Faisons disparaître tous les PN, vite ! (et gérons mieux nos psychopathes)

Le concept de perversion narcissique est servi à toutes les sauces... Avec quelques particularités. Ainsi, des thérapeutes se permettent, face à une victime bien réelle, de diagnostiquer un "trouble psychanalytique" chez quelqu'un-e qu'ils ou elles n'ont généralement jamais rencontré. Mais quel est donc ce trouble, aillant le potentiel d'être "diagnostiqué" à distance?

En premier lieu, j'aimerai beaucoup qu'on m'explique, en des termes médicaux, ce qu'est la perversion. Non pas que je n'en ai pas une idée, sous l'angle religieux, ou même de "jugement moral", mais je me demande toujours comment cela peut prendre place dans une conception médicale, ou psychologique, sérieuse (donc pas psychanalytique, s'entend).

Mais ce qui me chagrine vraiment, dans cette théorie psychanalytique (j'insiste), c'est qu'existait préalablement et parallèlement la définition de la psychopathie... Ou d'autres troubles psychiques qui justifiait d'un potentiel de nuisances sans recours à des assertions morales. Ces autres troubles existaient avant la mode des PN, lancée par Marie France hirigoyen, je veux dire. Le défaut d'empathie, apparemment souvent corrélé avec un défaut à ressentir ses propres émotions, qui est la définition du syndrome de psychopathie, semble recouvrir une partie conséquente des traits donnés aux "pervers narcissiques", enfin pour ceux qui sont rationnels.

On a donc un modèle, critiquable certes, améliorable, toujours... Mais avec un avantage conséquent, étant que l'on sait même matériellement l'observer. En effet, il semble que le défaut d'empathie ait des trais fonctionnels reconnaissables, à l'irm... Même si l'expliquer est autre chose. Et en l'état des connaissances, un effet mesurable est toujours plus confortable à commenter. Ça permet aussi de faire évoluer l'ensemble du modèle, de le questionner, ou de le réfuter, le modifier, etc.

Les études du sujet donnent environ 1% de psychopathie, comme moyenne, dans la population mondiale, de ce que j'ai pu trouver... Mais avec des variables très importantes. Les américains en ont plus, par exemple. Le fait que le peuple américain soit essentiellement issu des plus "audacieux", parmi les blancs... Enfin également souvent des plus bannis de l'Europe, au début... Aurait pu agir comme une forme de goulet évolutif, pour la population blanche. Pour les autres, la violence colonisatrice aura aussi sûrement fait des victimes, particulièrement parmi les plus faibles... Or on nous explique désormais que pour l'individu isolé (non pas pour l'espèce, en aucun cas), ce trait particulier serait un facteur d'évolution positif.

Ce n'est pas stupide, en effet, cette idée de facteur individuellement positif ! Cette atypie me semble mériter l'attention, si ce n'est de chacun-e, au moins de tous, au sens de "politiquement". L'existence de telles typicités aura forcément une incidence sur le groupe. Il semble donc essentiel d'intégrer dans la réflexion sur un quelconque "modèle de société" la présence des psychopathes.

Si l'on considère, en gros, qu'une partie de nos prédécesseurs ont parfois essayés de "faire société". Qu'avec diverses méthodes et réussites, certain-e-s ont régulièrement tentés de définir des règles communes. Qu'au fil de l'histoire, l'une de ces règles semble avoir souvent été qu'on "éviterait toutes et tous, désormais, d'agir de façon consciemment nuisible aux autres", sous diverses formulations, selon les cultures. Reste généralement le problème épineux de la définition des "autres", qui cela concerne, ou ne concerne pas, aillant historiquement régulièrement posé problème... Justement car il se trouvait bien trop fréquemment une limite à ces autres... Des êtres humains qui se trouvaient exclus, extérieurs à la communauté, pour diverses raisons, et que donc cela ne concernait pas.

Avec moulte rebondissements, il a dernièrement, il me semble, été recherché l'extension du groupe concerné. Il convient de se souvenir que les femmes et/ou les personnes racisées ne sont (encore !) que partiellement considérées comme légitimes à vouloir faire partie de ces "autres" (et ce, dans le meilleur des cas, depuis moins d'un siècle !)... Avec malheureusement beaucoup moins de succès en ce sens qu'il ne serait souhaitable ! La dernière période d'avancée significative se trouve étalée après la seconde guerre mondiale. La diversité des luttes nécessaires l'ont amenée jusqu'à nos jours... Bien qu'il reste encore beaucoup de travail pour continuer d'améliorer la situation.

Mais il n'a, il me semble, pas vraiment été pris en compte politiquement, que resteraient parmi nous, fatalement, des individus pour se foutre cordialement, humainement, de pas nuire aux autres. Enfin non, ce n'est peut-être même pas de "s'en foutre", dont il s'agit... Cela semble même être carrément ne pas en être conscients, ou ne pas en être capables... Ou un truc complexe qui se trouve entre les trois, quoi.

Les travaux à ce sujet (dont ceux de Belinda Jane Board & Katarina Fritzon (2007), défrichés ici), ont d'ailleurs laissé des traces même chez forbes (ici). On trouve aussi, dans le non moins orienté papier "Cadre et Dirigeant magazine", un article qui reste intéressant, même si celui-ci ressemble essentiellement à "bien choisir son psychopathe pour une entreprise", ou peut-être à "Conseils pour rester discret, comme psychopathe" (ici). Plus sérieusement, je suis convaincu que c'est un profond et primordial sujet de société, cette histoire. On retrouve apparemment, chez nos dirigeants économiques, de cinq à dix fois plus de traits de psychopathie que dans le reste de la population... C'est signifiant, comme résultat, non ?

Il se peut que vous connaissiez mon humanisme sans limite, mais le cas échéant... Je me dois de préciser qu'une fois de plus, je ne souhaite pas leur nuire, pas même indirectement, à ces braves psychopathes... Par contre, j'aime par contre bien l'idée que politiquement, socialement, nous soyons mobilisés pour progresser structurellement devant nos erreurs passées, collectives ou individuelles. Je trouve ainsi que ce cas est parlant, comme loupé, pas besoin d'être dix-huitième dan de sociologie pour la voir, la corrélation fâcheuse.  Alors il ne s'agit pas de les enfermer, encore moins que de les punir d'exister, je ne suis pas pour enfermer grand monde... En général. Mais on peut questionner en quoi un modèle qui amène plus de réussite aux plus susceptibles d'être nuisibles est biaisé. On peut aussi se demander comment on pourrait faire pour y remédier... Autant que possible. Le plus intéressant restant de réfléchir à comment le groupe tout entier (disons la société, quoi) désire (ou pas) se prémunir de ces désagréments. Pour moi, cela questionne avant tout le rapport (genre bénéfice/risque) entre le modèle économique et les violences qui potentiellement en seront produites. Ça gratte franchement sur un sujet tout à fait politique, particulièrement d'actualité : "quelles libertés m'importent plus que ma sécurité ?". 

Une autre précision me semble importante, sur ce chemin de pensée. Une fois mis de côté les pires psychopathes, ceusses des films et/ou des faits divers les plus sordides... Celui qui découperaient, dans sa cave, les enfants des victimes de leurs viols pour les leur servir à manger (ok celui ci est inventé, d'inspiration Hannibal Lecter); ou celui qui, sous couvert d'extraction par un réseau de résistance, ferait disparaître des dizaines de personnes, dans un véritable charnier directement sous son cabinet médical, avant de les brûler dans sa chaudière à bois (celui ci s'appelle le docteur Marcel Petiot, criminel, homme politique et médecin français, dont l'histoire inimaginable est décrite dans ce documentaire, entre autres)...

Une fois, donc, exclus ces cas terribles et extrêmes de psychopathes ultra-violents, qui massacrent à tours de bras (et qui restent statistiquement très minoritaires, parmi les personnes présentant des traits psychopathique), il reste une foule de "monsieur tout le monde", patrons de leurs entreprises ou boursicoteurs, qui sont souvent passés maîtres en terme de petite vie rangée, de discrétion et de respect des normes sociales.

Cela paraît avec un peu de recul tout à fait logique... Si leurs émotions n'existent pas ou presque, si celles des autres leurs sont inaccessibles, il est probable que cela ait donné lieu à nombre de situations compliquées au cours de leur vie. Depuis l'enfance, leurs éventuels excès, en vue de protéger un intérêt individuel, ou éventuellement leur impassibilité face à un source de chagrin ou de joie pour leur entourage (par exemple), auront pu déclencher des conflits voir une marginalisation.

Mais en réaction à cette "mise à l'écart", iels auront pu réagir par l'analyse et la reproduction des comportements observés par elleux comme "normaux". Certain-e-s apprendront donc à "jouer la comédie sociale", à manifester la joie, la peine ou le dégoût, quand bien même ceux ci seraient absents... Ce qui implique, dans l'expression de ce mimétisme, une capacité d'observer et d'analyser les attitudes de leurs prochains tout à fait remarquable.

Avant de "jouer" parfaitement la joie, la tristesse ou la colère, en le contextualisant judicieusement, pour ne pas seulement "suivre" les réactions de l'entourage... Pour savoir "donner l'impression" de suivre ses émotions (comme "tout le reste du monde") alors qu'elles sont insignifiantes ou absentes, il ne suffit pas de talents d'act-rice-eur. Cela implique, sans aucun doute, ce que l'on appelle être "fin psychologue", pour comprendre et replacer des attitudes (verbales et non verbales) dont les sources seraient en interne totalement absentes !

Il me semble évident que les psychopathes les plus discrets et socialement entourés doivent manifester une dextérité peu commune à l'analyse non verbale et au jeu théâtral. Par exemple, en revenant à un cas très violent, celui souvent improprement nommé le docteur Romand, qui prétendi être en post à l'OMS durant près de 20 ans, avant de tuer tous ses proches... Il était décrit jusqu'à son terrible passage à l'acte comme un homme particulièrement charmant. Il n'est à priori pas certain que son cas soit de l'ordre de la psychopathie, mais reste en tout cas une capacité à mentir et à masquer la réalité de sa vie en permanence, durablement, durant des décennies !...

Mais revenons aux situations sans violence physique directe (et pas sans incidence sur autrui pour autant), avec une froideur absolument désintéressée d'éventuelles conséquences humaines, comme les traders évoqués plus haut. Je suis personnellement convaincu de l'importance de la liberté d'expression, par exemple... Dès lors que les infractions éventuelles, dues à cette liberté, sont clairement définies et jugées en cas d'infractions (l'appel au meurtre, pour prendre un exemple)... C'est à dire que tou-te-s et chacun-e doivent pouvoir s'exprimer, quitte à devoir assumer de débattre avec des opposants dont les positions nous dérangent. Mais par contre, hors "institutions" et vie publique, il reste également un droit au silence, droit de se taire, mais aussi droit de ne pas écouter.

Pour la liberté économique, les choses sont matériellement infiniment plus complexes !... Même s'il serait possible de trouver des points communs. Je suis absolument pour que chacun-e ai de quoi pourvoir à sa subsistance... Pour également que chacun-e puisse investir son énergie dans une quelconque avancée, en destination de l'ensemble que nous sommes... Évidemment ! Mais je ne suis pas pour que des individus puissent accumuler individuellement l'équivalent du PIB d'un état, ni pour qu'un traders psychopathe puisse prendre des décisions économiques qui ont des incidences sur des milliers de vies... Ça non !

N'en déplaise aux Arnault, aux Bolloré, aux Dassault et autres Pavin de Lafarge, je suis même en partie contre la transmission filiale, contre le droit d'héritage... Même si cela demande un peu à être développé, dit comme ça c'est trop léger. Je pense qu'il est entendable de transmettre certaines activités ou certains biens, qui ne seront jamais plus utiles en étant transmises au groupe. Mais la transmission de patrimoine devrait être limitée, comme transmettre la direction d'affaires économiques, en évitant par exemple de laisser un psychopathe décider de ce qui lui sera le plus rentable. Il est nécessaire que certains actes, qui lui sembleraient rentables, sois prémunis par le groupe, qui aura construit des gardes fous.

Au passage, au sujet du psychopathe adapté, le documentaire "je suis un psychopathe", diffusé par arte en 2008 (et disponible ici sur YouTube) était plutôt bien fait, consernant les psychopathes qui "réussissent". Mais revenonsaau sujet de départ... Quel est donc le problème avec la perversion narcissique, alors ? Il réside justement dans son narcissisme, comme sa perversion, en fait. Nos politiques n'ont pas avancé d'un pouce depuis 2008, sur l'amélioration de la structure économique, qui permettrait de tenir compte de la psychopathie, entre autre.

Mais nous savons désormais que dans une pièce avec 100 personnes, nous en côtoirons certainement un. Il est beaucoup trop facile de l'affubler de perversion ! On reproche rarement au chat de jouer avec la souris... Alors si le psychopathe a un fonctionnement différent, il nous faut également nous y adapter ! Il est possible de limiter les risques de nuisances, voir même sûrement parfois de les éviter totalement, mais cela demande un travail de fond sur nos modalités d'interactions, comme sur la légitimité ou non du groupe à limiter certaines libertés. C'est loin d'être gagné, je vous l'accorde, mais si abandonner avant même d'essayer est le seul moyen d'avoir des certitudes, c'est a priori loin d'être une solution satisfaisante.

Et pendant ce temps, nous sommes conviés par les chrétiens et les psychanalystes à réfléchir individuellement sur la perversité et sur le narcissisme... Ces notions morales (vous connaissez éventuellement mon point de vue à ce sujet, accessible ici)... La morale aillant juste selon moi le vilain défaut de ne jamais s'intéresser à la réalité !

Selon les définitions préalables (essentiellement psychanalytique, voir religieuses) de ce concept, nous sommes tous narcissiques, c'est un élément indispensable à la constitution de ce qu'ils appellent "le moi". Les psychologues tentent désormais de construire une théorie plus élaborée, autour de ce que pourrait être un narcissisme pathologique (Psycocouak en parle ici), même s'il reste bien du travail à ce sujet. Mais pour les psychanalystes, ne pas l'être du tout serait pathologique, tout comme l'être trop... Et c'est à peu près tout ce qu'il y a à en tirer. Bon.

Mais la perversité alors ? Selon les catholiques, c'est une norme... C'est à dire une "constante de la psyché humaine", pourrait-on dire, clairement. D'où la mise en place du confessionnal, pour que chacun-e puisse y délester régulièrement ses propres cas de conscience. Nous serions donc tou-te-s pervers-e et seule la confession, sans la contrecarrer, nous donnera l'absolution. L'intérêt de réfléchir à s'en prémunir devient dans ce cas limité, si on peut s'en prémunir, mais qu'elle est inévitable... Si nous le sommes toutes et tous, mais que nous sommes et seront tous pardonnés, rien ne sert de s'y opposer.

Selon la psychanalyse, par contre, c'est plus complexe, comme souvent, mais rarement pour aboutir à plus d'intelligibilité. On établit alors des degrés, des traits de caractères, dont les pires constructions aboutissent à la personnalité perverse... Profondément dangereuse pour son entourage car susceptible de décider de lui nuire. Le pervers (éventuellement narcissique) est donc celui qui fait abstraction de toute considération pour les intérêts qui lui sont extérieurs, ou même les normes sociales. Il choisirait de n'agir que dans son propre intérêt, quitte à nuire, blesser, "détruire", voir même parfois tuer... Mais ce manque total de considération, pour les autres, retombe précisément sur une évaluation et définition de la capacité d'empathie, non ?

Pour aller plus loin, en érigeant clairement des psychopathes (traders ou managers) comme modèle de réussite, on donne à tous les individus un signal fort ! Signal qui serait grossièrement : "Il est préférable pour vous, souhaitable même, d'apprendre à ne pas agir avec empathie, en vue de votre éventuelle et potentielle reussite". Si perversité il y a, nous l'avons donc collectivement choisie, ou au bas mot tolérée, comme standard d'efficacité... C'est pervers ça, non ?

En revenant un peu à mon propos originel, sur la volonté de faire société, avec ou sans les PN... Il me semble évident que notre construction sociale nécessite de prendre en compte les nouveaux éléments de compréhension, lorsqu'ils se présentent. S'il est collectivement décidé de nous organiser contre la violence dans la gestion des conflits. Nous savons également que la volonté de nuire à autrui existe, parfois... D'autant plus lorsque les conditions d'existence de la violence et de la précarité sont répandues. Il a donc été, fut un temps (pas si lointain), choisi de les limiter autant que possible.

Nous savons désormais également qu'il restera parmi nous, même dans des conditions "parfaites" de gestion de la violence et de la précarité, des individus sur qui le bien commun ou la protection des autres n'aura aucune prise... C'est là qu'il nous faut nous organiser pour désamorcer en amont la problématique, parfois peut-être de façon coercitive, lorsque tout le reste à échoué.

Gérons collectivement nos psychopathes, en reconstruisant les rouages économiques, dont les possibilités limiteraient la nuisance pouvant être générée. Réfléchissons également à comment offrir une place à ces psychopathes, de façon sécurisée, pour les autres, comme pour lui ou elle. Arrêtons de chercher d'éventuelles perversités à tout bout de champ, nous n'en avons généralement de toute façon pas besoin... Ni même la légitimité.

Chacun-e est certainement le ou la perverse d'un-e autre... Mais nous ne tomberons jamais d'accord là dessus, tant que la grille d'évaluation sera morale... Car les morales sont diverses et souvent divergentes. Nous ne pouvons construire de modèle social s'il n'est pas applicable et compréhensible par toutes et tous, ce qui oblige, encore une fois, à abandonner la morale.

(Ps : A ce sujet...

https://blogs.mediapart.fr/alban-clerjon/blog/271017/ethique-ou-morale-il-nous-faudra-choisir )

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