduit à rédiger un accord qui fait l’impasse totale sur les racines du mal qui ronge les postiers et postières ! Suicides, tentatives de suicides, burn-out, absentéisme, arrêts maladie, écoeurement par le travail, répression syndicale, répression et flicage des agents, conditions de travail dégradées… Pas un mot, pas un seul, pas un début d’analyse sur la réalité, sur le quotidien des agents de La Poste. Le préambule de l’accord n’est qu’une longue litanie sur les considérants des patrons de La Poste pas de ses employé/es ! 

Qu’on en juge, dès les premières lignes :

« Activité Historique et coeur du Groupe La Poste, la Branche Services Courrier Colis doit faire face au « choc technologique » de la numérisation des échanges entrainant une baisse structurelle des volumes de plis qui se retrouvent dans les volumes d’activité du courrier traités par les factrices/facteurs : 18 milliards de lettres en 2008, 12,5 en 2015, probablement 9 milliards en 2020, puis probablement 6 milliards ». 

Voilà donc ce qui pèse sur celles et ceux qui voudraient « résister » à ces arguments chocs : « acceptez nos solutions sinon vous disparaitrez »… Avouez que l’on fait mieux pour remettre un peu d’optimisme dans une entreprise qui réalise, excusez du peu, 23 Milliards de Chiffre d’Affaire en 2015 avec (excusez nous encore pour cela) un Résultat d’Exploitation au Courrier de 697 Millions d’Euros soit + 66,3 % par rapport à 2014 !!! Pourquoi ces chiffres ne figurent-ils pas non plus dans le préambule ? Pourquoi ce misérabilisme permanent ?

Allons donc ! France 2 mettait en avant cette semaine le groupe « Lagardère », symbole de la « réussite d’un patron de père en fils »… pour un piteux Chiffre d’Affaire de 2,206 Milliards en 2015… 10 fois moins que La Poste et ses 200 filiales… On pourrait en sortir des tonnes comme ça… comme le magazine Challenge, qui en janvier 2016, glorifiait le chiffre d’affaire record pour la Française des Jeux en 2015 : 13,7 Milliards d’Euros… c’est bien ! C’est deux fois moins que La Poste ! 

Pourquoi la presse, en général, se laisse-t-elle « endormir » en permanence avec nos pleureuses professionnelles qui voudraient faire passer cet « ex-fleuron » du Service Public (tant ils s’escriment à le faire oublier) pour une entreprise moribonde et prête à disparaitre ? Réveillez vous ! 

Même ce petit paragraphe issu du préambule de l'accord (ci-dessus) sent la manipulation à plein nez ! Lisez bien… « la baisse structurelle des volumes de plis QUI SE RETROUVENT dans les VOLUMES D’ACTIVITÉ du courrier traités par les facteurs et factrices » ! Comme vous le pressentez à la relecture attentive, les « plis qui se retrouvent dans les volumes d’activité des facteurs » ne sont pas la globalité des volumes d’activité de ces mêmes facteurs et factrices ! Il s’agit donc d’une véritable escroquerie intellectuelle de ne prendre qu’une partie des trafics pour laisser penser que l’on parle de la globalité… Regardez les qui se sont juste arrêtés à temps en « amendant » leur propre accord et en retirant le « probablement 6 milliards »… Oui les trafics évoluent en fonction des périodes et des axes de développement des entreprises. Mais la moindre des corrections dans un accord qui prétend apporter des réponses est, comme sur l’état physique, moral et psychique du personnel de partir, de donner TOUS les éléments des trafics, pas des approximations à deux balles ! Par exemple, on pourrait parler de ce tableau de l’évolution des trafics de 2007 à 2014… Prenez bien une loupe pour démontrer l’écroulement global des trafics, merci !

capture-d-ecran-2017-02-03-a-23-40-56

 

Il faudrait qu’on prenne le temps aussi de refaire un peu d’histoire postale et notamment de rappeler les choix de nos grands stratèges sur les dernières décennies : car qui a choisi de traiter le colis dans des agences spécialisées (Coliposte) et de sortir cette activité des centres courrier ? Qui a choisi de créer une filiale (Médiapost) pour la distribution de la Publicité Non Adressée (PNA) ? Qui a choisi de créer une autre filiale (Chronopost) pour traiter l’Express… etc, etc.. Aujourd’hui c’est l’évolution de chaque « segment » de trafic qui pose problème aux dirigeants de La Poste qui vont donc défaire une nouvelle fois ce qu’ils avaient fait à grand coup de restructurations sauvages ces 30 dernières années… Ce sont les mêmes qui avaient tellement anticipés les évolutions du courrier qu’ils avaient créé de véritables usines automatiques de traitement du courrier (Plate-Forme Industrielle Courrier - PIC) pour finalement les fermer les unes après les autres faute de « rentabilité »… Bref… 

 Ah ! J’ai oublié de préciser, pour les grincheux qui nous lisent et qui ne manqueront pas de maugréer « ouais ben le chiffre d’affaire ça veut rien dire, c’est le résultat net qui est important ».. que le Résultat net de La Poste en 2015 est de 635 Millions d’Euros, soit + 23,78 % par rapport à 2014… Et grincheux dira… « oui, mais ce qui compte c’est….. »… et là on priera Grincheux de sortir et de fermer la porte derrière lui, merci !

 Ainsi donc, ce qui est sûr, c’est que l’alerte des 8 cabinets d’Expertise n’a pas dépassé les colonnes des journaux qui l’ont publié !

MAIS ! car il y a un MAIS…. ces cabinets d’expertise indépendants ont tout de même été invités à rencontre la DRH du Groupe… Plutôt que de paraphraser, voici donc le compte rendu de cette rencontre… Merci de bien vous accrocher à vos sièges… les issues de secours sont sur votre droite et votre gauche et les bouées gonflables sont sous votre fauteuil…. :

 Compte rendu de la rencontre entre les représentantes de la direction du groupe La Poste et les représentants des 8 cabinets d’expertise auteur de l’alerte sur les conditions de travail 

 « Le 13 octobre 2016, nos 8 cabinets d’expertise auprès des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ont souhaité alerter publiquement M. Philippe Wahl, PDG du groupe La Poste, sur la dégradation des conditions de travail au sein du groupe qu’il préside, ainsi que sur le déni de cette dégradation, permis notamment par le mépris des instances de représentation du personnel qui devraient permettre le débat social. Nous avions conscience que cette démarche était inhabituelle, pour des experts dont le rôle est de produire des analyses pour le compte des représentants du personnel, de nourrir le débat social entre ces derniers et leurs employeurs, mais pas de s’exprimer publiquement. Nous l’avons fait parce que la situation nous semblait suffisamment préoccupante pour donner l’alerte, et parce que nous estimions que notre rôle, justement, ne pouvait plus être rempli correctement en raison de l’indifférence ou de l’obstruction des directions au sein de La Poste. 

Suite à notre courrier, M. Wahl n’a pas souhaité nous répondre sur le fond : se contentant d’une remarque incidente sur la spécificité des IRP à La Poste, il nous avait juste proposé de rencontrer la Directrice des Ressources Humaines du Groupe, Mme Sylvie François. Cette rencontre a donc eu lieu le 27 janvier dernier, entre MmeFrançois accompagnée de Mme Wiener, « directrice de la stratégie sociale et de la qualité de vie au travail » du groupe, et deux représentants de nos cabinets. 

Les échanges ont très vite fait apparaître un désaccord profond sur le diagnostic. Nos interlocutrices n’ont pas remis en cause nos analyses menées sur des établissements rapidement qualifiés de « particuliers », mais elles ont contesté qu’elles puissent être généralisées à l’ensemble du Groupe. Selon elles, les projets de réorganisation « se déroulent bien » en général même si, avec 260 000 postiers et 748 CHSCT, il n’est pas exclu que quelques managers adoptent des comportements déviants. Elles n’ont cependant pas indiqué de quel type de données ou de remontées elles disposaient pour pouvoir se construire une vision plus complète que la nôtre. Interpellées par nous à plusieurs reprises, elles ne se sont pas non plus prononcées sur l’état de santé général des agents, à propos duquel nous avons de nouveau dit notre préoccupation. 

Méthodiquement renvoyés à une supposée « singularité » des situations que nous évoquions, nous avons réaffirmé les grandes lignes de nos argumentations : au cours des dizaines d’expertises réalisées par nos cabinets, nous avons été confrontés à des organisations aussi homogènes que délétères, nous avons rencontré des agents en détresse et des équipes désorientées ; nos expertises elles-mêmes se sont heurtées à des obstacles récurrents, souvent à des obstructions qui ne découlaient pas d’initiatives isolées d’encadrants locaux, mais bien d’une politique générale de La Poste que des documents nationaux, publiés récemment, ont d’ailleurs révélée. 

Tandis que la DRH de la branche courrier avait affirmé en octobre dernier que « nous n’avons pas des organisations modélisées par des logiciels», nous avons rappelé que les réductions d’effectifs, à l’enseigne ou au courrier, sont dictées par des normes de cadences fixées nationalement et enregistrées dans des logiciels que les directions locales ont l’obligation d’utiliser. Dans la branche courrier en particulier, ces normes sont appliquées de manière mécanique aux facteurs et à leurs tournées, quel que soit le type de territoire et de population. Cet écart délibérément entretenu avec la réalité du terrain (et la réalité du travail qui en découle) se prolonge dans les CHSCT par le refus de communiquer les documents expliquant la manière dont ces normes de cadences datant des années 1990 ont été conçues, et a fortiori de les mettre en débat. 

A ce sujet, les représentantes de la direction ont expliqué que les données correspondantes n’étaient pas communiquées car elles avaient été « égarées ». Une telle déclaration tranche avec la « scientificité » que les directions locales opposent aux agents lors des projets de réorganisation : non seulement ces normes sont en décalage avec la réalité du terrain actuelle, mais plus rien ne permet de vérifier qu’elles correspondaient à la réalité du terrain des années 1990, lorsqu’elles ont été établies. Mme François a ajouté que La Poste était actuellement « en réflexion » sur ces sujets. Cette réflexion pourrait déboucher sur un document, peut-être une « charte », qui serait transmis à l’ensemble des directeurs d’établissement et présidents de CHSCT, afin d’homogénéiser leurs conduites et de favoriser le respect des prérogatives des représentants du personnel. Concernant les normes et cadences, il est envisagé – dans le cadre des négociations actuelles – de mettre en place un « chantier ». Mais elle n’a pas précisé les contours et les contenus de ces projets. 

 A l’issue de cette rencontre, nous ne sommes donc pas rassurés. Il nous semble que la gravité de la dégradation des conditions de travail et de leur impact sur l’état de santé des agents de La Poste n’est pas perçue ou reste sous-estimée. Or, sans ce diagnostic initial, la recherche et l’élimination des causes profondes, structurelles, d’une telle dégradation continueront d’être éludées. »

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.