Plan pauvreté : priorité accordée à l’éducation mais les moyens manquent

Emmanuel Macron a annoncé un plan pauvreté d’envergure, faisant notamment de l’éducation un pilier d’action pour enrayer le cercle vicieux de la pauvreté. Si certaines mesures vont dans le bon sens, les 8 milliards d’euros annoncés sur 4 ans seront loin de suffire pour éradiquer une pauvreté bien installée depuis plusieurs générations.

Depuis une semaine, les chiffres de la pauvreté en France se multiplient laissant apparaître un tableau encore plus sombre qu’attendu : 11 millions de Français, selon le rapport Oxfam, seraient exposés au risque de pauvreté, soit plus que les 8.8 millions de pauvres (sous le seuil des 1026 euros par mois) comptabilisés par l’INSEE.

11 millions de Français exposés à la pauvreté

Plus d’un tiers des Français (39% soit 2 points de plus qu’en 2017) seraient confrontés à des privations multiples. Parmi lesquelles, l’alimentation : 21%, soit 1 Français sur 5, aurait du mal à se procurer une alimentation saine pour assurer 3 repas par jour.

2 familles sur 10 aurait même des difficultés à payer les frais de cantine. Autant d’éléments qui laissent craindre que le nombre d’enfants exposés à la pauvreté en France soit bien supérieur aux 3 millions estimés par l'Insee. Au-delà de la santé et de l’épanouissement de ces jeunes enfants, c’est donc leur parcours scolaire même, rappelle Aide et Action, qui est menacé par la hausse de la pauvreté et des inégalités.

L’éducation : arme anti-pauvreté

C’est dans ce contexte noir qu’Emmanuel Macron a dévoilé aujourd’hui son plan anti-pauvreté. Objectif : éviter que des jeunes nés dans la pauvreté le restent toutes leurs vie. Un véritable défi dans un pays souvent épinglé par les plus grandes organisations internationales pour son manque de mobilité sociale (voir étude Pisa 2015).

Des mesures allant dans le bon sens

Ont donc été annoncée une série de mesures consacrées en priorité à l’éducation et à l’insertion, reconnues ici comme piliers d’action pour mettre un terme aux inégalités économiques et sociales. En premier lieu, 30 000 places de crèches supplémentaires devraient être créées avant la fin du quinquennat et une enveloppe de 1.2 milliard est annoncée pour aider les communes prioritaires à accueillir davantage d’enfants et pour mieux former le personnel de la petite enfance. Une bonne mesure répondant aux préconisations de l’OCDE qui incite notamment au développement de mode de garde collectif pour les très jeunes enfants de manière à atténuer au maximum les effets néfastes des inégalités sociales. Autre mesure portant sur l’éducation : la formation sera désormais obligatoire jusqu’à 18 ans et non plus 16. Objectif : éviter le décrochage de près de 60 000 jeunes qui quittent chaque année le système éducatif sans aucun diplôme ni qualification. Les dispositifs d’insertion comme la garantie jeunes seront également renforcés. Enfin, des petits-déjeuners seront offerts aux enfants des écoles des réseaux d’éducation prioritaires les plus en difficultés ainsi qu’un accès universel à la cantine pour les enfants les plus défavorisés.

Eradiquer la pauvreté : excès d’optimisme

Le Président s’est voulu extrêmement optimiste en annonçant que ces mesures combinées à celles d’une facilitation du retour à l’emploi pour les personnes les plus pauvres permettraient à la France d’éradiquer la grande pauvreté «à hauteur d'une génération ». Un bel optimisme en effet au vu du coût réel du plan anti-pauvreté ! Au total, celui-ci s’élève sur 4 ans à 8 milliards d’euros, dont une grande partie n’est qu’un simple redéploiement de fonds. De nombreux internautes n’ont pas manqué de souligner que le plan pauvreté ne pesait pas lourd face à la suppression de l'ISF et à la mise en place de la flat tax , estimés à plus de 5 Milliards d'€ par an.

8 milliards d’euros sur 4 ans : loin de suffire

Si Aide et Action se réjouit de voir l’éducation enfin reconnue arme d’envergure contre la pauvreté et si les mesures proposées semblent aller dans le bon sens, il est certain qu’il faudra beaucoup plus que quelques petits déjeuner pour éradiquer sensiblement la pauvreté dans l’Hexagone. Nous regrettons l’absence de vision globale ou de stratégie sur le long-terme et l’impression de mesures ponctuelles saupoudrées ici et là pour faire face à un véritable fléau. Les crèches et la formation des 16 -18 ans sont abordés mais quid de l’école primaire, des collèges, des lycées ou encore des enseignements supérieurs où la mixité sociale est de plus en plus absente et où le poids des inégalités empêchent bon nombre de jeunes de sortir de leur milieu social d’origine ?

Il manque une vision globale et une stratégie sur le long terme

La France compte près de 3 millions d’enfants pauvres (selon l’Insee), qui méritent et nécessitent un accompagnement tout au long du parcours scolaire par des travailleurs sociaux, des psychologues et des enseignants correctement formés, disposant des moyens humains et financiers adéquats pour leur apporter une aide efficace. Par ailleurs, la France compte pour l’heure plusieurs milliers d’enfants roms, déplacés, réfugiés présents dans nos rues mais invisibles dans nos statistiques. Ces enfants, encore très largement exclus de l’école dans les faits, doivent être identifiés, accompagnés et intégrer des dispositifs d’insertion pour retrouver au plus vite le chemin de l’éducation et ne plus être sacrifiés. Croire que  cette pauvreté disparaîtra de France en une seule génération est totalement illusoire. Croire, par contre, que l’accès à un monde durable sans pauvreté se construira par une éducation de qualité accessible à tous est sans aucun doute gage de réussite.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.