Covid19 : la recherche de l'immunité collective au Royaume-Uni et en Europe

Au nom du tourisme et du pognon, on a tout rouvert. Le Portugal et l’Espagne ont déjà pris des mesures de fermetures et peuvent dire au revoir à une bonne partie de leur saison estivale. Pendant ce temps, le Royaume-Uni laisse filer le virus.

Malheureusement, le Royaume-Uni ne communique plus ses chiffres de cas/visite hospitalière/hospitalisation/décès en fonction de l'âge ET du statut vaccinal. Les derniers chiffres sont ceux du 21 juin, autant dire une éternité. C'est pourquoi je ne peux pas faire une mise-à-jour de mon billet précédent.


Quand les premiers cas ont commencé à monter au Royaume-Uni, on s’est moqué en disant que c’était à cause de la stratégie britannique de vacciner le plus de monde à 1 dose (alors qu’à ce moment le nombre de vaccinés 2-doses était bien supérieur au Royaume-Uni que dans n’importe quel pays européen), refusant de voir le danger du Delta. Puis c’est en Israël que les cas ont monté. Là, on ne pouvait plus accuser le vaccin Astrazeneca ou la stratégie 1-dose.

Alors on a fait du blabla gouvernemental. A 1-2% de Delta parmi les nouveaux cas d’infections, le gouvernement disait que c’était « très minoritaire » : circuler, il n'y a rien à voir. Puis à 10% que « seul [dans un] département nous observons une hausse de l’épidémie »  :c'est pas grave. Puis à 20% qu’ « on pouvait y échapper » : par magie ? Puis à 40% que c’était « redoutable et extrêmement rapide ». Maintenant que c’est à plus de 50%, aïe, rien ne va plus, on craint la hausse des hospitalisations. Finalement en l’espace d’un mois, quelles mesures ont été prises ? Réouverture d'à peu près tout. Après 18 mois, certains n’ont toujours pas compris une courbe exponentielle (ou ici aussi).

Regardons les cas dans différents pays. Ca monte partout !

Nombre de cas par million (moyenne sur 7 jours) © Données de Our World in Data Nombre de cas par million (moyenne sur 7 jours) © Données de Our World in Data

Certains relativisent en disant que les hospitalisations et les décès ne suivent pas. Certes aujourd’hui, ce n’est pas le cas mais il faut attendre. Les hospitalisations demandent 15/20 jours puis encore une dizaine pour les décès. De plus, la covid ne doit pas uniquement être analysée par les décès mais également par le covid long, par les orphelins de parents décédés et aussi par toutes les opérations de soins ou de diagnostics annulées ou retardées pour libérer de la place pour des lits Covid.

Le Royaume-Uni est en avance, décès (x3) et hospitalisations (x5) y sont en hausse depuis le plateau bas du 1er mai. Ici une capture d’écran.

Cas, hospitalisations, décès au Royaume-Uni © https://coronavirus.data.gov.uk/ Cas, hospitalisations, décès au Royaume-Uni © https://coronavirus.data.gov.uk/

 

Immunité collective

Jusqu’à présent, la stratégie des politiciens occidentaux était la recherche de l’immunité collective via la vaccination et absolument pas la recherche du zéro covid (ou un minimum de contrôle de la circulation virale). Il y a un an, il était annoncé que vacciner 65% de la population serait suffisant (avec un R0=3 et un vaccin efficace à 95%).

Selon les dernières données du ministère israélien de la santé le vaccin 2-dose Pfizer n'est efficace qu’à 64% contre Delta (contre 94% contre Alpha). Au Qatar, il avait déjà été montré que l’efficacité était d’environ 70% contre Beta. Surtout le R0 du Delta est évalué entre 6 et 9.

Avec le delta et les vaccins actuels, il faut au grand minimum 85% de la population totale immunisée (enfant+adulte). Pendant ce temps, l'UE se vantait hier d'avoir assez de doses pour vacciner 70% des adultes !!!

D'autre part, alors que Pfizer clamait depuis des mois qu’il n’y avait pas besoin de mettre à jour leur vaccin pour contrer la perte d’efficacité (décrite par des études indépendantes et dont je parle depuis longtemps dans ce blog), Pfizer se demande à ce qu’une 3e dose soit injectée au plus vite. Israël et le Royaume-Uni se préparent déjà à administrer une 3e dose dès septembre (deux des pays les plus vaccinés au monde. Il serait peut-être plus judicieux de se vacciner avec un vaccin élaboré contre le variant beta ( ou delta ou des mix) mais bon...

Soyons réaliste, 85% de la population totale est impossible même en ouvrant la vaccination au plus de 12 ans. Même en Angleterre où plus de 85% des plus de 70 ans ont reçu leurs 2 doses ne peuvent prétendre à 85% de couverture totale.

Alors comment faire pour augmenter le nombre de personnes immunisées si le nombre de vaccinés n’augmente pas assez ?

Immunité collective via infection

La stratégie non avouée est donc d'atteindre l'immunité collective via infection des enfants. En effet, puisqu’on ne peut pas les vacciner, laissons-les s’infecter (favorisons même leur infection en levant le port du masque) et donc s’immuniser. Certains considèrent encore que les enfants ne font pas de forme grave en oubliant au passage qu’actuellement 1% des enfants infectés sont hospitalisés en Angleterre, le covid long (7000 enfants au Royaume-Uni ont un covid long des plus de 12 mois !, 8% des enfants infectés ont un covid long depuis plus de 12 semaines).

En gros, sacrifier les enfants, leur santé physique et leurs capacités cognitives pour le business as usual.

L’immunité collective est-elle atteignable ?

Comme je l’ai déjà dit de nombreuses fois:

  • laisser circuler le virus conduit à de nouveaux variants qui évidemment ne peuvent se propager que parce qu’ils ont un avantage par rapport à la souche précédente : meilleure transmissibilité à l’instant t).
  • J’avais également expliqué ce qu’était un vaccin : prévenir l’infection ou prévenir la maladie. Tant que le vaccin n’empêche pas l’infection et la transmission, le virus circule et contamine des personnes non protégées ou vulnérables, favorisant l’émergence de variants.
  • Et qu’avec le temps le titre d’anticorps diminue.
  • Il faut vacciner le monde entier rapidement

Pour ces différentes raisons, l’immunité collective est un leurre.

Pour la rougeole (R0 entre 12 et 16), il faut 95% de vaccinés pour protéger les 5% de non-vaccinés. Sauf qu’il s’agit d’un vaccin efficace à 100% et à vie. Il ne mute pas beaucoup, contrairement à ce coronavirus (ou les autres saisonniers ou le virus de la grippe). D’ailleurs, ça existe l’immunité collective contre la grippe saisonnière ou les coronavirus saisonniers ?

On ne se vaccine pas pour l’immunité collective mais pour soi. Si on veut penser collectif, il faut les gestes barrières, le masque… traçage/quarantaine/contrôles aux frontières. Après 18 mois, on en est au même point.

Quelques questions pour terminer :

  • Oublions la gestion estivale. La rentrée des classes est-elle préparée par le gouvernement ?
  • Laisser circuler le virus (et lui permettre de muter) et laisser les contaminations et la maladie sont-ils des décisions scientifiques ou morales ?
  • Mener une politique conduisant à remplir les hôpitaux de patients covid n'est-elle pas problématique pour toutes les personnes ayant besoin d'accéder aux soins ?
  • Laisser exploser le nombre de cas ne revient-il pas à dire que les infections n'ont plus d'importance ?
  • Vivre avec le virus ne signifie-t-il pas que certains pourront vivre et pas d'autres ?

 

Enfin, je vous invite à écouter cette discussion entre scientifiques anglais sur la stratégie de Boris Johnson (ce sont de vrais scientifiques, pas des médecins de plateaux TV).

Mass infection is not an option

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