[Article incomplet/2017] La réforme des polices arrive ! - Que devrions-nous faire ?

Premier article sur la réforme des polices souhaitée par Gérard Collomb, suivit de propositions pour formuler une contre-réforme.

C'est dans mon dernier article qu'il faut puiser les sources de celui que vous êtes en train de lire.

Las de devoir partir dans tous les sens pour suivre l'actualité policière. Dépité de ne voir que des blogs sur la criminologie ou les affaires syndicales des polices. Consterné de voir la pensée, la philosophie, la science ne triompher que dans la sécurité extérieure et la défense ; là où pourtant dit-on on trouve les plus cons et les plus droitistes d'entre-nous, un discours centenaire abscon pour celui qui s'y intéresse vraiment ... je me suis mis en tête de vous amener à connaître la sécurité intérieure de la manière la plus globale et la plus cohérente qu'il soit, sous l'égide des réformes souvent kafkaïennes de nos polices.

Et puisque nous convoquons Kafka, autant le citer : "Croire au progrès ne signifie pas qu'un progrès ait déjà eu lieu" que nous compléterons par "ou qu'il aura lieu". Car, et je l'évoquais déjà dans mes derniers articles, y compris sur mon ancien blog, la police française de la Vè République n'est qu'un mélange bâtard, nous le verrons, entre la police de Pétain et la police de la IIIè République.

Pire encore, dans les années 1890 notamment sous le Préfet Lépine, alors que la police était véritablement de proximité et qu'elle organisait la vie en société pour assurer la sécurité, la police est aujourd'hui considérée comme un sujet à part entière, regardant son propre nombril, sans aucune coordination avec les services d'Etat ou territoriaux, tels les hôpitaux ou les services sociaux ; manquant l'occasion de pouvoir agir en profondeur sur la criminalité.

D'ailleurs, dire de la police d'aujourd'hui qu'elle "lutte contre la criminalité" est sémantiquement faux, car elle ne lutte pas en prévention sur les causes de la criminalité, mais constate la criminalité a posteriori de l'action criminelle. C'est le débat même qui agite depuis les années 70, et la perte totale de pensée en matière policière, le milieu policier (Douanes, Gendarmerie, autres compris) : qui de la police administrative, préventive et qui réunit toutes les administrations d'Etat, hospitalières et territoriales pour lutter contre la criminalité ou de la police judiciaire, répressive et comptant sur le duo Police-Justice (justice administrative et judiciaire) pour constater des faits contre lesquels nous ne pouvons, selon eux, rien, va l'emporter ? Si le débat est organisé depuis bientôt 50 ans pour être manichéen sans déboucher sur aucune solution, c'est peut-être que la réponse n'est pas manichéenne, elle.

Le constat peut tout de même être fait qu'au lieu de véritables techniciens de la sécurité intérieure, nos polices forment après 4, 6 ou 9 mois à peine (en fonction des attentats et des grades) de simples agents de constatation. Terme d'ailleurs utilisé pour les douaniers qui sont soit "agent de constatation", soit "contrôleurs", drôle de noms. Seuls les policiers nationaux forment encore des "gardiens de la paix" ... enfin la formation, courte au standard moderne, peu technique, peu adaptée et minée par le pistonnage ou le manque de moyens, ne transforment pas de simples citoyens en gardien de la paix, loin de là. Et évidemment leur supérieur hiérarchique, le préfet, issu de l'ENA, n'ayant que très peu de connaissances sur les problématiques de sécurité, la formation étant vraiment axée sur l'économie de l'administration publique et sa gestion, a tendance à déléguer à des gens pas plus compétents le devoir d'assurer la sécurité.

Aujourd'hui lorsque le feu jaillit, le préfet fléchit devant et le policier réfléchit dedans ... tout un concept résultant successivement des circulaires Guéant et des réformes/non-réformes voulus pour attendrir la vilaine & violente police des années 80.

... Et c'est un point "positif". Oui, attention, vous allez lire un écueil positif sur les réformes des années 90-2000 : c'est qu'elle a eu tendance à faire passer la police nationale d'un système très violent à un système inefficace, le second étant préférable au premier car, la police française ayant tendance à se baser, en matière de pensée à l'exception du maintien de l'ordre, sur les polices américaines (formation courte, "protéger et servir", assez peu d'interopérabilité vis-à-vis des autres polices françaises ou européennes) ; nous aurions eu aujourd'hui les mêmes résultats qu'aux USA : une police controversée, haït parfois, non-légitime, etc.

[Mai 2019 : Fort heureusement, Christophe Castaner a résolu tout ces problèmes en rétablissant les unités de voltigeurs et la violence qui y est associée, merci à lui.]

Aujourd'hui, si le bilan n'est pas très glorieux, avec 30-40% des Français seulement qui apprécie la Police Nationale, c'est "grâce" (ahem.) aux réformes des années 90-2000, notamment grâce à Jean-Pierre Chevènement, à qui l'on doit la seule doctrine (inefficace) policière en France et le bon (et seul) cadrage des polices municipales, et Rachida Dati pour avoir renforcé le pouvoir judiciaire sur le pouvoir policier, malgré une complexité sans-nom de ses procédures.

Bref, merci à eux de leur participation, la situation étant stabilisée, peut-être pourrions-nous désormais tenter de faire quelque chose de tout ces outils inutiles ?

La police de proximité version Collomb

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.