«Pourquoi t’es féministe ? L’égalité homme femme, en France, elle est acquise!» #3

En France - et plus largement dans le monde occidental - l’égalité n’est pas acquise, elle n’a jamais été atteinte. Mais si vous me demandez pourquoi je suis féministe, vous êtes persuadés du contraire. Plutôt que de m’échiner sur 25 tweets ou commentaires pour me faire traiter de féminazie, j’ai décidé de commencer ce blog en répondant à votre question, en trois billets. Voici le dernier.

Dans mes deux premiers billets (#1 ; #2), je me suis attelée à dresser le tableau – forcément lacunaire – des inégalités femmes/hommes, dans l’espoir de démontrer que les femmes sont (globalement) désavantagées, à l’échelle individuelle comme sociétale. Ce constat m’a semblé une base nécessaire. Néanmoins, il arrive couramment que mon/ma interlocuteur-trice accepte la réalité de la situation mais se « contente » de nier son caractère injuste : le pouvoir est quasi-monopolisé par des hommes ? Les femmes prennent en charge la majorité des tâches parentales et domestiques ? «  C’est la nature, voyons ! Pas de quoi déclencher une crise d’hystérie féministe ! »

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Ainsi, nul besoin du féminisme : La FemmeTM n’est aucunement lésée puisqu’il lui est naturel de faire passer son foyer et sa famille avant sa carrière. Bon, certain-e-s reconnaissent parfois que les violences contre les femmes sont quand même un peu dérangeantes, et que le féministe pourrait donc être utile, si seulement ces mégères haineuses voulaient bien se concentrer sur les vrais problèmes des femmes (qui sont bien pires ailleurs !)... Passons.

S’il existe une nature profonde commune à toutes les femmes et à tous les hommes, comment expliquer qu’il y ait tant de différences au sein du groupe « hommes » et du groupe « femmes » ? Comment expliquer qu'il ait existé et existent encore des sociétés dites "matriarcales", fondées sur une distribution des tâches différentes de celle à l’œuvre dans nos sociétés occidentales modernes ? Comment expliquer que les comportements des un-e-s et des autres aient tant changé avec l’évolution de la société ? Et si l’on estime que c’est elle qui nous pervertit, comment alors nier son influence sur la construction de notre identité ?

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Malheureusement, l’invocation de notre nature vénérée et sacrée suffit généralement à balayer ces questions d’un revers de la main (souvent virile). Il est rare que celui ou celle qui se retranche derrière cet argument essentialiste juge nécessaire de l’étayer par de la littérature scientifique. L’Homme. La Femme. La distinction serait si évidente (et pourtant, même biologiquement les choses ne sont pas si simples) qu’elle se passerait de preuves. Comme s’il allait de soi que des différences biologiques/génétiques (qui sont elles-mêmes parfois difficile à établir…) induisaient des différences immuables de caractères, de goûts ou de capacités. Soit-dit en passant, je me demande si les amoureux-ses de notre nature profonde suivent ce raisonnement jusqu’au bout, en militant par exemple pour qu’une femme obtienne toujours le droit de garde en cas de conflit avec un homme, puisqu’elle est naturellement plus à même de s’occuper des enfants. Et pour que ce dernier lui reverse une pension alimentaire conséquente, puisqu’il est forcément plus capable de gagner de l’argent… Passons.

Il y a bien des études, notamment celle-ci, que l’on me cite souvent avec un air de triomphe. Elle a mis en évidence des différences entre les cerveaux des hommes et ceux des femmes. Néanmoins, ses auteur-e-s se gardent bien d’en tirer la moindre conclusion quant à la personnalité ou le comportement des femmes et des hommes. En sus de cela, nous savons que le cerveau de l’être humain se modifie tout au long de sa vie ; c’est ce que l’on appelle la plasticité cérébrale. Dès lors, impossible d’affirmer que les divergences observées sont innées plutôt que le résultat d’une éducation et d’une socialisation différentes. Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l'institut Pasteur, a brillamment réfuté les idées reçues selon lesquelles le cerveau aurait un genre.

Le cerveau a-t-il un sexe ? © Catherine Vidal - TEDxParis
 

Ceci étant précisé, il me semble que les tenant-e-s du déterminisme biologique aiment tout particulièrement brandir en étendard nos ami-e-s les bêtes.  « Nous sommes des animaux, notre nature profonde ne peut donc qu’être calquée sur la leur. Or, dans le règne animal, c’est bien la femelle qui prend soin de sa progéniture, et le chef de ‘famille’ ou de groupe est toujours un mâle ».

Tout d’abord, il me faut souligner que cette conception assez répandue de la "répartition des tâches" dans le règne animal est tout bonnement fausse. Chez les animaux, et même chez les mammifères, il y a plusieurs modèles d’organisation "sociale", y compris des modèles matriarcaux (par exemple chez les éléphants, les hyènes ou encore les orques). Beaucoup de vérités communément admises sur les comportements animaliers ont d’ailleurs été remises en cause ; il semblerait que de nombreux-ses observateurs-trices aient eut tendance – sans doute inconsciemment – à interpréter le comportement des espèces qu’iels observaient de façon à les faire entrer dans les cases qu’iels connaissaient : celles des sociétés humaines.

Victorian illustration © Unknown Victorian illustration © Unknown

En outre, et surtout, cet argument me paraît au mieux naïf, au pire relevant d’une mauvaise foi certaine. Pour respecter notre nature, il faudrait calquer notre manière de vivre sur celle (présumée) des animaux… mais ce uniquement s’agissant de certains comportements. Il me semble en effet que peu d’espèces maintiennent des liens familiaux tout au long de leur existence, peu également sont monogames, ou encore interdisent de tuer ou manger l’un-e des leurs… Comme dans le règne animal, La FemmeTM doit s’occuper des enfants, mais contrairement au règne animal, L’HommeTM doit rester à leurs côtés ? Je m’interroge : quel est donc ce pouvoir, (souvent) d’essence divine, qui vous permet de déceler parmi les comportements animaux, lesquels sont révélateurs de la nature humaine, et lesquels ne le sont pas ?

Entendons-nous bien : je ne nie pas que l’on puisse observer, dans nos sociétés, des tendances « masculines » – dans lesquelles se retrouvent une majorité d’hommes et peu de femmes – et « féminines » – la réciproque. Je considère simplement que leur origine est davantage sociale que biologique. Soit-dit en passant, cela signifie que même si les hommes sont aujourd’hui beaucoup plus susceptibles de commettre un crime, de tuer et/ou violer une femme, je ne crois pas qu’il soit dans leur nature profonde d’être des prédateurs assoiffés de sexe et de sang (ceci est une énième variante du « mais-non-je-ne-déteste-pas-les-hommes-parce-que-je-suis-féministe »). Cela signifie également que dresser une liste des différences « indéniables » entre les femmes et les hommes n’établit en rien l’existence de deux natures distinctes.

Cela vous parait bien joli – ou, je l’espère, bien laid – mais qu’est-ce qui me permet de penser que nos goûts et comportements sont principalement le résultat de déterminants sociaux et non biologiques ? Je ne prétends pas trancher ici l’insondable débat de l’inné et de l’acquis. Néanmoins, alors qu’en l’état actuel des connaissances, il est impossible d’évaluer l’influence de la biologie sur les caractéristiques genrées – ni même d’affirmer qu’elle n’est pas négligeable – de nombreuses études et statistiques prouvent que ces différences s’expliquent, au moins en partie, par des données sociales dont l’effet se fait sentir (presque) dès le plus jeune âge.

En effet, les travaux exposés dans les paragraphes qui vont suivre mettent en évidence qu’au moins certaines des différences en termes de capacités et préférences ont une origine sociale et non « naturelle ». Cette division pourrait être neutre, mais est une manifestation du sexisme puisque la socialisation des filles/femmes tend – entre autres – à les rendre plus dociles et les éloigner des carrières prestigieuses ; voire des carrières tout court. Elles sont également incitées à adopter des comportements souvent jugés futiles et méprisés.

Ces travaux prouvent également la dévalorisation des femmes dans nos sociétés, et notamment qu’elles réussissent moins bien dans de nombreux domaines non parce qu’elles seraient moins douées, mais parce qu’à compétences égales, un homme est avantagé par rapport à une femme (quel que soit le genre de la personne qui les juge).

Enfin, ces travaux révèlent que le sexisme est également intériorisé : les femmes ont tendance à s'auto-dévaloriser.

Des caractéristiques genrées imputables à la socialisation

Au risque de me répéter, si les différences entre les femmes et les hommes étaient naturelles, elles n’évolueraient pas dans le temps et ne différeraient pas selon les pays. Or, alors que Maccoby et Jacklin ont mis en évidence en 1974 l'existence de différences cognitives entre les genres (les filles maitrisaient mieux les compétences verbales, les garçons l'algèbre et la représentation dans l'espace) aux Etats-Unis, les travaux dirigés par Janeth Hyde ont prouvé la disparition de l'écart en de niveau en mathématiques, aux Etats-Unis et dans d'autres pays (Hyde et autres, 2010). La variabilité dans le temps et l’espace s’agissant de la prétendue supériorité des garçons en mathématiques a ainsi été prouvée. Dès lors, difficile de penser qu’elle serait naturelle.

S’agissant de nos goûts, les effets du conditionnement social ont été observés dès le plus jeune âge (ou presque). Cela n’aura échappé à personne, une grande partie des jouets sont séparés en deux grandes catégories : « fille » et « garçon », parfois à travers la subtile utilisation de tons de rose et de bleu. Si ces dénominations sont (plus ou moins) en voie de disparition dans les catalogues, ceux-ci n’en continuent pas moins d’associer certains types de jouets à un genre particulier.

Images issues de catalogues de jouets 2016-2017 trouvés sur http://cataloguejouets.com/ Images issues de catalogues de jouets 2016-2017 trouvés sur http://cataloguejouets.com/

 

Or, il a été prouvé que cette catégorisation influence les choix des enfants en la matière (Bradbard et autres, 1986). En effet, face à des jouets « neutres » mais dont l’emballage est genré, les enfants montrent une préférence pour les jouets présentés comme correspondant à leur genre (supposé).

Indiquer aux enfants ce qu’iels sont censé-e-s aimer selon leur genre influence donc leur choix. Or, il existe une certaine dichotomie : les sciences, l’aventure, les jeux de construction et les costumes de super-héros, policiers et pompiers pour les garçons ; l'apparence physique (robes de princesse, maquillage, création de bijoux), la sphère domestique (jeux d'imitation de ménage, dinette) et les enfants (poupons et poupées) pour les filles. Difficile d’imaginer qu’elle n’aurait aucune incidence sur le développement des enfants. Cet article paru dans le Guardian en 2016 (en anglais) reprend quelques-unes des inquiétudes exprimées par les chercheurs et chercheuses à ce sujet.

Soit-dit en passant, les jouets étaient bien moins genrés dans les années 1970. D’après la chercheuse Elizabeth Sweet qui s’exprime à ce sujet dans les colonnes du New York Times (en anglais), presque 70% ne comportaient aucun marqueur associé à un genre. En sus de cela, les publicités pour jouets défiaient souvent les stéréotypes en montrant des filles s’attelant à des jeux de construction et des garçons jouant à la dinette. L’une des explications à ce changement avancées par la chercheuse est la recherche du profit par les entreprises : elles peuvent ainsi vendre plusieurs versions du même produit, les familles dont les enfants n’ont pas le même genre attribué à la naissance « doivent » racheter des jouets… 

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L'affectation à un genre influence même nos préférences culinaires. Des chercheur-se-s ont présenté aux participant-e-s d'une étude des muffins tous identiques, mais emballés différemment. Certains emballages faisaient appel aux stéréotypes de genre : une ballerine et la mention "healthy" (bon pour la santé), un joueur de foot et la mention "mega". D'autres emballages comportaient des messages qui mêlaient ces stéréotypes : la ballerine avec la mention "mega" et le joueur de foot avec le message "healthy". Alors qu'il s'agissait des mêmes muffins, les participant-e-s ont déclaré trouver meilleurs ceux dont l'emballage était fidèle aux stéréotypes de genre (Zhu et autres, 2015).

Or, les stéréotypes genrés sont omniprésents dans nos sociétés. A titre d'exemple, une étude portant sur l'analyse de vingt-deux manuels de CP (issus de dix maisons d'éditions et publiés après la réforme de 2008) a montré que dans ces ouvrages, les personnages féminins représentent 70% de ceux qui font le ménage ou la cuisine, et 85% de ceux qui font les courses; mais uniquement 3% de ceux qui occupent un poste scientifique et 1% des personnages de la catégorie "maintien de l'ordre" (gendarme, militaire, pompier-ière). 67% des personnages pratiquant un sport sont des hommes. D'après la synthèse de l'étude, "les petites filles restent davantage à l’intérieur, font des activités calmes, alors que les petits garçons occupent l’espace extérieur et pratiquent davantage d’activités sportives". Selon Amandine Berton-Schmitt, l'une des auteur-e-s : "une fille joue au foot? Elle a peur du ballon, 'forcément'. Les deux héros jouent au Papa et à la Maman? La fille garde le bébé et le garçon part à la chasse au phoque. Nous avons même repéré des illustrations où la maman et la fille débarrassent la table pendant que le papa et le fils regardent le foot ou lisent le journal. Difficile de trouver une vision plus stéréotypée de la répartition des tâches en fonction du sexe !" (propos rapportés par Sandrine Chesnel pour L'Express, article publié en ligne le 06/10/2015). Soit-dit en passant, les hommes sont surreprésentés puisque seul 39% des personnages sont des femmes (Centre Hubertine Auclert, 2015).

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D'après une autre étude, les femmes brillent encore plus par leur absence dans les manuels de français de seconde : "les femmes auteures (3,7%) et artistes (6,7%) sont très peu citées par rapport à leurs homologues masculins (96,3% et 93,3%). Le plus frappant est le nombre d’occurrences de femmes philosophes (0,7%) : en effet, des femmes philosophes ont été citées uniquement 5 fois dans l’ensemble des manuels (695 fois pour les hommes philosophes). Parmi les personnalités historiques et spécialisées (science, sport, critique littéraire, sciences humaines etc.) les femmes ne sont que 15,5%." Elles représentent 27,9% des journalistes cité-e-s. En outre, "non seulement les femmes sont très peu représentées dans les manuels, mais aussi leurs noms ne sont pas répétés autant de fois que ceux des hommes"1.

Les clichés sont également très souvent reproduits dans les publicités : les femmes font la cuisine, le ménage ; les hommes conduisent de belles voitures ou ne savent pas faire une lessive… Même si les choses s'éloignent quelque peu de cette vision caricaturale, les publicités continuent d'entretenir les stéréotypes genrées (Perret, 2003).

Dans les 700 films à succès analysés dans un rapport de 2014, on dénombre 13 fois plus d’hommes que de femmes dans des rôles de procureurs ou de juges, 16 fois plus dans des rôles de médecins, 5 fois plus dans des rôles de professeurs et 7 fois plus dans des rôles ayant un poste dans le domaine des sciences, de la technologie, de l'ingénierie ou des mathématiques. Par contre, les filles et les femmes apparaissent partiellement ou totalement dénudées plus de 2 fois plus souvent que les garçons et les hommes. En outre, elles représentent seulement 30% des personnages qui prennent la parole.

Petit jeu sympa pour passer une bonne soirée ciné Petit jeu sympa pour passer une bonne soirée ciné
 

Nous sommes ainsi socialement conditionné-e-s en fonction de notre genre, et ce conditionnement détermine au moins partiellement qui nous sommes. Je dis « nous » car, bien sûr, les hommes également subissent ce processus de socialisation, qui souvent devient pression sociale. Si elle résulte globalement en une division des rôles ultimement défavorable aux femmes, elle peut être très difficile pour les hommes : ils "doivent" être à la hauteur des exigences de la sacro-sainte virilité. D’autant que celle-ci leur « impose » d’enfouir leur ressenti et émotions. Le féminisme, le mien tout du moins, vise donc également à libérer les hommes puisqu'ils subissent eux aussi le carcan des normes genrées. Toujours est-il qu'actuellement, être une femme (ou être considéré comme telle) emporte des risques et préjudices, excusez-moi de le (re)dire, plus conséquents : meurtres, violences – y compris agressions sexuelles, harcèlement (dans la rue, au travail…), écart des salaires, absence de représentation et de pouvoir institutionnel, remise en cause des compétences… Ce déséquilibre est logique, puisque la division genrée s’accompagne d’une hiérarchie : le « masculin » l’emporte sur le « féminin ». En général, les activités et caractéristiques traditionnellement considérées comme « masculines » sont en effet valorisées dans nos sociétés, à l'inverse des activités et caractéristiques associées au « féminin » (par exemple : la raison vs les émotions ou la force vs la fragilité).

Vêtements pour enfants (marque Petit Bateau), 2011 Vêtements pour enfants (marque Petit Bateau), 2011

Si, dans tous les cas, celui ou celle qui ne se conforte pas aux standards genrés s’attirera des réprobation, l’homme qui se comportera d’une manière jugée "féminine" deviendra l’objet du mépris de ses pairs. Un garçon ne doit pas "pleurer comme une fille". Parce qu’agir comme une fille, c’est dégradant, bien sûr. Beaucoup d’insultes à destination des hommes reposent ainsi sur une assimilation au « féminin » (et, à travers la caricature de l'homosexuel efféminé, relèvent souvent de l’homophobie). Ainsi que l'analyse Jean-Baptiste Perret, dans la publicité « les hommes (...) ne sont que très rarement montrés dans un rôle féminin, et lorsqu’ils le sont, c’est dans une perspective comique et volontairement caricaturale qui en désamorce la crédibilité (patriarche sicilien qui fait la vaisselle, officier de marine préoccupé de la blancheur de son linge, etc.). L’échange de rôle se fait donc quasi exclusivement du masculin au féminin : il est valorisant pour une femme d’adopter un comportement masculin, mais l’inverse reste faux. De ce point de vue, ces images traduisent la permanence d’une sorte de domination symbolique masculine, à travers la prégnance de l’idéal du neutre »2.

Les études citées dans les paragraphes suivants apportent quelques preuves de la dévalorisation des femmes et du « féminin » (ce qui est considéré comme tel) dans nos sociétés, y compris par les femmes elles-mêmes.

Une caractérisation genrée synonyme de dévaluation des femmes

Même celui ou celle qui croit fermement en l’existence des natures immuables et irréductibles de L’HommeTM et de La FemmeTM (comme c’est d’ailleurs le cas de certains courants féministes) peut reconnaitre qu’au sein de nos sociétés (y compris dans les rapports individuels) les femmes sont déconsidérées du seul fait de leur appartenance à leur genre.

Il a été prouvé que les femmes n'étaient pas moins douées que les hommes pour les mathématiques (Hyde et autres, 2010). Pourtant, le stéréotype persiste, souvent inconsciemment (voir la seconde partie de ce billet), parfois non : en 2005, Larry Summers, ancien président de l’université d’Harvard, affirmait encore que les femmes présentent moins d’ « aptitudes intrinsèques » pour les mathématiques que les hommes. Ce stéréotype s'étend d'ailleurs aux sciences en général. Dans un sondage (voir à la fin de l'article en lien, attention aux interprétations données par celui-ci) Opinion Way pour la Fondation L'Oréal Femmes et Science, à la question "d'après vous, quel est le domaine pour lequel les femmes ont le plus d'aptitudes ?", 89% des européen-e-s interrogé-e-s ont répondu "tous les domaines, exceptés les sciences". Pour 67% des personnes interrogées, c'est leur "manque d'aptitudes" qui empêche les femmes de devenir des scientifiques de haut niveau.

Une autre des questions du sondage Une autre des questions du sondage

Cela ne devrait pas être une surprise : les femmes sont notamment discriminées dans le monde du travail. Il existe peu d’études françaises en la matière, mais en utilisant la méthode du testing – qui consiste à envoyer des CV identiques mais comportant des indications différentes quant à l’identité des postulant-e-s – le baromètre Adia de l’Université Paris I prouve qu’à compétences égales, une femme a moins de chance de se voir proposer un entretien d’embauche qu’un homme (source : 1 et 2). Une étude américaine a montré qu’en l’absence de toute information autre que l’apparence des candidat-e-s, un homme avait deux fois plus de chance d’être engagé qu’une femme pour l’exécution d’une tâche mathématique. Ce biais se réduit – mais persiste ! – une fois révélés les résultats des participant-e-s à un test mathématique effectué au préalable (auquel les deux genres testés avaient obtenu des résultats similaires) (Reuben et autres, 2013).

Il est important de souligner qu’ainsi que le prouve l’étude française précitée, si les femmes sont désavantagées par rapport aux hommes, l’âge, le handicap et l’origine (présumée) sont des facteurs de discrimination encore plus importants. Pour un autre exemple sur ce dernier point, voir cette étude de l’université d’Evry aux résultats sans appel.

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Je n’affirme pas que tous-tes les recruteur-trices qui préfèrent un homme à une femme fassent ce choix consciemment (contrairement sans doute à une bonne partie de ceux qui avantage les personnes blanches, valides ou jeunes). Je pense – j’espère – que la majorité d’entre eux/elles ont intériorisé des stéréotypes les conduisant à considérer un homme plus compétent qu’une femme malgré des CV similaires.

Cet effet a été mis en évidence notamment dans une étude de l’Université de Princeton. Il a été demandé à des étudiant-e-s d’évaluer la candidature d’une personne à un poste de chef de laboratoire. Ladite candidature avait toujours le même contenu, mais était présentée à certain-e-s comme émanant d’un homme, et à d’autres comme celle d’une femme. Le candidat a été considéré par les participant-e-s comme plus compétent et employable que la candidate. Il lui a en outre été proposé un salaire plus conséquent et plus de mentorat professionnel. Parce que ce ne sont pas uniquement les hommes qui sont biaisés en défaveur des femmes, il est important de préciser que le genre des participant-e-s n’a pas eu d’impact sur les résultats : les femmes comme les hommes ont avantagé le candidat (Moss-Racusin et autres, 2012).

Dans une autre étude américaine (lien vers le communiqué de presse, pour l'étude voir la bibliographie) fondée sur une méthode similaire, étaient présentées aux participant-e-s la transcription de conversations entre un-e employeur-e et son employé-e qui demandait des horaires de travail plus flexible. Lorsque le motif de la demande était la garde d’enfant, les participant-e-s se déclaraient favorables ou plutôt favorables à celle-ci dans 69.7% des cas lorsqu’elle émanait d’un homme, contre 56.7% des cas lorsqu’elle venait d’une femme. 24.3% des participant-e-s ont jugé l’homme demandeur « extrêmement sympathique » contre seulement 3% lorsqu’il s’agissait d’une femme. Seulement 2.7% d’entre elles/eux ont jugé que l’homme à l’origine de la demande faisait preuve de peu ou pas d’engagement, alors que 15.5% ont estimé la même chose lorsqu’une femme en était à l’origine (Munsch, 2016).

Le changement d’attitude selon que l’on soit confronté-e à un homme ou une femme ne se cantonne pas au monde du travail. Une étude américaine a montré que lors d’un échange, les femmes sont plus souvent interrompues que les hommes, quel que soit le genre de leur interlocuteur-trice. Les femmes comme les hommes ont ainsi tendance à plus interrompre une femme qu'un homme, et les femmes coupent très peu la parole aux hommes : sur une conversation de trois minutes, les femmes ont en moyenne interrompu leur partenaire masculin une seule fois, mais leur partenaire féminin 2.9 fois ; les hommes ont quant à eux interrompu leur partenaire masculin 1,8 fois et leur partenaire féminin 2.1 fois (Hancock et Rubin, 2014). Les choses sont-elles différentes en milieu professionnel ? Une analyse (parue en 2017) portant sur 15 années de débats à la Cour Suprême des Etats-Unis a montré que parmi les juges, les hommes interrompent les femmes environ trois fois plus que leurs collègues masculins. Sur 12 années durant lesquelles femmes formaient 24% des juges, 32% des interruptions eurent lieu à leur encontre, alors qu'elles ne furent à l'origine que de 4%. Contrairement à ce que l'on pourrait espérer, l'augmentation du nombre de femmes au sein des juges s'est accompagné d'une hausse des interruptions envers elles (Jacobi et Schweers, 2017). Kieran Snyder, docteure en linguistique, a mené une étude informelle au sein de sa propre compagnie en relevant les interruptions durant quinze heures de conversations parmi les employé-e-s. D'après ses notes, les hommes furent à l'origine de deux fois plus d'interruptions que les femmes, et ont interrompu leurs collègues féminins trois fois plus que leurs collègues masculins.

Je n’ai pas trouvé d’étude française à ce sujet, mais à titre d’illustration, peut-être que certain-e se souviendront de cet article de Buzzfeed qui avait comptabilisé le nombre de fois où les candidats à la primaire de la droite et du centre avaient été interrompus pendant le dernier débat avant la primaire (l’on pensera ce que l’on veut de la source mais l’information est facilement vérifiable, la vidéo est disponible) : la seule femme sur les 7 candidat-e-s avait été interrompue plus de deux fois plus que la moyenne des hommes.

Pour continuer sur ce thème, il ne suffit pas pour les femmes d’adopter les codes dits masculins pour que la discrimination envers elles cesse : selon une étude récente d'une professeure de psychologie de l’Université de Yale, les cadres hommes parlant plus que leurs pairs sont perçus comme plus compétents (+ 10%), tandis que les cadres femmes qui parlent plus que leurs pairs sont considérées comme moins compétentes (- 14%) (Brescoll, 2012). Dans une optique similaire, une autre étude a révélé qu'il était plus mal perçu pour une femme que pour un homme d'exprimer de l'énervement au travail (Brescoll et Uhlmann, 2008).

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Même une réussite indéniable ne suffit pas forcément à gommer la différence de perception : dans une étude de l’Université du Missouri, des chercheur-e-s ont demandé à des étudiant-e-s en licence de biologie de leur désigner les élèves de leur classe qui maitrisaient le plus les connaissances apprises en cours. Les étudiants (masculins) ont quasi-systématiquement désigné des élèves du même genre qu'eux, même dans les classes où des filles avaient obtenu les meilleurs résultats (Grunspan et autres, 2016).

En France, les filles réussissent mieux que les garçons à l’école (rappelons que la tendance s’inverse une fois dans le monde du travail). Pourtant, d’après Nicole Mosconi, autrice d'un rapport sur le site gouvernemental éduscol, l’analyse des bulletins scolaires montre que les enseignant-e-s « imaginent que les garçons " peuvent mieux faire ", c'est-à-dire qu'ils/elles leur prêtent des capacités qui dépassent leurs performances effectives et attribuent leur réussite à leurs capacités ; les filles, elles, sont supposées ne pas avoir de capacités au-delà de leurs performances, elles " font tout ce qu'elles peuvent ", ; leurs résultats sont attribués à leur travail, voire à leur conformisme, et non pas d'abord à leurs capacités ». Difficile de nier que l’étiquette « studieuse » est moins valorisante que celle d’« intelligent ». Difficile également de nier les conséquences de telles étiquettes, notamment sur les femmes elles-mêmes.

Des stéréotypes de genre qui conduisent les femmes à s'auto-dévaloriser

Ces quelques études – il est impossible de toutes les citer – prouvent l’existence de biais (sans doute souvent inconscients) qui se manifestent tout au long de la vie des individu-e-s. Pour preuve que ces biais ne sont pas naturels mais intériorisés, et ce très tôt, cette expérience de 2017 lors de laquelle des chercheur-e-s ont lu une histoire portant sur « une personne extrêmement intelligente » à un groupe d’enfants âgés de 6 à 7 ans. Il leur a ensuite été montré des images de couples d’adultes (du même genre et de genres différents) ; les enfants devaient indiquer quelles personnes leur semblaient être « extrêmement intelligentes ». Enfin, il leur fut demandé d’associer des objets et traits de caractère (tel que « être intelligent ») aux images de femmes et d’hommes. Les résultats révèlent qu’à 5 ans, les filles sont aussi susceptibles que les garçons d’associer l’intelligence à leur propre genre. Néanmoins, à 6 et 7 ans, elles le sont nettement moins. Ainsi, parmi les enfants de 6 ans, les garçons ont désigné des personnes du même genre (supposé) qu’eux comme étant « extrêmement intelligents » dans 65% des cas, et les filles dans seulement 48%. Les chercheur-e-s ont également présenté aux enfants deux jeux, l’un à destination des enfants « très intelligent-e-s » ; l’autre des enfants « qui font de leur mieux ». En réalité, les deux jeux étaient similaires. Si les filles étaient aussi intéressées que les garçons par le second, elles ont montré moins d’intérêt qu’eux pour le premier (Bian et autres, 2017).

Les filles (et plus tard les femmes) intériorisent donc des stéréotypes qui les conduisent notamment à dévaloriser leur propre genre. Cette intériorisation ne va pas sans conséquences. Par exemple, à l’issue de la seconde générale, les filles ont tendance à moins demander la filière S (la plus prestigieuse) que les garçons. La différence est flagrante lorsque les élèves n’ont pas les notes requises pour être assuré-e-s d’être reçu-e-s en S : parmi les élèves ayant entre 9 et 12 de moyenne en mathématiques, 52.8% des garçons contre 36.9% des filles demandent la filière S. Il ne s’agit pas d’une différence « naturelle », puisque parmi les élèves ayant une moyenne en la matière supérieure à 12, la différence est bien moindre : 76% des garçons et 71.5% des filles demandent une première S  (Demoulin et Daniel, 2013). D'après les résultats du Programme International pour le Suivi des Élèves (PISA) 2015, "en France, près d’un garçon sur quatre aspire à travailler dans le domaine scientifique, contre moins d’une fille sur cinq". Ce résultat est largement inférieur à la moyenne des pays de l'OCDE, où l'écart est presque réduit à zéro. Il faut dire que "la France se situe (...) parmi les pays où l’indice de plaisir dans l’apprentissage des sciences est le moins élevé pour les filles"3.

Les stéréotypes intériorisés influencent la perception que nous avons de nous-même et de ce dont nous sommes capables. Or, cette perception est quant à elle susceptible d’influencer nos résultats. Cela a été démontré – en dehors de toute perspective genrée – par les travaux d’Elliott et Dweck (1988). Les chercheurs ont demandé à des élèves (âgé-e-s d’environ 9-10 ans) de réaliser des exercices. Ils ont expliqué à une moitié de classe que lesdits exercices servaient à évaluer leurs capacités ; à l’autre qu’ils leur permettraient d’apprendre des éléments importants. Était attribué aux élèves un niveau de compétence fictif. Ce niveau se refléta dans les résultats de celles et ceux qui pensaient que l’exercice servait à évaluer leurs capacités : ceux et celles qui s’étaient vu-e-s attribuer un moins bon niveau ont moins bien réussi que celles et ceux à qui un bon niveau avait été attribué. Par contre, les résultats de celles et ceux qui pensaient réaliser un exercice d’apprentissage ne présentaient pas de corrélation avec le niveau attribué. Ainsi, pour reprendre les mots de Marie-Christine Toczek (2005) « la réputation d’un échec est suffisante pour générer une baisse de performance en situation d’évaluation ».

Cela signifie-t-il que si notre genre est associé à l’échec ou la réussite dans certains domaines, nous sommes plus ou moins susceptibles d’échouer ou de réussir dans celui-ci ? C’est ce que tend à prouver une expérience menée en par Pascal Huguet et Isabelle Régner (qui démontre également, au risque d’insister, l’intériorisation de stéréotypes genrés). Iels ont demandé à 454 élèves de 6ème et 5ème de reproduire de mémoire une figure complexe. L’exercice fut présenté soit comme un test de géométrie, soit comme un jeu de mémoire. Les filles ont moins bien réussi que les garçons dans la première condition – c’est-à-dire lorsque les élèves pensaient qu’iels passaient un test de géométrie, et mieux dans la seconde – lorsqu’iels pensaient qu’il s’agissait d’un jeu de mémoire. Il faut souligner que la moins bonne réussite des filles dans la première condition existait même chez celles confiantes en leurs compétences mathématiques (Huguet et Régner, 2007). En 1999 déjà, S. Spencer et son équipe avait démontré que les femmes auxquelles l'on annonçait qu'un exercice de mathématiques était généralement moins bien réussi par un genre que par l'autre (sans préciser lequel) réussissait moins bien ledit exercice que celles auxquelles l'on annonçait l'inverse (c'est-à-dire qu'aucune différence entre les genres n'était ressortie des résultats du test).

Ce phénomène est connu comme la « menace du stéréotype ». Celle-ci est loin de se limiter aux stéréotypes de genre ; elle a d’ailleurs originellement mis en évidence auprès d’étudiant-e-s noir-e-s américain-e-s par Steele et Aronson (1995). Cette menace peut être définie comme « la baisse de performance des individus lorsqu’ils peuvent craindre de confirmer – à leurs propres yeux ou aux yeux d’autrui – un stéréotype négatif ciblant leur groupe d’appartenance »4. Autrement dit, le stéréotype agit souvent comme une prophétie autoréalisatrice : l’on sait que l’on est censé échouer, donc l'on échoue.

 © Ayodhya Ouditt/NPR © Ayodhya Ouditt/NPR

Les stéréotypes influencent donc nos préférences, nos goûts et nos capacités à réussir. Ils façonnent (en partie) nos identités. Il importe peu qu'ils soient positifs ou négatifs : pour caricaturer, penser qu'une femme ne peut qu'être une bonne mère se répercute négativement sur les femmes (enjointes à rester au foyer) comme sur les hommes (dont le rôle de père est dévalorisé).

Je suis féministe parce que j'aspire à sortir de cette vision genrée qui est encore très prégnante dans nos sociétés et se maintient grâce à des préjugés évidents, mais aussi des stéréotypes insidieux présents même chez celles et ceux qui n'ont pas une vision "traditionnelle" des choses. Je m'inclus dedans : je pense que malheureusement, il ne suffit pas de réaliser l'existence de nos biais inconscients pour tous les identifier et s'en défaire immédiatement. Ainsi, 'le' féminisme - mon féminisme, devrais-je dire - n'est pas un combat contre les hommes (du moins, pas contre tous) : les femmes aussi perpétuent le sexisme, et nombreux-ses sont ceux et celles qui le font sans en avoir conscience et sans penser à mal. C'est un combat contre une certaine vision de L'Homme et de La Femme, et ses conséquences. Notamment celle de placer les hommes dans une position privilégiée (la plupart du temps). La galanterie me paraît une bonne illustration : pour beaucoup, les femmes devraient s'en réjouir; c'est effectivement le cas pour certaines. Bien sûr que (généralement) elle part d’une bonne intention et que (généralement) l’homme galant ne pense pas à mal. Pourtant, des idées telles que « la femme ne doit pas payer » ou « l’homme se doit de la protéger » ne peuvent que renforcer la vision traditionnelle de La Femme (précieuse, fragile, qui se fait entretenir, etc.) et de L’Homme (fort, protecteur, qui gagne de l'argent et entretient sa femme, puis son foyer, etc.). Il ne s'agit pas d'interdire toute preuve de civilité, mais simplement de dire qu'il convient d'être poli envers toutes, mais aussi tous. Bien sûr, un homme peut offrir un verre à une femme, de la même façon qu'une femme peut offrir un verre à un homme; l'important est de ne pas le faire « parce que c'est une femme »... à moins de penser qu'il existe des raisons de traiter les femmes différemment.

Mon féminisme est ainsi un travail de chaque jour qui, oui, s'arrête parfois sur des sujets qui peuvent sembler insignifiants (ainsi que le martèle nos détracteur-trice-s qui usent leur énergie à nous expliquer qu'il y a des façons bien plus importante de dépenser la notre), mais dont l'impact, aussi subtil soit-il, est bien réel.

Billet susceptible de faire l'objet de modifications.

Une version courte de ce billet - qui vise à permettre une argumentation plus directe et efficace - a été publiée ici.

Notes

  • [1] Centre Hubertine Auclert, 2013, Les manuels de français se conjuguent au masculin : la représentation des femmes dans les manuels de français de seconde, pp. 13-14. Disponible en ligne <https://m.centre-hubertine-auclert.fr/outil/la-representation-des-femmes-dans-les-manuels-scolaires-de-francais-etude>
  • [2] Perret J-B., 2003, « L’approche française du genre en publicité : Bilan critique et pistes de renouvellement », Réseaux, vol. 2003/4 n°120, par. 28. Disponible en ligne <https://www.cairn.info/revue-reseaux1-2003-4-page-147.htm>. 
  • [3]  OCDE, Résultats de l’enquête PISA 2015 – Note par pays (France), pp. 6-7. Disponible en ligne < https://www.oecd.org/pisa/PISA-2015-France-FRA.pdf>
  • [4] Thinus-Blanc C., 2011, Genre et Sciences : l’impact des stéréotypes, p.5. Disponible en ligne < http://www.cnrs.fr/mpdf/IMG/pdf/catherine_thinus_blanc_7_juin_2011.pdf>

Bibliographie

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  • Arc S., et Testard-Vaillant P., 2010, Le long chemin vers l’égalité, Supplément du journal du CNRS n° 242, mars 2010. Disponible en ligne <https://www.cnrs.fr/mpdf/IMG/pdf/tap_genre.pdf>
  • Bian L., Leslie S-J., Cimpian A., 2017, Gender stereotypes about intellectual ability emerge early and influence children’s interests, Science, 27 Jan 2017, vol. 355 n°6323, pp. 389-391.
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  • Centre Hubertine Auclert, 2015, Manuels de lecture du CP : et si on apprenait l’égalité ? Etude des représentations sexuées et sexistes dans les Manuels de lecture du CP. Disponible en ligne <https://www.centre-hubertine-auclert.fr/outil/manuels-de-lecture-du-cp-et-si-on-apprenait-l-egalite-etude-des-representations-sexuees-et>
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  • Vidal C., 2011, Le Cerveau a-t-il un sexe ?, Conférence TedxParis 2011 (Filmé à l'Espace Pierre Cardin le 15 janvier 2011). Disponible en ligne <http://www.tedxparis.com/catherine-vidal-le-cerveau-a-t-il-un-sexe/>
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