L'economie guyanaise

A l'heure où Macron quitte la Guyane, et après ses propos polémiques laissant entendre que la Guyane vit de l'assistanat de la France, il nous a semblé important de republier cette étude sur l'économie guyanaise dans son intégralité, permettant de comprendre en quoi fondamentalement la Guyane est une colonie de la France.

Dossier sur l'économie guyanaise 1/5

Nous vous proposons une analyse de la structure économique de Guyane. Nous nous baserons sur un recensement significatif des entreprises présentes en Guyane, afin de conclure sur l'état colonial de la structure économique guyanaise.

De tout temps, le pouvoir économique entretient des liens étroits avec le pouvoir politique. Nombre de mesures politiques servent ainsi des intérêts particuliers de quelques uns contre l'intérêt général du plus grand nombre. Connaître la réalité du terrain économique permet donc d'apprécier plus finement les réalités du pouvoir politique. C'est ce que nous allons tenter de faire dans ce dossier.

Depuis un peu plus de 30 ans, le tissu économique guyanais se densifie, chaque année voyant l'installation de nouvelles enseignes sur le territoire. La diversité de ces enseignes donne l'illusion d'une mondialisation économique multipolaire où de très nombreux acteurs capitalistes viendraient prendre leur part du gâteau dans notre pays. Cependant, lorsque que l'on étudie de près les acteurs économiques présents en Guyane, on s’aperçoit que tout repose sur une poignée de familles françaises et antillaises !

Nous vous livrons ici notre enquête sur la réalité économique de la Guyane. Nous découvrirons ensemble les monopôles économiques des Antilles qui existent particulièrement au sein de l’approvisionnement et la distribution des biens de consommation. Nous verrons ensuite la domination du marché des matières premières et du BTP par de grandes multinationales, la plupart françaises. Enfin, nous nous pencherons sur les plus grandes entreprises guyanaises définies selon le classement des 300 plus grandes entreprises des outres-mer. Nous conclurons cette étude en constatant que l'économie guyanaise demeure une économie coloniale.

 

JE MANGE BEKE, TU MANGES BEKE, IL ET ELLE MANGE BEKE... 2/5

Voyons dans ce premier volet de notre enquête, les monopôles économiques des Antilles qui existent particulièrement au sein de l’approvisionnement et la distribution des biens de consommation en Guyane

Les biens de consommation regroupent toutes marchandises nécessaires au quotidien (alimentation, électroménager, transports individuels...). Dans ce secteur, l'approvisionnement et la distribution sont outrageusement détenus par une poignée de familles antillaises. Deux leviers économiques sont utilisés : la détention d'entreprises d'import/export et la mise en place d'accords commerciaux que l'on appelle « Franchise ».

L'immense majorité des enseignes présentes en Guyane n'est pas exploitée par le groupe industriel originel. Par exemple, l'enseigne Renault en Guyane, n'est pas exploité par Renault mais par le Groupe Bernard Hayot, qui a passé un accord commercial avec Renault pour avoir l'exclusivité de l'exploitation de l'enseigne dans les Antilles et en Guyane. On appelle cela une « Franchise ». L'avantage de la franchise pour l'enseigne (franchiseur) est de ne pas débourser de fonds pour s'installer dans les divers territoires, et l'avantage pour les exploitants (franchisé) est d'utiliser la renommé de l'enseigne pour faire du profit !

Nous vous proposons donc ce petit état des lieux, qui bien que très parlant, n'est pas exhaustif.

Voyons pour commencer, les intérêts des familles de békés, ces riches familles de « blancs créoles » martiniquais descendant des colons européens :

Le Groupe Bernard Hayot (GBH) dirigé par Bernard Hayot, béké martiniquais, 115ème fortune française avec 275 millions d'euros, est présent en Guyane par le biais de multiples entreprises. Il est propriétaire du Carrefour zone Collery, en face duquel il projette l'ouverture d'un Décathlon. Il possède quatre enseignes Guyane Automobile avec l'exclusivité des marques Renault, Nissan, Kia, Mitsubishi et Jeep. Il détient également Maxauto et Autorama dans lesquels il exploite entre autres la marque Michelin. De plus, il détient la Société Guyanaise de Pneumatique (SOGUP). Il détient aussi Matoubam avec System Lease spécialisé dans la location de véhicules de longue durée. Ce groupe détient également Bamyrag qui importe les marques : Lu, Mac Cormik (Ducros, Vahine, Petit navire, Tipiak, Twinning ), du Groupe Mars (Confiserie, Petfood, Food), Pepsico (Pepsi-cola, Gatorade, Tropicana...), Nivea et Hansaplast, Lesieur, du groupe Unilever (Knoor, Alsa, Maizena), Kellog’s, Maison du cafe, Lindt, Sagittaire, Pain de mie Harrys, Corrine de Farme, Eau Ecarlate, Nutrition & sante et Duracell. GBH est également propriétaire de Iguabam qui gère les 5 magasins Yves Rocher de Guyane, ainsi que de Bamapok qui exploite l'enseigne Brioche Dorée. Le groupe commence à investir dans les matières premières avec son groupe Distrisol qui fabrique et distribue de l'électricité ou encore avec le groupe Bamyrag Petrole qui achemine le pétrole vers les stations Total et qui est chargé de renouveler le parc des pompes à essence en favorisant « l'autodistribution ». Enfin, GHB détient des parts du groupe Total Caraïbes suite à la fusion avec son réseau Elf.

Le Groupe Huyghues Despointes dirigé par la famille du même nom, békés martiniquais qui ont défrayé la chronique en 2008, lorsque le patriarche avait fait scandale en déclarant à la télévision « Dans les familles métissées, les enfants sont de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous, on a voulu préserver la race. » Famille classée 250ème fortune de France avec 130 millions d'euros. Ce groupe est présent en Guyane par le biais du groupe SAFO qui exploite les enseignes Carrefour Market, Promocash, Promodes, 8 à huit, Proxi. Le groupe détient également la grande plate forme réfrigérée Guyane Glace.

Le Groupe Fabre-Domergue, dirigé par la famille de békés Fabre, classée 150ème fortune de France avec 300 millions d'euros. Ce groupe est présent en Guyane avec Point Bois et Sapro. Il sont également présents dans la grande distribution avec quatre Leader Price en Guyane et dans l'intérim avec Randstad. Ce groupe est présent dans le transport et l'acheminement et détient un entrepôt de 3000m² en Guyane.

Le Groupe De Gentile, dirigé par la famille de békés du même nom, possède les enseignes Bricocéram et Azurel ainsi que l'agence immobilière Klécia.

La Famile De Reynal De Saint Michel, famille de békés martiniquais détient l'entreprise Pneu Direct en Guyane et également les jardineries Coin Vert. Cette famille détient également le Groupement des Importateur des Matériaux de Guyane (GIMAG).

 La famille De Jaham, békés martiniquais, est présente en Guyane via l'entreprise Papeco Guyane et Papecollery.

 La famille Dormoy, békés martiniquais, est présente en Guyane via l'entreprise Aluver Guyane, Soprodig, Prochimie Industrie. Elle est propriétaire des marques Doudou, Tropic Force, Madinet, Tropic Auto et détient la franchise des marques Mir, Rex, Lotus, Okay et Lacroix.

 

Voyons maintenant, les intérêt économiques de riches familles antillaises qui ne sont pas des békés:

 Bernard Boulanger, ancien collaborateur de Despointes, issu d'une riche famille martiniquaise a racheté à la famille Huygues Despointes les droits pour créer la SOLAM après le drame de Cabassou (l'usine avait été détruite par effondrement du mont Cabassou faisant 10 morts). Cette usine produit les yaourts Yoplait, Layo et les jus Caresse Guyanaise. De plus, il détient l'enseigne Délices de Guyane.

 Le Groupe HO HIO HEN, qui a fait fortune dans les années 50 en Martinique, classé 229ème fortune de France avec 200 millions d'euros, possède le magasin Géant et l'enseigne de pièces détachés Ho Hio Hen Automobile. Ce groupe détient également les enseignes de proximité Ecomax. Ce groupe est propriétaire de l'entreprise Multigros qui fait de l'import/export de marchandise.

Le Groupe CAFOM (Centrale d'Achat Française pour l'Outre Mer), dirigé par ses trois fondateurs, Hervé Giaoui, Luc Wormser et André Saada qui ont fait fortune en Guadeloupe dans les années 70, est présent en Guyane sous les marques BUT, DARTY, Musique et Son et anciennement Conforama. Ce groupe a racheté le groupe Habitat et est propriétaire foncier du Familly Plazza. On retrouve également les trois dirigeants dans de nombreuses entreprises immobilières en Guyane notamment via le Groupe Financière Caraïbes. Ils sont propriétaires de plusieurs sites commerciaux dans la zone Collery (Logis Tendance...) et également de la zone commerciale de Katoury.

Le Groupe Elize de la famille martiniquaise du même nom, est présent de longue date en Guyane avec le cinéma Eldorado. Il exploite le cinéma AGORA ainsi que le snack Elize contiguë.

 Le Groupe Monplaisir, du nom d'une famille Sainte Lucienne installée de longue date en Martinique, propriétaire du Groupe SEEN qui détient Guyane Recyclage. Ce groupe fournit en partenariat avec Servair la restauration dans les avions

 La famille martiniquaise Ankry Avi détient quant à elle l'entreprise City Import propriétaire de l'Univers du Pneu

 Le Groupe Loret, dirigé par la famille guadeloupéenne du même nom, est présent via Somasco qui détient l'entreprise Somuva exploitant les marques Citroën et IVECO, et Masselco qui exploite la marque Peugeot et DS. Ce groupe est présent également avec la SACI entreprise de pièces détachées. Il est présent sur le marché des locations de véhicules avec CGFF, SALVA et Soguloc qui exploite les enseignes Hertz et Thrifty.

 La Famille Gothland, ancien patron du MEDEF Guadeloupe, qui a fait sa fortune en Guadeloupe dans les années 70 avec son enseigne La Palette. Cette famille détient en Guyane La Palette et Weldom.

 La Famille Blandin, actuel président du MEDEF Guadeloupe, est propriétaire du magasin d'électricité Blandin en Guyane.

 

Comme nous venons de le voir, les dépenses du quotidien des guyanais vont directement dans la poche de grandes familles antillaises. Au delà de la main mise de ces grands patrons sur notre économie, nous devons nous interroger sur les choix politiques qui favorisent ce monopôle. Ainsi, le faible développement des transports en commun et la politique du « tout voiture » en Guyane, ne vont-ils pas dans le sens économique des békés qui détiennent en grande partie le marché de l'automobile ?

De plus, le financement de la Collectivité Territoriale de Guyane via l’Octroi de Mer (impôt indirect appliqué sur les importations), ne favorise t-il pas le maintient des importations au détriment du développement d'industries locales ? En effet, pourquoi tuer la poule aux œuf d'or ? L'octroi de Mer représente une manne économique bien plus juteuse pour nos politiques que celle que pourrait apporter l'installation d'industries en Guyane.

Enfin, le fait de laisser l'économie de la Guyane et des Caraïbes aux grandes familles descendantes de colons n'est-elle pas un moyen pour l'Etat français de s'assurer de la stabilité de ces colonies ? N'oublions pas l'épisode de la première abolition de l'esclavage en 1794, lorsque contrainte par la révolte des esclaves de Saint Domingue, la France avait dû abolir l'esclavage pour éviter de perdre ses colonies. Souvenons-nous des békés de l'époque qui n'avaient pas hésité à chasser le gouverneur français de Martinique pour se mettre sous la protection anglaise afin de maintenir l'esclavage. La France a retenue la leçon et sait que satisfaire les grandes familles antillaises dans leur soif de profit, c'est s'assurer la fidélité des colonies !

 

LES GRANDES MULTINATIONALES FRANÇAISES A LA MANŒUVRE DANS LE MARCHE DES MATIÈRES PREMIÈRES ET DE LA CONSTRUCTION 3/5

 

Voyons dans ce deuxième volet la domination du marché guyanais des matières premières et du BTP par de grandes multinationales la plupart d'entre elles étant françaises.

L'exploitation des matières premières et la réalisation de grands chantiers du BTP nécessitent des investissements importants, c'est probablement pour cela que nous retrouvons prioritairement de grandes multinationales du CAC 40 dans ce domaine.

Voici un petit aperçu :

Le Groupe Bouygues, dirigé par Martin Bouygues, 24ème fortune de France, est présent en Guyane par le biais de sa filiale Colas Martinique dirigé par Pierre Majoral. Cette filiale détient en Guyane : Ribal TP, Megabloc, Soc de Travaux en Guyane, Société des Carrières de Cabassou, Bitume Emulsion Guyanaise. On notera certains liens entre des grandes multinationales françaises et des békés martiniquais, avec par exemple Pierre Majoral qui est associé à la famille De Reynal De Saint Michel pour l'exploitation d'une carrière en Martinique.

Le Groupe Eiffage, grande multinationale, troisième groupe français du BTP est présent avec les deux entreprises Eiffage Guyane, ainsi qu'avec DLE outre mer.

Le Groupe Vinci, grande multinationale, un des leader mondial du BTP est présent en Guyane avec les entreprises : Nofrayane, CIE, Cogit, CBCI, Sogea Guyane. Également avec sa filiale d'Eurovia, Caraib-Moter Travaux Guyane. Ce groupe est également présent via sa filiale Vinci Energie avec 7 enseignes Cegelec ainsi que Telematic Solution Guyane et Vinci Facilities Guyane.

Le Groupe RUBIS, basé en France, dont les actionnaires fixes principaux sont Dassault (6ème fortune de France) et Piccioto (61ème fortune de France), détient la majeure partie de la SARA et de la Raffinerie de Fort De France après le rachat des parts de Total Caraïbes. Ce groupe détient également tout le réseau VITO et anciennement Texaco sauf quatre stations services, ainsi que la GPAR qui avitaille les avions.

Le Groupe Bolloré, 11ème fortune de France, est présent avec les agences Havas Voyages en Guyane. Il est également présent avec SDV (Bolloré Logistique)

La Groupe Suez est présent via sa filiale la Lyonaise des Eaux qui est propriétaire de la Société Guyanaise Des Eaux (SGDE) unique exploitant de l'eau en Guyane

La société Auplata groupe français, dirigé par Jean François Fourt. Cette entreprise est typiquement une entreprise impérialiste entretenant des lien étroit, notamment par le biais de son PDG, avec les entreprises française exploitant les richesses des anciennes colonies françaises1. Auplata exploite 7 sites d'orpaillage légal en Guyane. C'est le plus gros exploitant minier de Guyane coté en bourse avec un chiffre d'affaire de plus de 15,5 millions d'euros !

La société Arianespace, qui commercialise et exploite le système de lancement du Centre Spatial Guyanais (CSG). C'est le premier opérateur spatial privé. Il s'agit d'une multinationale à capitaux majoritairement français. Jusqu'en 2015, le plus grand actionnaire avec 34% du capital restait le CNES ! M. Valls a annoncé dernièrement le rachat des parts du CNES par Airbus Safran Launchers né de la fusion des deux grandes multinationales françaises Airbus et Safran, également détenues majoritairement par l'Etat français.

La société Regulus, qui exploite l'usine de Propergol de Kourou est une filiale de Avio (multinationale d'origine italienne dont le principal actionnaire est à ce jour Général Electrics) et Safran (multinationale française). Cette usine est classée Seveso, du nom de l'usine italienne qui avait explosé en 1976 et touché 193 personnes, ce qui signifie qu'elle contient des matières dangereuses pouvant exploser. C'est effectivement le cas du Propergol qui est le carburant de la fusée Ariane !

Air Liquide, multinationale du CAC40, leader mondial des gaz industriels, fait partie des grandes entreprises intervenant dans le CSG. Air Liquide gère une usine de production d'air liquide en Guyane et gère également l'approvisionnement en gaz médicaux des hôpitaux de Guyane.

Le groupe Safran est présent en Guyane, aux travers de nombreuses entreprises qui interviennent au CSG. Copropriétaire de Régulus, d'Europropulsion et propriétaire de la Snecma. Actionnaire majoritaire d'Arianespace. Le groupe Safran fait partie du CAC40 et son actionnaire principal est l'Etat français.

Le groupe Airbus est lui présent via Airbus Defense and Space, filiale d'EADS propriété du groupe Airbus. Cette multinationale d'origine française voit son capital partagé entre la France, l'Allemagne et, en moindre mesure, l'Espagne. Le groupe Lagardère fait partie des fondateurs d'EADS.

Le Centre National d'Etudes Spatiales (CNES), est un établissement public à caractère industriel. Il élabore le programme spatial français. Le CNES détenait les parts majoritaires d'Arianespace jusqu'en 2015. Il est également propriétaire à hauteur de 40% de la Société Immobilière de Kourou (SIMKO) qui gère le parc HLM de la ville.

 

D'autres grands groupes français sont présents dans l'économie guyanaise dans d'autres domaines tel que la presse, l'import/export ou le tertiaire :

Le Groupe Hersant, fondé par Robert Hersant, condamné en 1946 à 10 ans de prison pour avoir fondé une milice néonazie pendant la seconde guerre mondiale. Ce groupe a connu une hégémonie sur les médias français qui s'est effritée depuis la vente de grands titres comme Le Figaro ou l'Express. Aujourd'hui ce groupe détient en Guyane les titres France Guyane, Créola, Paru Vendu, ainsi que Nostalgie. La station Trace FMque ce groupe a fondée, a été revendue en 2014 à Trace TV.

Le Groupe Comte-Serres, basé en Franc, exploite Sud Motors avec l'exclusivité sur les marques Volkswagen, Audi, Suzuki, Hyundai et Seat. Ce groupe détient également l'enseigne Pneu Cash

Les familles Coisnes et Lambert, propriétaires de la SONEPAR, leader mondial de matériel électrique, détiennent en Guyane la Guyanaise de Distribution.

 Notons également quelques aberrations telle que celle concernant Renaud Mortemard de Boisse propriétaire de la SIDEG qui importe du vin, du champagne et du tabac. Ce patron, s'est vu attribuer il y a quelques années le poste de Président de la Caisse Générale de Sécurité Sociale de Guyane (CGSS) !! Rappelons que contrairement aux Caisses Primaires d'Assurance Maladie (CPAM) en France, la CGSS regroupe toutes les activités de sécurité sociale en dehors de la branche famille, soit, les branches Santé, Vieillesse, Travailleur agricole et Accident du travail. La CGSS a un rôle important dans la prévention sanitaire en Guyane. Imaginez alors son Président devant faire de la prévention auprès des guyanais contre la surconsommation d'alcool ou de tabac alors que c'est lui qui leur fournit ! Cela ressemble clairement à un conflit d’intérêts qui n'a pas l'air de choquer grand monde dans les instances de contrôle de l'Etat !

 Enfin, notons la présence de multinationales qui ne sont pas basées en France :

Le Groupe SOL Petroleum, basé à la Barbade, détient un tiers des actions de la SARA et de la Raffinerie de Fort de France. Il détient également le réseau de stations services du même nom.

Le Groupe ARGOS, implanté en Colombie, est propriétaire de l'entreprise Ciment Guyanais qu'il a racheté dernièrement au Groupe Lafarge.

Le Groupe PPG, grande multinationale étasunienne de la chimie, exploite en Guyane les marques : Seigneurerie, Bondex, Peinture Gauthier, Xylophéne, Décapex, Rippolin...

Le Groupe Arcos Dorados, principal franchisé mondial de Mac Donald, est présent en Guyane avec deux établissements.

Terminons par la particularité de Toyota qui a racheté en 2012 la CFAO, anciennement Compagnie Française de l'Afrique Occidentale, devenant ainsi propriétaire des quatre établissements Nouveau Comptoir Caraïbes d'Import Export (NCCIE) qui distribue les marques : Toyota, Opel, Ford et Dahiatsu. Ce groupe détient également Eurapharma, distributeur des produits pharmaceutiques sur toute la Guyane.

 

On constate donc que la Guyane est malgré tout bien implantée dans le réseau mondial des grandes puissances capitalistes qui récoltent des profits extravagants à l'échelle de la planète, là encore pour le profit de quelques grands actionnaires qui constituent le gratin de la bourgeoisie mondiale.

 

UNE BOURGEOISIE GUYANAISE QUI PENNE A PERCER. 4/5

 

Penchons nous dans ce troisième volet, sur les plus grandes entreprises guyanaises définies selon le classement des 300 plus grandes entreprises des outres-mer.

Au vu des articles précédents on peut se demander à juste titre quelle est la part d'économie restante pour les entreprises guyanaises ?

La bourgeoisie guyanaise n'a pas la même histoire que celle des Antilles. En effet, contrairement à la Martinique, les colons ont rapidement fui la Guyane après l'abolition de l'esclavage de 1848. A peine 25 ans après l'abolition, plus aucune habitation ne fonctionnait et les riches colons avaient quitté le pays. Il fallut donc attendre la ruée vers l'or, puis l'arrivée de commerçants du Moyen Orient et d'Asie pour voir se développer une nouvelle bourgeoisie guyanaise. Dans les années qui suivirent la départementalisation, la puissance économique de cette petite bourgeoisie était beaucoup trop faible pour rivaliser avec les grandes familles antillaises qui sont venues se partager le gâteau guyanais. Aujourd'hui, même si la bourgeoisie guyanaise s'est nettement enrichie2, notamment par le jeu de la spéculation immobilière qui a vu des terrains familiaux être revendus plus de 10 fois leurs prix d'achat, elle reste encore loin de pouvoir rivaliser avec les groupes économiques antillais ou français.

C'est ce que nous allons voir dans l'étude du classement des 300 plus grosses entreprises d'Outre Mer qui ont un chiffre d'affaire (CA) annuel supérieur à 10 millions d'euros.

Ce classement est dominé par des grandes entreprises comme la rafinerie SARA (près d'un milliards d'euros de CA) ou Air Caraïbes (350 millions d'euros de CA), ainsi qu'un nombre non négligeable d'entreprises réunionnaises telle que Vindemia propriété de Casino (680 millions d'euros de CA), ou la compagnie aérienne Air Austral (380 millions d'euros de CA). Dans le Top 20 de ce classement on retrouve 5 entreprises basées en Martinique, 5 en Guadeloupe, 10 à la Réunion et 0 en Guyane ! Pour les Antilles on retrouve en plus de la SARA et de Air Caraïbes, la Société Pharmaceutique Antillaise (207M), Total Guadeloupe (192M), l'Union des Producteurs de bananes de Martinique (170M), Digicel Antilles Guyane (155M), Canal satellite Caraïbes (144M), Union des groupements de producteur de bananes de Guadeloupe (116M) ou encore LP Guadeloupe (115M).

La première entreprise guyanaise se retrouve à la 49ème position, il s'agit de l'enseigne HSM (HO Shiang Ming, 51 millions de CA) importateur de vin et grossiste alimentaire dirigé par HO Cho Shu. Sur les 300 plus grandes entreprises des Outres-mer, 40 sont basées en Guyane, soit 13%. Seulement, lorsque l'on regarde de près ces 40 entreprises, on s’aperçoit qu'une majorité sont des filiales de grands groupes antillais ou français. Ainsi, sur ces 40 entreprises immatriculées en Guyane, seulement 16 ne sont pas affiliées à d'autres groupes économiques ! Voici les 16 plus grandes entreprises de Guyane en terme de chiffre d'affaire :

    • HSM, Groupe Ho, 51 Millions d'euros de CA

    • Société Immobilière de Kourou, SIMKO, détenue à 40% par le CNES, 45 Millions d'euros de CA

    • Société Immobilière de Guyane, SIGUY, 43 Millions d'euros de CA

    • N DIS, Groupe NG Kon Tia, 27 Millions d'euros de CA

    • NG Kon Tia, 21 Millions d'euros de CA

    • HLM Guyane, 19 Millions d'euros de CA

    • DMC SAS (SEFITEC, JM services, JM transports, JM Invest, JM Finances) construction de BTP, dirigée par Didier Magnan, 16 Millions d'euros de CA

    • Mach deal Matériel et Equipement, dirigée par Carole Ostorero, 15,5 Millions d'euros de CA

    • PROPADIS, Groupe Ho, ancien réseau de distribution de CORA, 14 Millions d'euros de CA

    • AVENIR SAS, Super U Cayenne, Groupe NG Kon Tia, 13,5 Millions d'euros de CA

    • Groupe Louison Construction, construction de BTP, 13 Millions d'euros de CA. Mis en liquidation judiciaire le 09/12/2015

    • Société SODIS Chrismay, commerce de gros inter-entreprise, dirigé par Frank Talendier, 13,5 Millions d'euros de CA

    • DARJANI (Megabriel), groupe Gabriel, dirigée par François Badawi El Darjani, spécialisée dans le commerce d'ameublement et électroménager, 11 Millions d'euros de CA

    • Ets Henry Le Gac, dirigée par Jean Marie Le Gac, spécialisée dans la distribution de matériaux de construction, 11 Millions d'euros de CA

    • Station service Texaco, dirigée par Joseph Chemaly, 10,5 Millions d'euros de CA

    • Antoine Abchee et Fils, qui détient la pêcherie, 10 Millions d'euros de CA.

 

On constate donc que peu d'entreprises guyanaises ont un chiffe d'affaire conséquent de plus de 10 millions d'euros.

Cependant, une partie de la bourgeoisie guyanaise détient de multiples sociétés, dont le chiffre d'affaire cumulé dépasse largement les 10 millions d'euros, on citera par exemple :

 la famille Ostorero (Mach Deal, Machloc, Mecadeal, Guyane Metal, Compagnie miniére espérence, Société des Mines de Saint Elie, Elicojyp, Ez Space, Enzoil, Jypco),

 La famille Abchée, (Guyane Auto Center, Soc de l'hotel du Fleuve, Soc Guyanaise de conseils immobiliers, Guyane Aero service, Start Oil SARL, SNC de la pointe Combi, APIC, Atlas Voyage, Air Amazonie, SAS Groupe RJA, Pêcherie, Eurauto),

 la famile NG Kon Tia (N DIS, NG Kon Tia, Super U Cayenne),

 la famille Ho (HSM, Propadis, Guyane Protection, HSM Transport, Avanciel, Solargy, ),

 La famille Rialland, (Guyane Location Service, Prestation Levage Sécurité, Amazone Loc, SR 2G, EURL Construction Modulaire Industriel, Transport GLS, SLM et VMI),

 André Gallay, (Milles Pattes, Boeuf dans le jardin, Hotel la Chaumière, Hotel La Marmotte, Kourou Bowling Loisir, Global Overseas Trading, Assist Maintenance Informatique Guyane, Le Tournesol),

 La Famille Ho Tam Chay, (centre comerciale Montjoly 2, La Fonciére Caraïbes, HCH Holding, 3 HO, Le Clos de la Madeleine),

 La famille Gabriel (Société d'exploitation hotelière Gabriel « Hotel Amazonia », Logirama, Confort habitat, Tam Tam Bar).

 

La bourgeoisie Guyanaise est clairement moins puissante que ses homologues antillais, on est loin des 2 milliards de chiffre d'affaires revendiqués par Hayot, mais elle a malgré tout réussi à s'insérer dans les interstices du système sans s'y imposer comme leader.

 Le poids des entreprises guyanaises dans le PIB reste inconnu. Les données accessibles ne permettent pas de savoir précisément la part de PIB qu'elles détiennent. Cependant, au vu de cette étude, il semble évident que cette part est largement minoritaire. S'il est évident que le tissus économique va continuer de se développer au fur et à mesure de l'accroissement de la population, on peut être septique quant à la diversification économique de l'offre qui se développera. En effet, nous avons montré que les réseaux d'approvisionnement et de distribution, les marchés des matières premières ou de la construction sont presque saturés par des groupes antillais ou français. Par conséquent, il est probable que la part de PIB destinée aux entreprises guyanaises reste dans les mêmes proportions.

 

L’ÉCONOMIE GUYANAISE, UNE ÉCONOMIE COLONIALE CLASSIQUE 5/5

 

Concluons ce dossier avec une analyse des données présentées précédemment ce qui nous permettra de comprendre comment l'économie guyanaise demeure une économie coloniale.

L'économie coloniale se définit selon deux grands principes :

  • l'exploitation des richesses de la colonie au profit de la métropole « Coloniser, c'est se mettre en rapport avec des pays neufs, pour profiter des ressources de toute nature de ces pays, les mettre en valeur dans l'intérêt national... »

                   Merignhac, Précis de législation et d'économie coloniales, 1882. ,

  •  organiser un monopole du marché de consommation au profit des grandes entreprises métropolitaines. « Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. »

                 Jules Ferry, Discours devant la Chambre des députés, 29 juillet 1885.

Rappelons la définition du terme métropole selon le dictionnaire Larousse : « Etat considéré par rapport à ses colonies, à ses territoires extérieurs ». Il n'y a donc pas de métropole sans colonie !

 Selon le Compte Économique Rapide pour l'Outre-Mer (CEROM), le Produit Intérieur Brut (PIB) de la Guyane en 2014 avoisine les 4 milliards d'euros, en hausse de 4%, alors que le PIB de la France décroit parallèlement de 0,2%. Cela nous montre que la Guyane est une région attractive économiquement, ayant les caractéristiques d'un pays en voie de développement. Cependant, selon le CEROM, cette croissance du PIB est liée principalement à l'activité spatiale, bien que la consommation des ménages et des administrations « qui constitue les moteurs traditionnel de l'économie » reste en hausse. La « consommation des ménages » recouvre toutes les activités d'achat de biens de consommation détenus, comme nous l'avons vu précédemment, par les békés martiniquais. La « consommation des administrations » concerne tous les grands travaux de voirie, de logements, etc., qui sont aux mains des grands groupes capitalistes du CAC 40 comme nous l'a enseigné notre étude.

 Si l'on se base sur les fruits de notre étude, nous nous apercevons que le marché d'import des biens de consommation est aux mains des békés martiniquais par le biais de deux outils, la propriété des entreprises d'Import/Export, ainsi que le système des « franchises » sur les biens de consommation. Rappelons que ces franchises sont des accords commerciaux avec les grandes marques. Le recensement des franchises détenues par les békés martiniquais nous permet de constater que les marques (franchiseurs) sont majoritairement des enseignes françaises, soit de biens de consommation (Renault, Peugeot, Lu, Yoplait...), soit de réseaux de distribution (Carrefour, Géant, 8 à huit, concession Renault...). Ainsi, bien que les békés récupèrent une partie de la manne financière, les grands gagnants restent les groupes économiques du CAC40, les békés n'ayant qu'un rôle d'intermédiaire ! De plus, comme nous l'avons vu, le marché du BTP et des matières premières sont entre les mains des grandes multinationales très majoritairement françaises. Si l'on ajoute à cela le monopole financier des banques françaises, on peut considérer que les grandes entreprises métropolitaines détiennent un monopole économique en Guyane.

 L'autre condition pour considérer l'économie guyanaise comme une économie coloniale réside dans l’accaparement de nos richesses par les entreprises métropolitaines. Selon le CEROM, les exportations sont en hausse de 5,5%, là encore dopées par le spatial. Les richesses du pays Guyane peuvent se classer en trois catégories :

    •  Les matières premières (pétrole, or, minerais...)
    • Une position géographique stratégique proche de l'équateur, sans risques sismiques ou cycloniques, qui permet les lancements spatiaux

    • La forêt amazonienne qui recouvre 95% de notre territoire, source de forts potentiels économiques en lien avec la diversité de sa faune et de sa flore (exploitation sylvestre, brevet chimiques...)

 Concernant l'exploitation des matières premières, l'or est majoritairement extrait par l'entreprise française Auplata, le pétrole fait l'objet de prospection notamment par l'entreprise du CAC40 Total, quant aux minerais ils ne sont pour le moment pas exploités.

 Le lancement spatial est probablement la richesse la plus exploitée de notre pays. Comme nous l'avons vu précédemment, les grands acteurs économiques qui récoltent les profits de cette exploitation sont tous liés aux grands groupes capitalistes français, dont la particularité est que l'actionnaire majoritaire est l'Etat français.

 Enfin, la forêt amazonienne est encore faiblement exploitée en Guyane. Cependant, la dépose d'un brevet sur le couachi par l'IRD dernièrement doit nous alerter sur une nouvelle dynamique de l'Etat français, cela d'autant que plus de 90% du territoire lui appartient !

On peut aisément en conclure que les richesses de la Guyane sont très largement accaparées par les entreprises françaises et l'Etat français lui même

 

Au vu de cet exposé, ils est évident que l'économie guyanaise est bien une économie coloniale de type assez classique, utilisant la bourgeoisie antillaise comme intermédiaire. Devant cet état de fait, nous devons militer pour un changement radical de gouvernance de notre pays, ce qui nous permettrait d'envisager une restructuration économique en profondeur, qui ne se baserait plus sur l'exploitation du plus grand nombre pour l'accumulation des richesses par quelques uns. De plus, la souveraineté nationale nous permettrait de créer des sociétés nationales, gérées par les travailleurs, qui exploiteraient les minéraux, le bois ou le spatial pour le profit de la Guyane. En attendant, nous continuons de voir l'équivalent de notre PIB partir en fumée lors des décollages de la fusée ne nous laissant retomber que des morceaux de carcasse en attendant la prochaine explosion ! Nous continuons de voir des grandes sociétés telle que Auplata, venir piller notre or sans nous en laissez la moindre miette. Cette liste de pillage pourrait continuer longtemps, mais nous préférons laisser la parole à Edouardo Galeano dans son fameux ouvrage « les veines ouvertes de l'Amérique Latine », qui écrit : « L'Amérique latine est le continent des veines ouvertes. Depuis la découverte jusqu'à nos jours, tout s'y est toujours transformé en capital européen ou, plus tard, nord américain. […] Les modes de productions et les structures sociales de chaque pays ont été successivement déterminés de l’extérieur en vue de leur incorporation à l'engrenage universel du capitalisme. A chacun a été assignée une fonction, toujours au bénéfice du développement de la métropole étrangère prépondérante, et la chaîne des dépendances successives est devenue infinie, […] en particulier, à l'intérieur de l'Amérique latine, l’oppression des petits pays par leurs voisins plus puissants […] Notre richesse a toujours engendré notre pauvreté pour alimenter la prospérité des empires et des gardes-chiourme autochtones à leur solde ».

 A nous donc, la communauté de destin, de nous donner les moyens pour récupérer nos richesses et écrire l'histoire de notre péyi Lagwiyann !

 

 

1https://blogs.mediapart.fr/adrien-guilleau/blog/300317/auplata-une-entreprise-imperialiste-francaise

2https://blogs.mediapart.fr/adrien-guilleau/blog/130117/la-guyane-le-plus-inegalitaire-des-territoires-francais

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.