Campagne officielle pour le référendum: le non-projet du «non»

En visionnant les spots de la campagne officielle, nous constatons que les partisans du «non» à l’indépendance ne basent leur campagne que sur la peur de ce qui pourrait arriver en cas d’indépendance, en maniant la langue de bois et en ne proposant aucun projet concret viable.

Lorsque l’on regarde les spots officiels de la campagne référendaire, une chose saute au yeux. Alors que les indépendantistes expliquent en détail ce que sera l’indépendance en cas de victoire du « oui » et les étapes intermédiaires pour la mise en place des nouvelles institutions, les partenaires du « non » ne font une campagne qu’en négatif, sans aucune « preuve », juste en appuyant sur les réflexes de peur[1] et sur tout ce que « perdraient » les Calédoniens en cas de « oui », tout cela de façon mensongère. Mais aucun réel projet à part la continuation du statu quo

Déjà en 2018, nous avions eu ce sentiment et bien heureusement, cela n’a pas fonctionné comme ils le pensaient puisque au lieu des 70% annoncés de « non » qui devaient enterrer définitivement toute idée d’indépendance, nous avons assisté à une défaite victorieuse du « oui » (pour l’analyse des résultats de 2018, voir sur notre blog les articles faits les 4 et 5 novembre 2018 : Un fort sentiment nationaliste pour une Kanaky-Nouvelle-Calédonie souveraine et Vote indépendantiste en progression et excellent résultat au référendum et nos articles dans le JSO 147). Comme le rappelle Victor Tutugoro dans le spot UNI du 21/09/2020 :

« Les résultats du référendum de 2018 ont confirmé une chose : l’indépendance de notre pays est désormais inéluctable. C’est le sens de l’histoire, cette histoire que nous proposons de poursuivre avec tout le monde, dans la paix et sur de nouvelles bases en votant massivement oui. Mes chers compatriotes, il faut sortir du débat indépendance/non-indépendance qui sclérose notre vie politique depuis des décennies. Il faut mettre un terme à cette instabilité institutionnelle puisque la constitution française ne nous permettra pas d’aller au-delà du statut dérogatoire et transitoire issu de l’accord de Nouméa. La prochaine étape, c’est donc l’accession à la pleine souveraineté, et ces trente dernières années ont démontré que nous sommes enfin prêts. »

Ce que confirme autrement Sako Alosio dans le spot UC-FLNKS et nationalistes du 21/09/2020 :

« en 2018, nous nous sommes mobilisés pour déjouer toutes les prédictions qui annonçaient un échec cuisant pour le camp favorable à la souveraineté de la Nouvelle-Calédonie. 43% étaient un pas important, un pas supplémentaire vers le long chemin de l’émancipation de notre pays. Par cette mobilisation, nous avons été au rendez vous de la mission que nous ont confiée les anciens, c’est-à-dire décoloniser le pays et lui permettre d’affirmer sa propre personnalité. Il faut le redire, l’accord de Nouméa n’est pas une fin en soi, c’est une étape dans le processus de décolonisation de la Nouvelle-Calédonie, un processus accepté par le peuple français en 1988 et confirmé par 72% des Calédoniens en 1998. Ensemble, nous avons fait le choix de regarder en face notre histoire difficile, faite d’ombres et de lumières, et de poser les fondations d’un pays apaisé, multiculturel, un pays que nous devons maintenant réformer pour combattre toutes les discriminations et permettre à chaque citoyen d’y trouver sa place. Au cours de notre histoire, les Kanak ont souvent démontré leur capacité d’accueil et leur volonté de construire avec les nouveaux arrivants. Il y a plus de 200 ans, avant l’arrivée des Européens, des Wallisiens et des Futuniens sont arrivés sur l’île d’Ouvéa. Ils ont été installés par les gens de l’endroit et ils y sont toujours. Moi, je vote oui pour mon pays. »

Revenons quelque peu en arrière sur l’esprit des accords signés.

L’accord de Nouméa (ADN) devait préparer à l’indépendance !

Quand on reprend des extraits de l’ADN, on peut lire :

- « un partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté » […] « La France est prête à accompagner la Nouvelle-Calédonie dans cette voie ».

- La « reconnaissance de sa souveraineté [du peuple kanak], préalable à la fondation d'une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun ».

- « une solution négociée, de nature consensuelle, pour laquelle ils appelleront ensemble les habitants de Nouvelle-Calédonie à se prononcer ».

- « Les institutions de la Nouvelle-Calédonie traduiront la nouvelle étape vers la souveraineté ».

- Les compétences régaliennes « resteront de la compétence de l’État jusqu'à la nouvelle organisation politique résultant de la consultation des populations intéressées. »

- « des Néo-Calédoniens seront formés et associés à l'exercice de responsabilités dans ces domaines, dans un souci de rééquilibrage et de préparation de cette nouvelle étape. »

- « L’État reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d'une complète émancipation ».

Ainsi, la « feuille de route » de l’ADN commandait-elle de préparer le pays, depuis 1998, pour que les politiques appellent tous ensemble la population au « oui ». Et les indépendantistes ont joué le jeu et se sont préparés via les provinces notamment et ont élaboré un projet de société pour Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Après avoir signé les accords, notamment l’ADN en 1998, certains signataires y sont maintenant opposés, dont l’État français… mais pas les Français : si l’on en croit un des sondages réalisés en 2018 (Harris France interactive pour France TV du 12 au 22 septembre 2018), 65 % des personnes interrogées en France métropolitaine estiment que ce serait une bonne ou très bonne chose que la Nouvelle-Calédonie accède à l'indépendance.

Le sens des trois consultations prévues par l’ADN est aussi là : il s’agissait d’ajouter éventuellement du « temps au temps » afin de balayer les dernières hésitations si, au bout de vingt ans, des retards avaient été pris, pour enfin aboutir à une décolonisation et une indépendance réussies par la France, dans la logique de ses Lumières d’antan.

Dans ce contexte, la coalition hétéroclite du « non », qui va du parti « Calédonie ensemble » plus modéré mais minoritaire, aux groupements « Les loyalistes 1 et 2 » (lesquels incluent une forte extrême-droite), en passant manifestement par l’État français qui s’est prononcé ouvertement en faveur du « non » (voir notre dernier billet), est déjà dans une sorte de trahison de cet écrit signé.

Le plus effarant pour l’avenir est sans doute dans le ‘projet’ des ‘Loyalistes’, navrant de régressions, d’immaturité, voire de rejet communautaire, et complètement inadapté à la situation. 

Le projet des Loyalistes est inapplicable ou explosif !

Un projet inapplicable

Bricolé avec le Front national local, et d’ailleurs agrégeant des partis qui n’ont souvent rien à lui envier, il se réclame d’une unité qu’ils n’ont pas : Calédonie ensemble, qui représente encore un bon tiers des non indépendantistes (lesquels étaient 56,6 % en 2018), condamne et parle de projet de partition ! Voyons ce qu’il en est.

Ce programme « bleu-blanc-rouge » de 38 pages, intitulé « Un projet de société… et une solution institutionnelle », se présente comme une petite brochure illustrée venant combler de leur aveu même un manque de la campagne de 2018.

« Le manque d’unité des non-indépendantistes et l’absence de projet nous ont été alors reprochés. […] En 2018, nous avons fait campagne contre l’indépendance et le projet du FLNKS. S’il demeure nécessaire de montrer la dangerosité du projet d’indépendance pour les Calédoniens et leurs enfants, il est tout aussi nécessaire de leur expliquer notre vision d’avenir pour la Nouvelle-Calédonie française. […] La Nouvelle-Calédonie dans la France c’est la liberté […] de circuler en toute sécurité […] liberté de propriété […] privée, […] en mettant fin à la revendication foncière tout en assurant l’exploitation des terres coutumières. […] La liberté de culte […] et de conscience […] d’opinion et de liberté d’expression […] économique […] d’aimer […] de circulation. […] L’égalité […] La fraternité […]. » (p.3)

Tout un programme sans programme en fait, à part de rester français. Tout est en contrepoint des propositions indépendantistes pour, par exemple, minorer les mesures de rééquilibrage au profit du Nord et des îles en modifiant la clé de répartition des crédits au profit de la province Sud. Ils annoncent déjà qu’en cas de victoire du « oui » le 4 octobre, il ne sera plus utile de faire le 3e et dernier référendum : « il n’aura pas de sens » écrivent-ils !

Leur programme est d’ores et déjà inapplicable et donc caduque, car représentant moins de 40 % de la population. Ce qui ne les empêche pas d’afficher « construisons un consensus sur un avenir partagé »., mais pour eux « partagé » veut dire « séparé »… en deux donc.

De plus ce projet arrive bien tard pour être crédible ; en 2018, leurs opposants critiquaient celui des indépendantistes sans en avoir publié eux-mêmes aucun ; puis les indépendantistes ont étoffé le leur et les loyalistes amorcent, à trois semaines de la consultation, un petit carnet de 38 pages constitué pour plus de la moitié d’images, et contenant plusieurs propositions de routine qu’ils n’appliquent déjà pas alors qu’ils ont été au pouvoir de nombreuses années. Mais il y a aussi quelques esquisses dangereuses, issues des rancœurs d’un « oui » de 2018 insuffisamment affirmé pour eux et donc frustrant.

Un projet explosif

Son extrémisme rendrait inévitable une révolte des indépendantistes, ce que le parti « Calédonie ensemble », hélas marginalisé, a compris pour sa part, allant jusqu’à le qualifier de projet « raciste » ! (voir interview de Philippe Gomès au journal télévisé sur NC1ère le 2/08/2020 : « leur “non” est teinté d’un certain racisme » ).

De toutes façons, il faudrait attendre un troisième scrutin éventuel prévu dans la loi organique, avec un troisième « Non » éventuel, pour que les Loyalistes tentent de mettre en œuvre leur vision de ce qu’ils appellent par euphémisme la « cohabitation ».

Après tant d’années d’efforts et de construction, leur « partition soft » du pays, contraire aux recommandations de l’ONU, balaierait aussi l’ADN, pourtant censé verrouiller le débat post-référendaire en cas de « non » trois fois répété.

Car si l’ADN prévoit qu’alors « les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée », il cadre aussi le débat proposé :

«l'organisation politique mise en place par l'accord de 1998 restera en vigueur, à son dernier stade d'évolution, sans possibilité de retour en arrière»,

et ce

«tant que les consultations n'auront pas abouti à la nouvelle organisation politique proposée [NDLR : la pleine souveraineté]».

La solution ne pourrait alors être qu’entre les acquis de l’ADN et l’indépendance.

De quoi s’agit-il exactement pour les loyalistes ?

« Refondre le ré-équilibrage » est l’euphémisme des Loyalistes, dont la proposition, sous le titre « Calédonie unie » (!)… est accompagnée de moyens qui vont en sens inverse : chaque province, déjà très autonome, aurait davantage de compétences propres.

Si l’idée reste vague, elle fait manifestement appel aux propos récents d’un Pierre Frogier (signataire de l’ADN), voire d’un Pierre Brétégnier (ex-bras droit de J. Lafleur) : il s’agirait en fait de créer trois petits États dans une fédération avec la France, lesquels pourraient être souverains en matière de citoyenneté et d’immigration notamment, mais aussi autonomes financièrement, ce qui éviterait à la province « riche » de participer au ré-équilibrage. Problème : le gouvernement du pays disparaîtrait, et la France reprendrait en direct, via le haut-commissaire, ses compétences diminuées. Pas vraiment l’ADN, plutôt un « chacun chez soi ».

Le nombre d’élus serait aussi « ré-équilibré », en faveur de la province Sud, dans le but de permettre à une majorité claire (que l’on devine) de diriger seule : c’est la fin de la collégialité, inventée après les événements pour que chacun soit pris en compte.

Bien sur, les loyalistes protesteraient vigoureusement si les indépendantistes devenaient majoritaires et appliquaient ce principe, d’ailleurs bien peu océanien, que la France a déjà imposé aux municipales.

C’est ainsi que le « destin commun » de l’ADN redevient pour eux un simple « avenir commun » (dixit Mme Backès) où chacun serait de son côté, et commandé sans discussion par la majorité.

Concernant la citoyenneté, il s’agit de rétablir un corps électoral glissant, dans « leur » province au moins, sans préciser la durée de présence, mais plusieurs documents évoquent dix ans. Noyade assurée pour tous les Calédoniens… du sud, car d’emblée, près de 40 000 « résidents » métropolitains actuels seraient intégrés. Le spot des « Loyalistes 1 » du 22/09/2020 donne d’ailleurs la parole à des métropolitains non inscrits sur la liste électorale spéciale de la consultation :

« Je vis et je travaille en Nouvelle-Calédonie depuis vingt ans. C’est ici que sont ma vie, ma famille, mon travail, mes amis. Mais le 4 octobre prochain, je ne pourrai pas m’exprimer, car je n’ai pas le droit de vote. Alors j’en appelle à vous et vous demande d’aller voter pour moi. Ne vous abstenez pas, exercez ce droit de vous exprimer pendant que vous le pouvez encore. Votez en mon nom et au nom de tous ceux qui sont privés du droit de vote, et dites que la Nouvelle-Calédonie française, c’est l’assurance d’un meilleur avenir pour tous. Pour ça, votez non. »

Le calcul est simple : s’ils perdent la majorité dans le pays, ils savent qu’ils la garderont en province Sud, et veulent en faire un bastion de leurs concepts. Cela n’a pas fonctionné quand la France a suscité une tentative de sécession de l’île de Santo lors de l’indépendance du Vanuatu, ni au Sahara avec l’Algérie, mais cela a marché aux Comores, avec Mayotte, dont l’annexion est toujours rejetée par l’ONU.

L’ADN est quant à lui formel :

« Le résultat de cette consultation s'appliquera globalement pour l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie. Une partie de la Nouvelle-Calédonie ne pourra accéder seule à la pleine souveraineté ou conserver seule des liens différents avec la France, au motif que les résultats de la consultation électorale y auraient été différents du résultat global. »

Au passage, le message lancé aux « loyalistes » broussards est : débrouillez vous avec les Kanak, ou laissez vos domiciles ancestraux et rejoignez Nouméa ! De quoi les faire basculer vers … l’indépendance !

La parole est d’ailleurs donnée aux « broussards » dans le spot des « Loyalistes 2 » du 22/09/2020.

« En brousse, toutes les cultures se mélangent, on travaille, on vit ensemble. On n’a pas besoin d’être indépendant pour vivre ensemble et se sentir chez nous. On partage les mêmes valeurs, dont le lien à la terre. Pour la brousse, la Nouvelle-Calédonie dans la France, c’est la garantie de la propriété privée. La propriété privée assure un développement économique et social de la brousse. Le 4 octobre, voter non, c’est garantir le droit à la propriété privée pour tous les broussards, quelles que soient leurs origines. »

Ici, on fait croire qu’en cas d’indépendance, il n’y aurait plus de propriété privée, de quoi faire peur aux non-Kanak qui ont voté « oui » en 2018. Car l’analyse des résultats le montre, dans certaines communes, de la côte Ouest notamment, le vote « oui » est plus important que la proportion des Kanak dans la population et donc aussi sur la liste électorale. Preuve que certains ont fait le pari du destin commun aux côtés des indépendandistes (voir JSO 147).

Alors que les indépendantistes ont bien annoncé ce qu’ils prévoyaient pour les terres :

« C’est une page de notre histoire que nous devons tourner ensemble. Nous sommes absolument convaincus que la nation de Kanaky Nouvelle-Calédonie sera une nation pluriculturelle où chacun aura sa place. À ceux qui doutent encore de la volonté des indépendantistes de préserver la place de chacun nous redisons leur engagement inscrit dans le projet du FLNKS à garantir les trois types de propriété foncière. Vos droits de propriété seront respectés. Oui, le régime des terres sera maintenu et garanti par le nouvel État, qu’elles soient privées, du domaine public, en terres coutumières. Cela ne changera pas. Oui, la réforme foncière se poursuivra dans un cadre légal pour résoudre des conflits qui subsistent. Oui, les nationaux du futur État auront les mêmes droits et les mêmes devoirs, quelle que soit leur appartenance politique, ethnique, culturelle et religieuse. Donc oui, le futur État garantira la place de chaque communauté. Le peuple kanak a subi le traumatisme de la colonisation aux côtés des victimes de l’histoire. Notre émancipation sera collective. Pour toutes ces raisons, nous appelons le peuple calédonien à voter massivement oui le 4 octobre 2002. » (Cédric Ixeko, spot UC-FLNKS et nationalistes du 21/09/2020)

Autres régressions programmées

La coutume, on s’en doutait, n’est bienvenue que pour les règlements intérieurs de la tribu. Que les coutumiers expriment leur volonté sur, par exemple, l’arrivée de bateaux de tourisme (voire d’avions) qui les impactent, ou sur l’exploitation du nickel qui les touche aussi, sera sûrement combattu ! Et pourtant, sur ces thèmes justement, ils ont récemment fait la preuve de prises de position sages et déterminantes pour le pays, et ont largement contribué à ce que le pays soit épargné par la Covid.

D’ailleurs, dans les spots loyalistes, en cas d’indépendance, il n’y aura plus de justice ! plus de police non plus ! Celui des « Loyalistes 1 » du 21/09/2020 n’est axé que sur cela, ce qu’il n’y aura plus en cas d’indépendance : tout sera « caduc », « périmé », « dépassé », « obsolète »…

« Caduc, c’est quelque chose de périmé et de dépassé [avec obsolète en encadré]. Caduc, ça veut dire que le 4 octobre, si le oui à l’indépendance l’emporte, on ne chantera plus “c’est la France qui paie” parce que la France ne paiera plus. On nous dit que l’indépendance, c’est la dignité et la liberté. Être digne, c’est permettre à sa famille d’être bien soignée. La France a cofinancé le Médipôle, l’hôpital du Nord, la clinique de l’île Nou. La France met à notre disposition les médecins, les personnels médicaux de nos hôpitaux. Où sera notre dignité si nous perdons cette qualité de soins ? Être digne, c’est offrir un logement décent à sa famille. La France confiance la construction des logements sociaux pour les plus défavorisés. Où sera notre dignité si l’on ne peut plus se loger ? Être libre, c’est permettre à ses enfants de suivre et de réussir leur scolarité. La France cofinance la construction de nos collèges et lycées, de notre université. Elle paie les salaires des enseignants du privé, de l’enseignement secondaire et universitaire. La France finance des bourses pour que les jeunes puissent étudier ici, en métropole et dans le monde entier. Où sera notre liberté lorsque nos enfants seront sans diplôme et sans formation ? Être libre, c’est avoir un emploi. La France, pour exercer ses compétences, emploie des milliers de Calédoniens, qui œuvrent au développement et à la création de richesses pour tous. La France finance les routes, les ponts, les ports, les centres sportifs et culturels partout en Nouvelle-Calédonie, permettant aux entreprises locales d’embaucher. Où sera notre liberté sans ces emplois et ces richesses ? Être libre, c’est être protégé. La France assure l’ordre public et la justice. Les armées nous protègent. Où sera notre liberté sans juges, sans policiers ni administration pénitentiaire ? En Nouvelle-Calédonie, la dignité et la liberté ont un nom… C’est la France. Le 4 octobre, votez non. »

À les en croire, l’indépendance, c’est le saut dans le vide, le retour en arrière… tout cela sans aucun fondement puisque les indépendantistes dans leurs programmes ont prévu l’après 4 octobre en cas de « oui ». D’ailleurs, c’est que rappelle Boris Ajapuhnya dans le spot UNI du 21/09/2020 :

« Dans son document de communication diffusé le mois dernier, l’État a rappelé qu’au lendemain du oui, une période de transition sera mise en place. L’État a même clairement affirmé que la France ne se retirera pas brutalement et continuera d’assumer ses compétences. Nous proposons donc que cette transition d’une durée de 3 ans soit mise à profit pour préparer dans les meilleures conditions l’installation du nouvel État de Kanak Nouvelle-Calédonie. Dans un premier temps, il s’agira de définir avec l’État français les institutions chargées de gérer cette transition à compter du 26 juin 2021. Nous proposons ainsi de maintenir le schéma institutionnel actuel tout en apportant les adaptations nécessaires au regard des nouveaux enjeux qui nous attendent. »

Quant à l’emploi local, il ne pourra qu’être marginalisé : il est déjà largement contourné et discrètement combattu, avec pour but l’immigration de centaines de milliers de métropolitains. Et pourtant, les loyalistes, conscients que ce point est sensible pour bien des Calédoniens, n’hésitent pas à écrire, sans précisions bien sûr, « La Calédonie dans la France garantit l’emploi local ».

Le logement est à la même enseigne, malgré le slogan « La Calédonie dans la France, c’est un logement pour tous en résorbant les squats / en construisant des logements adaptés aux modes de vie océaniens ». Si c’était vrai, ça se verrait : mais les squats se développent depuis des années et on voit surtout pousser les ‘cages à poules’ inadaptées le long de la voie express.

Pierre Frogier l’a affirmé (voir interview de Philippe Gomès au journal télévisé sur NC1ère le 2/08/2020) : quel que soit le résultat, personne ne le respectera ! Avant, les loyalistes expliquaient que les indépendantistes refuseraient le « non ». Mais tout s’est passé dans le calme à la première consultation, qu’ils ont perdue comme nous l’avons déjà écrit ici.

Maintenant, l’on sait que les loyalistes envisageraient possible de perdre et… de ne pas l’accepter.

Merci de nous avoir lu.

À suivre sous peu…

Isabelle Leblic et Luc Tournabien

 

[1] Dans la campagne indépendantiste de 2018, à chaque communauté était posée cette question : « “Considérez-vous que vous êtes des gens d’ici, que la Kanaky est votre pays… ? La France, ça fait longtemps qu’elle vous a largués. Ici, c’est votre pays et on l’a construit ensemble. Votre pays, ce n’est pas la France, vous n’y allez jamais…”. Sans compter que les mélanges sont nombreux maintenant. On n’est pas dans l’exclusion, on est dans le pluriculturel et la double nationalité sera pour ceux qui la veulent. La campagne, c’est devenu psychologique, on n’est plus dans le rationnel, on est dans la peur. Il faut encore qu’on les rassure car il y a encore des gens qui ont peur. » (Wassissi Konyi, Paris, 15/12/2018)

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