S'il vous faut un ennemi... La suite

Il me faut vous l'avouer, je vous ai menti éhontément... L'éventualité que c'eut été à l'insu de votre plein gré m'oblige, dès à présent, d'en faire amendement. Voilà donc un exercice cocace, qui d'ores et déjà me fatigue et me lasse ! Une explication de texte, par l'auteur, d'un narcissisme, donc, qui par essence devrait être interdit... Mais bon, allons-y!

Alors, il me faut préciser que c'est la nature des diverses réactions, après lecture de "S'il vous faut un ennemi", qui m'amène à revenir ainsi sur ce que j'écris. Plus que les où et quand, ce seront comment et pourquoi qui me préoccuperont principalement... Juste pour préciser.

Mais l'exercice m'amène aussi à démarrer par un mea culpa. En effet, je vous ai manipulé-e-s. Je l'ai fait sciemment, avec (je crois) toute la maitrise de mes faibles moyens. Je l'ai même choisi, imaginé, réfléchi... Aucune circonstance attenuante en vue donc, mais une totale et volontaire culpabilité. Je voulais me faire des ennemis, en même temps... "C'était écrit" en toutes lettres... Il faut ce qu'il faut.

Je vous prie donc de m'en excuser, toutes et tous, ce premier texte n'a aucun sens... Enfin il n'en a pas, ou pas vraiment, ou plutôt si, peut-être, une intention, une direction... Qui ne se trouve pas vraiment, enfin pas forcément, dans la suite de mots qui la constituent. Ou alors si, mais plutôt par son absence... Je ne suis pas clair, je le vois bien. Reprenons, voulez vous? Vous allez voir...

J'ai bien peur de vous avoir, au moins ponctuellement, mené-e-s en bateau. C'était en quelque sorte l'objectif, de fait. Alors j'ai essayé de rendre l'ensemble cohérent, bien qu'inepte, qu'on le lise au premier, au second, ou bien au troisième degré, autant que possible. J'espère donc avoir produit ce petit instant ou l'on croit avoir établi une certitude, sur le propos, sur l'intentio, ou bien même sur l'auteur... Avant de se raviser en se disant : "Mais non! (Quel con!) Et on dirait qu'il a fait exprès, que ce soit con...".

Voilà donc quelle était ma motivation première, nous prendre collectivement (vous et moi) pour des cons. J'apprécie d'avoir, semble t'il, parfois quelque peu reussi. J'apprécie (encore plus!) les remarques de celles et ceux qui me comprennent assez pour l'avoir trouvé plaisant également. Si si, vous êtes quelques un-e-s. Un grand merci donc.

J'ai choisi (ici donc) de pousser l'ironie plus loin que d'habitude. En prenant, pour point de départ du texte, un préalable absurde (Moi contre le monde), j'aspirais à signifier clairement le non sens sous-jacent. J'avais espoir qu'il soit ensuite inévitable de conserver cette notion d'ironie pour en lire chaque mot. Il sera évident, pour celles et ceux qui connaissent mon actuel mode de vie, ou m'ont approché physiquement, que je ne combat (physiquement) pas grand monde.

Je commence donc cet article en enfonçant, sciemment, des portes ouvertes... Armé, en tout et pour tout, de poncifs encore plus désuets et désoeuvrés que moi, tellement les psalmodies les ont vidés de tout leur sens. J'ai établi un contexte grossier à l'exercice en assénant des "vérités", sensées être indiscutables... Mais qui sont surtout indispensables au discours qui suit. Le plus notable de mes arguments biaisés restera le fait que l'adversité permette des avancées. Il me semble évident que ce poncif ne peut être reçu tel quel sans être contredit, contesté, analysé, débattu.

Je pense en effet, dans un cadre ou l'injustice est systématiquement (et efficacement) combattue, mais aussi ou la volonté de chacun-e des individualités aura la place de s'exprimer, qu'une éventuelle compétition, savamment organisée, peut parfois être porteuse. Remarquez tous le conditionnel employé !... C'est indispensable. Je crois également (peut-être surtout) que la compétition peut être la source de multiples nuisances et complications, très loin donc d'être des garanties d'avancer vers où que ce soit.

Bref, viennent ensuite mes attaques, que j'ai cherché à formuler comme cohérentes et compréhensibles. J'espérais pourtant laisser percevoir le décalage avec mon point de vue. En effet, si mon athéisme radical me porte à me confronter aux dogmes... Il est évident que les croyants ne me dérangent pas particulièrement, individuellement. Si je souhaite m'opposer formellement aux fanatismes religieux, quels qu'ils soient... Les pratiquants de cultes discrets, respectueux des autres, sans volonté d'influence la politique, ni de coercition des "divergences", ne seront jamais des "cibles".

Ensuite donc, en désignant ainsi d'une façon qui semble cohérente, successivement, l'ensemble de mes futurs ennemis, de la façon la plus juste, ou au moins la plus recevable que je le puisse, il me fallait tenter, si ce n'est parvenir, de rassembler toutes et tous les humaines et humains dans un groupe protéiforme (autant qu'insensé)... Le groupe dont la caractéristique principale est de ne pas être moi, qui est donc constitué de toutes celles et tous ceux qui ne sont pas moi... Que je compte affronter.

C'est alors que vient le plus périlleux passage de l'exercice... Rendre également d'apparence cohérente le fait de prôner un conflit ouvert, avec toutes et tous, au nom d'idéaux de paix et de fraternité. Il semble que j'y ai partiellement réussi... Puisque certaines remarques passées montrent une forme de prise au sérieux des arguments.

Mais ce sont évidemment les réactions décalées, ironiques ou d'apparence incohérentes qui m'ont souvent fait plaisir. Elles démontraient, généralement, un refus de considérer sérieusement des arguments organisés autour d'une incohérence préalable... Et voilà quel était principalement mon objectif, mon souhait... Percevoir la légitime volonté de refuser de se laisser intellectuellement rouler dans la farine.

Ainsi, également, lorsqu'on essayait de se formuler comment je perçois le monde, j'espérais que l'on conclue plus ou moins ainsi :

- "Je ne crois pas que les formes d'organisations sociales qui subdivisent la population humaine en "nous" et en "eux", donc en particulier que la récurrente compétition, puissent être positive pour les humain-e-s individuellement, comme pour l'humanité globalement. Je refuse de faire partie d'un "nous" excluant, ou de considérations sur le monde qui n'implique pas la totalité de sa population, quelle que soit la source d'exclusion. J'entends bien cependant qu'il soit utile de définir des catégories pour l'analyse, dans un processus de compréhension... Ce qui n'implique pas de ne pouvoir en sortir avant de conclure. Après subdivision pour analyser, nous devons donc toujours rassembler avant de décider."

- "Rationnellement, en cherchant bien et en y réfléchissant sérieusement... Je ne me connais pas d'ennemi. C'est sérieux, peut-être parfois potentiellement surprenant, voir perturbant, dans une réalité que l'on nous décrit comme dangereuse, clivée et manichéenne... Mais c'est ainsi. Je ne connais pas de "bien" ou de "mal", mais je sais, par contre, que les intérêts individuels sont souvent contraires aux intérêts collectifs, pour ne pas dire généraux."

- "Si je suis non violent, je suis réfractaire à l'idéal "pacifiste"... Pour diverses raisons. Je crois que l'intérêt collectif mérite qu'on le défende, ardûment. Que si la non violence implique donc, entre autres, de ne jamais choisir de déclencher violence... Elle n'implique pas forcément de ne pas s'y confronter, s'y exposer, voir s'y opposer."

- "Enfin, je sais donc aussi, paradoxalement, que le fait de ne pas avoir d'ennemi m'en désigne beaucoup ! En effet, je considère, persiste et signe, de n'avoir concrètement aucun ennemi humain... Car l'intérêt collectif (donc le mien) doit forcément et constamment prendre en compte les autres, tous les humains et les humaines. Mais ce choix définitif m'impose une évidente confrontation... Il me faut donc admettre avoir pour ennemi toutes celles et ceux qui croient en avoir un, ou plusieurs, d'ennemis... Quels qu'ils soient. Ce qui regroupe finalement pas mal de monde, concrètement, d'être l'ennemi de tou-te-s celles et ceux qui ont des ennemis..."

Amis ou ennemis, donc, une nouvelle fois, merci pour votre lecture... ☺️

Avec l'espoir ténu, mais réel, d'avoir participé, un tant soit peu, avec votre approbation ou à votre corps défendant, à votre formation en autodéfense intellectuelle...

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