Naufrageurs

Vendredi matin, les 28 pays de l’UE trouvaient « un accord » sur la question migratoire à Bruxelles. Pendant ce temps-là, l’Aquarius accostait à Marseille, Malte lui ayant refusé tout accès à ses ports, même sans exilé-e-s à bord. Occasion pour nous de remettre les 250 gilets de sauvetage du Sénat à l'association SOS Méditerranée. Occasion de dénoncer le naufrage moral des naufrageurs d'Etat.

"Immigrants" par le cartooniste iranien Alireza Pakdel. Cette illustration a gagné le grand prix du World Press Cartoon fin 2017. © Alireza Pakdel "Immigrants" par le cartooniste iranien Alireza Pakdel. Cette illustration a gagné le grand prix du World Press Cartoon fin 2017. © Alireza Pakdel
Alors qu’à Bruxelles, vendredi au petit matin, les 28 pays de l’Union européenne trouvaient « un accord » sur la question migratoire, l’Aquarius accostait sans exilé.e.s à bord au port de Marseille pour une escale technique obligatoire.

Ce moment nous a permis de remettre à SOS Méditerranée 250 des 348 gilets de sauvetage, gilets que nous avions collectés pour les déverser, étiquetés chacun au nom d’un.e sénateur/sénatrice, devant le Sénat qui allait alors discuter du projet de loi asile et immigration (voir ici et ). Il s’agissait bien ici de lier la question des politiques d’accueil des réfugié.e.s à la question de leur vie et de leur mort.

Triste sort pour ce navire qui a sauvé plus de 27 000 personnes depuis 2016, dont plus de 4 500 mineurs isolés, et qui se voit de nouveau retardé de plusieurs jours dans sa mission vitale près des côtes libyennes.

Triste sort, quand ce même vendredi matin, ce sont les corps de trois bébés qui ont été repêchés et une centaine de personnes portées disparues après le naufrage d’une embarcation de migrants au large de ces mêmes côtes.

Triste résonance avec les propos de M. Macron, qui encore une fois joue le jeu de l’extrême-droite accusant les ONG de faire « le jeu des passeurs », honteuse inversion des rôles quand de nouveau ces mêmes ONG, les associations, les collectifs, font le travail et assument les responsabilités de l’Etat.

Triste vendredi encore, quand le président du Conseil européen proposait aux membres de l’Union de réfléchir à des « plateformes de débarquement hors de l’Europe » pour les migrants secourus en mer.

Hors, dehors, pas ici, telle est la « solution » de l’Europe et de la France. Tandis que celles-ci cherchent à esquiver leur devoir et à bafouer le droit international, les pays du Maghreb refusent déjà cette perspective. Quant à la Lybie, on ne peut que souhaiter que ces « plateformes » n’y voient jamais le jour. 

L’Aquarius n’a pu accoster en France que parce qu’il était vide d’exilé.e.s. Des exilé.e.s qui pourraient être nos frères, nos sœurs, nos parents, nos enfants, nous-même, si la guerre, la famine, la persécution, nous obligeaient à quitter la France.

Nous, au quotidien, voyons les effets dramatiques du non accueil. Les démantèlements de campement se font sans solution véritable et durable, sans prise en compte de la souffrance des personnes qui croyaient être au terme de leur périple. Tous les jours, ce sont des riverains comme nous qui tentons d’apporter le minimum de la survie. Les démantèlements et les brutalités de l’État se succèdent sans qu’aucune prise en charge effective ne s’engage.

Nous, citoyen-e-s françai-e-s, nous, citoyen-ne-s européen-ne-s, nous, membres d’associations et de collectifs, nous, riverain-n-es, nous ne voulons pas de cette France-là, nous ne voulons pas de cette Europe. Nous voulons que notre pays, à l’origine des droits de l’homme (mais n’est-ce pas pire de le rappeler aujourd’hui ?), notre Europe, créée aussi pour que les horreurs de la guerre ne se reproduisent pas, respectent les droits humains fondamentaux, respectent le droit d’asile, respectent le droit et la protection de l’enfance, respectent en un mot la vie de ces personnes. Tous les chiffres le montrent, il n’y pas de crise migratoire. Mais une crise de l’accueil.

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