Covid19 : les challenges de la vaccination

Les vaccins arrivent. Admettons qu'ils soient sûrs et efficaces. Est-ce pour autant la fin de la pandémie ? Attention, ça peut piquer les yeux.

Les vaccins anti-covid19 arrivent, c'est la fête ! à écouter certains... sur les plateaux TV (comme d'habitude).

Pour des raisons politiques ou populistes, il ne faut surtout pas négliger la sûreté. Ce n'est pas parce qu'en dehors de quelques pays asiatiques, la gestion a été des plus calamiteuses, qu'il faut se jeter aujourd'hui sur n'importe quelle chose qu'on appelle un vaccin.

Ici, je pars du principe que les agences de régulation font correctement leur travail et ne cèdent pas à la pression des politiques. Ainsi, les vaccins autorisés seront sûrs.

Il faut rappeler les objectifs d'un vaccin :

  • prévenir l'infection.
  •  ou prévenir la maladie.

(alors qu'un traitement va soigner une maladie)

Dans le 1er cas, cela permet d'arrêter le virus de circuler, de se propager. Dans le 2nd cas, cela permet d'empêcher l'apparition de symptômes graves, cela réduit les risques de complications. Au lieu de mourir ou de se retrouver en soins intensifs, la personne n'aura que de faibles symptômes ou sera asymptomatique (c'est le cas avec les vaccins contre la grippe saisonnière, ils ne préviennent pas l'infection).

Les études de phase 1/2 publiées (Sputnik 5 , BNT162b2 (Pfizer/biontech) , mRNA-1273 (Moderna) , AZD1222 (Astrazeneca/Oxford)) ont montré la capacité des vaccins a induire une production d'anticorps. Elles n'ont pas évalué la capacité à prévenir l'infection ou la maladie.

Les tests cliniques de phase 3 actuellement en cours, dont des résultats partiels ont été dévoilés, évaluent le potentiel à 1) prévenir l'infection ou la maladie mais également 2) évaluer la sûreté du vaccin.

 

- Qu'est-ce que ça change de prévenir l'infection ou de prévenir la maladie pour la pandémie ?

Si le vaccin prévient l'infection, le virus sera stoppé.

L'objectif principal étant d'empêcher les morts, de désaturer les systèmes de soins, de désengorger les hôpitaux, prévenir la maladie est suffisant. Cela signifie que les gens continueront de s'infecter (sans complications graves) tout en continuant de se contaminer les uns et les autres. Cela signifie également que le vaccin ne protégera pas une personne d'une seconde infection (ou plus).

Lorsque les communiqués de presse annoncent 94% d'efficacité (Moderna), 92% (Fond d'indevestissement russe), 90% (Pfizer), de quoi s'agit-il ? Cela signifie que 90/92/94% des cas avec symptômes sont dans le groupe placebo et seulement 10/8/6% dans le groupe vaccinés. De plus, les symptomatiques graves ne seraient que dans les groupes placebo. Et il n'y aurait pas d'asymptomatiques alors qu'ils représentent normalement la plupart des personnes infectées ? Ils ne sont pas recherchés. On peut en déduire que les groupes vaccinés comportent beaucoup d'asymptomatiques. Les vaccins ont donc un effet de prévention de la maladie et non pas de prévention de l'infection.

 

- Qu'est-ce que cela implique ?

Le virus continuant de circuler, il faut que la population soit protégée (pour ne pas être dans la situation hospitalière actuelle). Il faut (tous ?) être vacciné. Quelle doit-être le niveau de vaccination de la population pour que l'on soit globalement protégé ? On ne sait pas.

 

- On se vaccine (deux doses en l'espace d'un mois) et puis c'est réglé ?

 J'en ai déjà parlé précédemment mais une étude dans Nature Microbiology a montré que 65 jours après une infection avec le SARS-Cov2, 60% des patients n'avaient plus d'anticorps en quantité suffisante pour avoir un effet neutralisant (protection), ouvrant la porte aux cas de réinfections par le SARS-Cov2.

J'ai également parlé précédemment  d'une étude dans Nature Medicine sur les 4 coronavirus saisonniers dans laquelle les mêmes personnes ont été suivis pendant 35 ans et qui montre que l'immunité contre les coronavirus est de courte durée (30% sont de nouveau infectée en moins de 12 mois).

L'infection par le SARS-Cov2 ne permet pas de protection naturelle à long terme ni même à moyen terme.

Aussi il est légitime de se demander si les vaccins en développement peuvent fournir une réponse suffisamment forte pour une immunité efficace à long terme. Avec les résultats de phase 3 en cours, seule l'efficacité à court terme est évaluée pour une demande d'autorisation d'urgence de mise sur le marché. En effet, les demandes d'autorisation en urgence sont déposées ces semaines-ci. Par conséquent, nous ne saurons pas si les vaccins sont efficaces dans la durée, tout du moins le protocole à deux injections tel que pratiqué.

 

- Que faut-il faire ?

Les participants des études de phase 3 seront suivis pendant 2 ans pour l'efficacité et la sûreté des vaccins. Pourtant les USA, l'UE... ont déjà commandé des vaccins pour démarrer leur campagne sur des populations ciblées (personnes âgées, comorbidité, personnels de santé) à risque dès fin 2020, début 2021).

Dans le cas où la protection n'est que de 6/12 mois, il faudra un ou plusieurs rappels. Il est également possible d'imaginer qu'il faudra se faire vacciner avec différents vaccins pour obtenir un effet combiné sur le long terme. Évidemment cela soulève les questions de doses et de timing. Et nous n'avons pas les réponses à ces questions.

 

- Vaccination des pays riches et logistique

Il y a presque 8 milliards d'habitants sur terre. Il faut deux doses pour les vaccins en développement dont on parle à la TV. Il va falloir plusieurs rappels. Ça représente plusieurs dizaines de milliards de doses à produire et à distribuer. Comment vacciner tout le monde ? Par exemple dans les pays pauvres comme en Afrique ou en Asie du Sud-Est dont les services de santé sont déjà dépassés, ce sont des ONG qui s'occupent de la vaccination des enfants pour les vaccins "usuels" en Occident. Du fait de la pandémie de la Covid19, les campagnes de vaccination (rougeole, polio...) sont actuellement perturbées. Il va falloir leur demander d'ajouter en plus tous les jeunes adultes, les adultes et les personnes âgées dans la liste des personnes à vacciner ? Temporellement, ce n'est pas crédible.

Si on prend le vaccin à ARNm de Pfizer qui doit être conservé à -70°C, quelle va être la logistique pour acheminer les doses du lieu de production au pays/région de vaccination ? Ce n'est pas avec les pochettes à froid du pharmacien. D'ailleurs, il n'y a pas de congélateur à -70°C chez les pharmaciens. Ça sera déjà un challenge dans les pays riches alors difficile d'imaginer cela dans des pays pauvres.

 

- Tant pis pour les pauvres ? En quoi est-ce une erreur au delà d'un problème humain et humanitaire ?

En l'absence de réponse sanitaire globale, la pandémie continuera. Pour la simple raison qu'après la vaccination des pays riches, les frontières vont s'ouvrir et les voyages (en avion...) dans tous les sens pour affaire et tourisme vont reprendre, comme avant. Dans ce cas, tous ces voyageurs vont réimporter le virus dans leur pays !

Exemple, actuellement en Corée du Sud, un pays qui a instauré dès le début la politique de test/traçage/isolement. Relativement peu de cas par jour (environ une centaine pour 50 millions d'habitants), beaucoup de cas sont importés. Et puis pointons du doigt le pays d'origine : USA. Corée du Sud et USA n'ont pas du tout la même logique de gestion. En l'occurrence la stratégie (ou absence de stratégie) de l'un affecte l'autre. Qu'en sera-t-il si la vaccination est seulement effectuée dans certains pays ? Globalement, cela ne servira pas à grand chose.

 

- Retour à la normale ?

Il y ceux qui croient qu'un vaccin sera la solution et mettra un terme à tout cela en quelques mois. Principalement des politiciens/experts TV. En fait, les mêmes qui disaient entre autres que les masques ne servaient à rien.

Vous comprenez de ce qui est écrit plus haut que même avec de beaux vaccins, les choses ne seront pas faciles. Ainsi, la vaccination ne sera pas un coup de baguette magique pour un retour à la normale (ou au monde d'avant). Il faut l'accepter parce que le virus n'en a rien à faire des covidiots.

Les vaccins anti-covi19 ont une prévention contre la maladie (pas contre l'infection). La vaccination est difficile et va prendre beaucoup de temps. Ajoutons aussi les incertitudes scientifiques sur la durée de protection. Par exemple, et que se passe-t-il si une personne vaccinée se retrouve dans une boîte de nuit/resto/bar en compagnie de plusieurs personnes infectées ? Est-il possible que la protection fournie par le vaccin ne soit dépassée ?

Il ne faut pas mentir. Masque, distanciation et hygiène sont ce qui permettent d'éviter d'en venir aux confinements. Ce sont des éléments qui permettent de vivre. N'est-ce pas un prix faible à payer en ce moment pour éviter les confinements ? Comment peut-on être réfractaire à cela ?

Pour s'en sortir, il faut être cohérent au niveau national mais surtout au niveau mondial aussi bien dans les mesures prises que dans la communication. Une fois des vaccins sûrs et efficaces seront obtenus, il faudra communiquer un message franc et honnête (pas comme cela a été le cas avec les masques).

 

Conclusion

Il vaut mieux avoir des vaccins efficaces que ne pas en avoir mais ils ne sont pas LA solution pour un retour à court terme à la normale.

Tant que la pandémie ne sera pas sous contrôle dans le monde entier, nous ne serons pas en sécurité, le retour à une normalité rapide est illusoire. Cela risque de prendre des années. Il faut l'accepter. Le virus n'argumente pas, il infecte. Le virus ne se plaint pas, il tue.

Il ne faudra pas arrêter les gestes barrières masques, distanciation, hygiène (et en plus ça permet de limiter les rhumes/grippe/gastro...).

Il faudra cette fois ne pas rater le dépistage/traçage/isolement.

 

Bonus contre les anti-masques

Des chercheurs japonais ont publié l'efficacité des masques contre le SARS-Cov2. Pour ceux que ça intéresse, pas besoin de parler anglais pour comprendre. Les graphiques parlent d'eux-mêmes. Attention, les échelles des ordonnées sont en échelle logarithmique, la valeur numéraire est indiquée en couleur en abscisse.

 

Bonus mutation

Il ne faut pas non plus oublier que le virus mute et peut conduire à une inefficacité des vaccins.

Billet sur les mutants du vison retrouvés chez l'homme et le mutant N439K.

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