La première fois que j'ai rencontré ce monsieur, c'était durant les 3 jours de fête de mon mariage. J'étais un peu épuisée, assise au fond d'une immense tente ouverte qui donnait sur le désert. Il y avait à peu près 200 personnes qui dansaient jours et nuits. 

Il y aura bien des choses à vous raconter....Il s'est assis à côté de moi, a porté directement la main à son coeur et m'a dit en arabe:

-"J'imagine que ma soeur ne parle pas notre langue?"

J'ai ri. 

- "Si, ta soeur parle ta langue: Tu es un cousin?"

- "Oui. Mais je n'ai pas beaucoup vu ma famille de coeur car je voyage beaucoup au travers du pays pour mon travail. Comme toi j'ai l'impression!" Il rit. "D'ailleurs j'aurais dû venir plus souvent, je t'aurais épousé!"

 

Ah ah.

Un ange passe

Dans le monde bédouin, on ne badine vraiment pas avec l'amour. Alors même si il avait la mine réjouie, et que c'était dit sur un ton parfaitement léger, ce n'était nullement un compliment.

-" Je ne pense pas" dis-je après avoir senti imperceptiblement la cuisse de mon autre voisin, se raidir. La seule chose dont je me souviens, c'est que ce n'était pas mon mari , mon autre voisin.

Situation compliquée ceci dit, parce que ma présence sous cette tente brouillait totalement les codes et que dans la brume, les pas sont souvent maladroits.

Allons c'est la fête, oublions ça! 

 

-"Vous avez choisi de vivre où, ma soeur? On m'a dit que vous alliez revenir ici, mais pour toi, c'est loin de tout, non?"

-"Oui mais c'est un paradis. On n'a pas envie de vivre loin du paradis!"

-"Bien sûr!"

Je vois l'ombre de mon autre voisin se faufiler en dehors de la tente

 

Le cousin continue de me parler sur un ton badin de la période où il a vécu au Liban "Beirut, Ya Beirut!" , de sa femme , qui n'a pas pu venir car elle est enceinte, et moi...d'ailleurs, où habitais-je avant?

Aussi soucieux de moi que d'une parfaite amabilité.

"Tes enfants seront de beaux musulmans" , il le souhaitait de toute son âme.

 

"Nos enfants seront très beaux, la paix avec toi" dit mon mari très fort en entrant dans la tente "Veux -tu jouer au carte, où viens-tu  danser avec nous?" demanda-t-il d'un ton d'une ambiguïté parfaitement internationale.

Allons danser" répondit le cousin en se levant "il faudra que je vous présente bientôt ma femme!"

 

Nous étions dans la fumée les feux allumés devant la tente, c'était la fin du jour, les tapis par terre étaient profonds, je riais toute seule en voyant ma famille française s'initier avec difficulté aux pas intraitables du Dabké et mon beau père avait fait disposer, sur les deux côtés de la tente une série d'immenses et magnifiques cafetières en cuivre sur lequel ma pensée s'envolait avec bonheur...

 

Mon mari, mon cousin et d'autres joyeux comparses reprirent la danse avec entrain.

 Je n'ai réalisé que bien plus tard que mon mari n'était pas que jaloux, et avait "juste" interrompu un interrogatoire dans les règles.

 

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